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Plus de 2.000 personnes, dont des manifestants hostiles au pouvoir, ont été tuées par les forces de sécurité lors d'une répression de plusieurs jours, selon l'opposition.
D'après des voisins qui ont informé sa famille, Manenos Selanyika, journaliste de 40 ans, a été abattu par les forces de sécurité le 30 octobre, alors qu'il sortait chercher de la nourriture en périphérie de la capitale économique Dar es Salaam.
Mais la police n'a permis à personne de récupérer sa dépouille.
"Je ne veux pas jouer sur les mots. C'est la police" qui l'a tué, condamne un membre de sa famille.
Avec ses frères et soeurs, il raconte avoir cherché la dépouille parmi des dizaines de cadavres entreposés dans plusieurs hôpitaux les jours qui ont suivi, malheureusement sans succès.
Après plus d'une semaine, ils ont abandonné et décidé de tenir un enterrement symbolique dans le village de Lambo, près du mont Kilimandjaro. "Nous avons placé un repère pour montrer là où sa tombe devrait être", narre-t-il.
Des centaines de familles seraient dans la même situation, les autorités étant accusées d'avoir enterré de nombreux corps dans des fosses communes.
La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a été élue avec près de 98% des voix lors d'un scrutin jugé frauduleux par des observateurs internationaux. Les autorités n'ont depuis lors communiqué aucun bilan officiel.
Le mari de Sheila Gyumi (un nom d'emprunt), coursier à moto, a, lui, disparu le jour des élections alors qu'il partait travailler.
"Tout semblait calme", se rappelle-t-elle, interrogée par l'AFP. " Plus tard, j'ai vu que la situation avait changé, alors j'ai commencé à l'appeler, mais il n'a pas répondu", a-t-elle raconté.
Sheila Gyumi et ses proches se sont eux aussi rendus dans plusieurs commissariats et tous les grands hôpitaux. Ils se sont sentis systématiquement bloqués dans leurs démarches.
"Mon mari était quelqu'un qui se souciait profondément de sa famille", se désole son épouse.
"Je ne sais pas où il se trouve. Il y aura forcément de la douleur et des questions de la part de (notre) enfant", observe-t-elle, ajoutant peiner désormais à payer loyer et frais scolaires.
L'AFP avait précédemment interrogé un médecin d'un grand hôpital de Dar es Salaam, qui avait affirmé que des centaines de blessés et de dépouilles avaient été emmenés de son établissement vers des lieux secrets au plus fort des troubles.
"Nous pensons que peut-être (Selanyika) se trouve dans une fosse commune", dont l'existence a été "rapportée par les médias, bien que le gouvernement l'ait nié", avance le proche du journaliste.
" Cela fait trois mois. Nous ne pensons pas que nous retrouverons" le corps, regrette-t-il.
Beaucoup des tués ne participaient pas aux manifestations, selon des groupes de défense des droits humains et des témoins, la plupart trop effrayés pour parler de peur de représailles.
"Nous avons eu peur pour notre sécurité, y compris le risque d'être arrêtés par les agences de sécurité", souffle un autre membre de sa famille.
Le gouvernement a promis une enquête, mais a largement minimisé les violences, la présidente affirmant qu'aucune force excessive n'avait été utilisée.
Le Centre for Information Resilience (CIR), après avoir analysé 185 images des manifestations, a toutefois constaté " l'utilisation répétée de balles réelles par les forces de sécurité et des hommes armés en civil".
Cette organisation indépendante spécialisée dans les enquêtes numériques a "identifié de probables fosses communes via l'imagerie satellite" et constaté "de grandes piles de corps" dans des contenus en ligne.
Les médias étrangers ont été interdits de couvrir les élections, tandis que les reporters locaux, déjà soumis à une censure sévère, ont reçu l'ordre de ne pas couvrir les violences.
Au moins un journaliste, Godfrey Thomas, qui travaillait pour Millard Ayo TV, a été inculpé de trahison pour avoir raconté les violences.
"C'était une période extrêmement difficile", a confié à l'AFP un reporter, sous couvert de l'anonymat. Les images diffusées à la télévision d'Etat étaient "complètement déconnectées de ce qui se passait sur le terrain. Même les résultats annoncés... je ne sais pas d'où ils sortent", a-t-il ajouté.









