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L’Algérie écartelée entre les revendications populaires et les calculs de clans intéressés

Le retrait réclamé de la candidature de Bouteflika serait-il synonyme du changement voulu par le peuple ?




L’Algérie a retenu hier son souffle tout au long de la journée et de la soirée. Le délai de dépôt des candidatures à la prochaine présidentielle devant se terminer dimanche à minuit, personne ne pouvait augurer de la décision du président Bouteflika. Allait-il se retirer sur la pointe des pieds ou ramer à contre-courant de la vox populi ?
 Quoi qu’il en soit, le pays ne cesse de danser sur des braises ardentes depuis plusieurs semaines. Précisément depuis que l’annonce d’un cinquième mandat a alimenté la tension et suscité la colère des Algériens qui n’ont eu d’autre recours que d’exprimer leur ras-le-bol par l’organisation de nombre de manifestations dans les principales villes.
La tension pourrait s’exacerber si Bouteflika voire son clan continue de faire la sourde oreille face aux revendications des manifestants et dépose sa candidature à un cinquième mandat auprès du Conseil constitutionnel.  
« La situation en Algérie est très grave. La crise actuelle est due au fait que le système algérien est hermétiquement verrouillé. Ce qui explique la difficulté de trouver une alternative à Bouteflika », nous a déclaré Moussaoui Ajlaoui, expert associé au Centre d'études pour l'Afrique et le Moyen-Orient (AMES Center).  Et de préciser qu’ « il y a des pressions sur le clan Bouteflika. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le limogeage de quelques figures de ce clan comme l’ancien premier ministre, Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia pourrait également subir le même sort ».
Quel est la position de la puissante institution militaire dans cette crise ? Dans  un premier temps, le chef d'état-major de l'armée algérienne et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, a exprimé son soutien à la candidature de Bouteflika. Mais il a rectifié le tir, probablement sous la pression des manifestations, et rappelé  dans une récente déclaration le soi-disant « degré de cohésion entre le peuple et son armée ».
L’accent doit être également mis sur les conflits entre le Département de surveillance et de sécurité (DSS) dirigé par Athmane Tartag qui fait partie du clan Bouteflika et la Direction centrale de la sécurité de l'armée (DCSA). « Ces conflits pourraient expliquer la fuite d’un enregistrement d’une récente conversation entre l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et le patron du Forum des chefs d’entreprise (FCE), Ali Haddad et dans lequel les deux hommes parlent de l’éventualité du recours aux armes pour faire taire les manifestants», nous a précisé Moussaoui Ajlaoui. Et l’on sait qu’après cette fuite, Abdelmalek Sellal a été limogé de la direction de campagne du président Abdelaziz Bouteflika et remplacé par le ministre des Transports, Abdelghani Zaalane.
« Il y a des guerres intestines, il y a malaise en Algérie, il y a des manifestations, il y a des pressions. Si Bouteflika s’entête et décide de briguer la magistrature suprême, il faut craindre le pire et l’Algérie entrera dans une crise profonde dont personne ne sait quel  en sera le dénouement », a-t-il mis en garde. Et de préciser : « La France semble incapable de trancher. Après les déclarations d’Emmanuel Macron de soutenir la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, il y a maintenant des pressions pour que Paris le lâche pour ne pas reproduire le même scénario tunisien » et subir le même  discrédit qui avait frappé la France suite au soutien qu’elle avait apporté au régime Ben Ali lors de la révolution tunisienne en 2011.
« Tout le monde est inquiet concernant la situation actuelle en Algérie, même le Maroc. L’on sait que l’histoire de ce régime algérien verrouillé montre qu’il a toujours instrumentalisé la carte du Royaume durant les périodes de crises qu’il a eu à affronter», a-t-il souligné avant d’affirmer qu’ « une révolution en Algérie pourrait avoir des répercussions aussi bien sur tous les pays de la région (le Maroc, la Tunisie, le Mali, la Libye…) que sur ceux de la rive Nord de la Méditerranée ».
Il convient de noter que le quotidien français Le Journal de Dimanche avait envisagé quatre scénarios possibles en Algérie. Le premier : le régime algérien réprime dans le sang les manifestations. Le deuxième a trait au report des élections présidentielles prévues pour le 18 avril prochain. Le troisième évoque la possibilité du retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, mais cette éventualité semble « totalement écartée» par son clan. Le quatrième est un scénario «à la syrienne». «C’est un argument qui revient sans cesse dans les discours du pouvoir pour décourager la protestation», a souligné le quotidien français.
Mourad Tabet

Quid de l’armée ?

Durant cette période d’incertitude que traverse actuellement l’Algérie, la place de l’armée et son appendice sécuritaire se pose avec une acuité particulière.
De fait, en dehors d’Abdelaziz Bouteflika, tous les chefs de l’exécutif algérien depuis l’indépendance ont été issus des rangs de l’armée (sous-officiers de l’armée française pour Ahmed Ben Bella et Mohamed Boudiaf, colonel de l’ALN pour Ali Kafi, officiers supérieurs de l’ALN puis de l’ANP pour Houari Boumediene, Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual).
Si le FLN, longtemps parti unique, est devenu parti dominant dans le cadre d’un multipartisme octroyé, force est donc de s’interroger sur cette armée qui est la matrice pourvoyeuse des chefs d’Etat algériens.
Si pour d’aucuns il n'y aurait pas grand-chose à attendre de l'élite militaire du pays  dont cinq généraux-majors, dont des chefs de régions militaires, ont été mis à la retraite durant l'été,  et que la smala qui entoure le président Bouteflika - sa famille, son clan, sa tribu, ses amis et ses obligés-, a mille tours pendables dans son sac pour alimenter la volonté de Saïd Bouteflika, dit Monsieur Frère ou le Régent, de conforter son pouvoir, il n’en demeure pas moins que l’armée a encore son mot à dire dans ce qui advient.
On peut donc avancer que les blocages qui ont conduit à la situation explosive d’aujourd’hui  ont vocation à perdurer, quels que soient les aléas de la succession de l’actuel chef de l’Etat et qu’au jour d’aujourd’hui, aucun indice sérieux ne prédispose à un changement pacifique vers un système politique expurgé de ses scories, dont la plus visible et la plus constante est la violation de la Constitution comme mode opératoire de succession.
H.T

Libé
Lundi 4 Mars 2019

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