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Un nouveau tour de vis

Mosquées, cafés, restaurants, salles de cinéma, théâtres, salles des fêtes, clubs, salles de sport, hammams, salles de jeux et terrains de proximité, mis en veille





Un nouveau tour de vis
Dimanche 15 mars 2020. Notre journée était presque terminée. Après avoir mis sous presse, il ne nous restait plus qu’à parcourir une bonne partie de la ville pour nous rendre à nos domiciles. Sur le chemin du retour, impossible de ne pas ressentir cette lourde atmosphère qui pesait sur Casablanca. Dire qu’il n’y avait pas un chat qui traînait serait quelque peu exagéré. Mais cette cité de tout temps vivante et ultra-animée, même un dimanche, était inhabituellement quasi-déserte.
Evidemment, le coronavirus n’est pas étranger à cet état de fait. La nouvelle épidémie apparue en Chine s’est introduite au Maroc, après avoir gagné l’Europe, faisant pour l’instant un décès et 29 contaminations (lundi à midi) dans le Royaume. Pour éviter sa propagation, le gouvernement a mis en place une batterie de mesures à la fois sanitaires, économiques et sociales. Le tramway a renforcé ses mesures d’hygiène et mobilisé son personnel pour désinfecter, tout au long de la journée, équipements et stations. Des hashtags ont fleuri sur les réseaux sociaux pour inciter les gens à rester chez eux et ainsi éviter tout rassemblement ou lieu public susceptible de propager l’épidémie.
Il y a donc une forme de logique dans le discours d’un chauffeur de taxi. « Il n’y a presque plus personne dans les rues. Je n’avais jamais vu ça. Depuis ce matin, je ne transporte pas plus d’un client par heure dans le meilleur des cas». Et d’ajouter : « Des collègues ont décidé de stationner près des gares en attendant les clients pour éviter justement de dilapider le gasoil ». Cette situation inédite est certainement mue par l’état de conscience des citoyens, n’hésitant pas à prendre les devants pour désinfecter les halls d’immeubles, afficher des informations utiles sur le coronavirus dans les ascenseurs, ou encore respecter la distance d’un mètre préconisée au moment de faire la queue devant une pharmacie.
Mais tout cela est contrebalancé par l’inconscience de certains. Outre les enfants qui jouent au football dans la rue, à quelques mètres de jeunes un peu plus âgés, squattant les recoins des quartiers, avec tout ce que cela implique comme proximité, sur les terrasses des cafés, les serveurs faisaient encore des allers-retours pour servir des clients qui de toute évidence prenaient la situation avec une légèreté déconcertante, en dépit des nombreuses campagnes de sensibilisation véhiculées via la télé, la radio et les réseaux sociaux. Sur ce point, le ministère de l'Intérieur a pris la décision « de fermer au public à partir de ce lundi 16 mars à 18h et jusqu'à nouvel ordre, des cafés, restaurants, salles de cinéma et théâtre, salles de fête, clubs et salles de sport, hammams, salles de jeu et terrains de proximité», a-t-on appris par le biais d’un communiqué dans lequel est précisé que « cette décision ne concerne pas les souks, les commerces et les locaux de vente de produits et matières de première nécessité ainsi que les restaurants qui livrent à domicile.  
Il était temps. Car pour ne rien vous cacher, nous avons la tenace impression qu’une partie de la population a plus peur d’une famine utopique que d’un virus qui a déjà fait des milliers de morts dans le monde. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer les scènes de panique qui ont sévi vendredi dans de grandes surfaces, après l’annonce de la fermeture des établissements scolaires. Pourtant, à ce moment, il était convenu que les rassemblements étaient de féroces vecteurs du COVID-19. Un affolement d’autant plus incompréhensible, lorsque l’on sait que ce n’est pas demain la veille que le Maroc souffrira d’une pénurie en termes de matières de première nécessité. D’après le chef du gouvernement, le stock disponible peut couvrir les quatre prochains moins, a minima.
La panique des citoyens a finalement eu pour effets l’inflation des prix de certains produits, comme c’est le cas des fruits et légumes. « Vendredi, au marché de gros, j’ai acheté une caisse de tomates à 50 DH », nous confie un marchand. « Ce matin (dimanche), son prix a triplé et a atteint les 150 DH. J’ai eu la chance d’en acheter contrairement à beaucoup d’autres. Le marché de gros a été vidé dans un temps record. Je n’avais jamais vécu une situation pareille», s’inquiète-t-il en espérant un meilleur lendemain, en l’occurrence, un lundi pas comme les autres.
Le tramway était moins bondé, à l’instar des principales artères de la métropole. Les regards suspicieux se multiplient à chaque toux ou éternuement. Des gens partent travailler à reculons. En traînant des pieds. « Psychologiquement, c’est dur », nous raconte un salarié d’un centre d’appel. « Nous sommes présents depuis ce matin mais on ne fait rien. On attend un mail de notre employeur français pour prendre une décision. Pour l’instant, il n’y a que les personnes avec enfants en bas âge, sans alternative de garde qui ont pu rentrer chez elles», a-t-il conclu, non sans s’insurger : « Si on n’est pas productifs, on doit rentrer nous aussi ». En attendant qu’une décision soit prise quant aux professionnels qui sont forcés de se déplacer pour rejoindre leur travail en empruntant les transports publics, il est impératif, primordial et même vital, que l'ensemble des citoyens adhèrent aux règles sanitaires édictées par les autorités, avec un fort sens de responsabilité.  

L'instance chargée des fatwa recommande la fermeture des lieux de prière

En réponse à la demande de fatwa adressée par Amir Al-Mouminine au Conseil supérieur des oulémas, l'instance scientifique chargée des fatwa recommande la fermeture temporaire des mosquées pour les cinq prières et celle du vendredi à partir d’hier lundi 16 mars 2020 correspondant au 21 rajab 1441, indique un communiqué du Conseil supérieur des oulémas.
En voici la traduction:
"En réponse à la demande de fatwa, adressée au Conseil supérieur des oulémas par Amir Al Mouminine, que Dieu Le préserve, dont la Oumma reconnaît la sollicitude, l’attachement envers les maisons de Dieu et Son souci d’augmenter leur nombre et leur ouverture aux fidèles, et eu égard au dommage grave causé par l’épidémie qui sévit dans le monde et compte tenu des orientations émises par les parties compétentes, dont le ministère de la Santé en vue de veiller à la prévention contre le virus par la fermeture des lieux publics et privés.
S’inspirant des textes de la charia qui soulignent la nécessité de protéger les corps et de faire prévaloir l’intérêt sur le préjudice, et sachant que parmi les conditions de la prière, notamment les mosquées, figure la quiétude et que la peur de cette épidémie annule cette condition.
Pour toutes ces considérations préventives de la charia et de la raison, l’instance scientifique chargée des fatwas au Conseil supérieur des oulémas recommande:
 - De fermer les mosquées pour les cinq prières et la prière du vendredi et ce à partir du lundi 16 mars 2020 correspondant au 21 Rajab 1441.
- De rassurer les citoyens et citoyennes que cette mesure est temporaire et que les prières reprendront dans les mosquées dès que les autorités compétentes auront décidé que la situation sanitaire est normalisée.
- De continuer à appeler à la prière (al adhan) dans toutes les mosquées.
Puisse Dieu préserver Amir Al-Mouminine et de Le garder Protecteur de la religion de la Oumma, veillant à la protection de ses âmes contre tout malheur".

Chady Chaabi
Mardi 17 Mars 2020

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