12ème Congrès de l’USFP : A Bouznika, le parti a fait le choix de la stabilité pour préparer l’avenir


Libé
Mercredi 31 Décembre 2025

12ème Congrès de l’USFP : A Bouznika, le parti a fait le choix de la stabilité pour préparer l’avenir
A Bouznika, du 17 au 19 octobre 2025, l’Union socialiste des forces populaires a tenu bien plus qu’un congrès statutaire. Le douzième Congrès national de l’USFP s’est imposé, avec le recul que permet la rétrospective de fin d’année, comme l’un des moments politiques les plus structurants de la séquence nationale. Dans un contexte marqué par la fragilisation du débat public, la défiance citoyenne et la perte de repères idéologiques, ce congrès a constitué un acte de résistance politique autant qu’un exercice de refondation maîtrisée. Il a rappelé que la politique, lorsqu’elle est pensée, débattue et incarnée collectivement, peut encore produire du sens.

La réussite de ce congrès tient d’abord à son inscription dans une conjoncture nationale et internationale difficile, que l’USFP a choisi d’affronter frontalement plutôt que de contourner. A l’heure où nombre de formations politiques se replient sur des logiques de gestion électorale à court terme, le parti de la Rose a assumé un congrès de fond, dense, traversé par des débats idéologiques, sociaux et institutionnels d’une rare intensité. La présence massive des délégations régionales, sectorielles, syndicales, des organisations alliées et des invités internationaux a donné à cette rencontre une dimension à la fois nationale et universelle, fidèle à l’ADN historique du parti.

Dès le discours d’ouverture, le ton a été donné. Driss Lachguar n’a pas cherché à enjoliver la situation ni à masquer les difficultés. Il a posé les conditions politiques de la réussite du congrès avec une lucidité assumée, insistant sur la nécessité de renforcer l’unité, la cohésion interne et la capacité du parti à incarner un projet crédible pour un Maroc démocratique, social et solidaire. Ce discours, loin des envolées incantatoires, a été perçu par les congressistes comme une invitation à la responsabilité collective, à la fidélité aux principes fondateurs et à l’adaptation stratégique aux mutations du temps.

Les travaux ont ensuite donné corps à cette orientation. Les rapports politique, économique, social et financier ont été examinés, débattus et approuvés dans un climat marqué par la confrontation d’idées, mais aussi par un souci manifeste de cohérence. Le congrès n’a pas esquivé les défis internes, ni les fragilités du champ partisan, ni les limites de l’action politique dans un contexte de contraintes multiples. Il a, au contraire, cherché à les analyser pour mieux y répondre, en réaffirmant le rôle central de la gauche démocratique dans la construction d’alternatives crédibles.

Sur le fond, le congrès a porté une vision claire du développement national. L’USFP y a défendu la nécessité d’un modèle de développement équitable et durable, fondé sur la justice sociale, la solidarité et la confiance dans les institutions. A rebours des discours technocratiques désincarnés, le parti a rappelé que la croissance ne peut être une fin en soi si elle ne se traduit pas par une amélioration concrète des conditions de vie, par la réduction des inégalités et par le renforcement de la cohésion sociale. Cette approche, profondément sociale-démocrate, a constitué l’un des fils conducteurs des débats.

Dans le même mouvement, le congrès a adopté une position ferme face à la montée du populisme, des discours de haine et des logiques d’exclusion qui traversent de nombreuses sociétés. L’USFP a réaffirmé son attachement indéfectible aux droits humains, aux libertés fondamentales et aux valeurs démocratiques, considérant que leur défense n’est ni un luxe idéologique ni un slogan de circonstance, mais une condition essentielle de la stabilité et du progrès. Ce positionnement, assumé sans ambiguïté, a donné au congrès une tonalité résolument politique, loin des calculs opportunistes.

La dimension internationale n’a pas été reléguée au second plan. Dans un monde marqué par des tensions régionales persistantes, des crises économiques et des mutations technologiques rapides, l’USFP a réaffirmé sa lecture solidaire et progressiste des relations internationales. La cause palestinienne a occupé une place centrale dans les résolutions adoptées. Les congressistes ont rappelé qu’elle demeure une question nationale et arabe fondamentale, condamnant sans détour les violations commises par le gouvernement israélien et réitérant leur soutien au peuple palestinien dans sa lutte pour l’établissement d’un Etat libre et indépendant avec Al-Qods Est pour capitale. Ce positionnement, constant et cohérent, a été perçu comme une continuité fidèle à l’histoire du parti et à son engagement internationaliste.

Au-delà du Proche-Orient, le congrès a également insisté sur la nécessité de renforcer la coopération Sud-Sud, notamment avec les pays africains, et de promouvoir une diplomatie marocaine active, responsable et solidaire. Cette vision s’inscrit dans une lecture stratégique des mutations du monde, où l’Afrique n’est plus un simple espace périphérique, mais un acteur central des équilibres futurs. En affirmant cette orientation, l’USFP a cherché à inscrire l’action politique nationale dans une perspective globale, consciente des interdépendances économiques, sociales et environnementales.

Sur le plan interne, les résolutions du congrès ont mis l’accent sur l’urgence des réformes institutionnelles et politiques. La consolidation de l’Etat de droit, l’élargissement des libertés, l’égalité entre les femmes et les hommes et l’inclusion effective des jeunes ont été présentés non comme des revendications sectorielles, mais comme les piliers d’un projet national rénové. Le congrès a plaidé pour une participation citoyenne accrue, pour la valorisation de la créativité sociale et pour une responsabilité collective partagée, conditions indispensables à la reconstruction de la confiance démocratique.

La réélection de Driss Lachguar au poste de Premier secrétaire pour un quatrième mandat a constitué l’un des moments forts de ce congrès. Adoptée à la majorité absolue, cette décision a été présentée par la direction comme l’expression d’une volonté largement partagée par les structures régionales et organisationnelles du parti. Elle a été justifiée par la nécessité de garantir une continuité du leadership dans une phase de recomposition politique nationale, marquée par l’instabilité et la fragmentation.

Loin d’être perçue comme un simple prolongement personnel, cette reconduction s’est inscrite dans une logique de stabilisation stratégique. Pour l’USFP, il s’agissait de consolider l’unité interne, de capitaliser sur l’expérience accumulée depuis 2012 et de préparer les prochaines échéances électorales dans un paysage partisan en mutation. Dans son discours inaugural, Driss Lachguar a insisté sur la résilience du parti face au recul mondial des courants progressistes et à la disparition de nombreuses expériences socialistes, appelant les militants à poursuivre le travail collectif pour maintenir l’USFP au cœur du débat public.

Avec le recul de cette fin d’année, le douzième Congrès apparaît ainsi comme un moment de clarification et de réaffirmation. Il n’a pas prétendu résoudre toutes les contradictions ni effacer les difficultés structurelles de la gauche marocaine. Mais il a permis de fixer un cap, de réarmer idéologiquement le parti et de réaffirmer sa vocation historique. En ce sens, sa réussite ne se mesure pas seulement à ses résolutions ou à ses décisions organiques, mais à la dynamique politique qu’il a enclenchée.

Le congrès de Bouznika a rappelé une vérité essentielle : un parti ne se juge pas uniquement à ses résultats électoraux, mais à sa capacité à produire du sens, à structurer le débat public et à porter une vision d’avenir. En réaffirmant son attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité, l’USFP a envoyé un message clair à ses militants, à ses partenaires et à l’ensemble de la société. L’avenir du Maroc ne peut se construire que dans l’unité, la détermination et la fidélité aux principes démocratiques.

A ce titre, le douzième Congrès national restera comme une étape majeure dans la trajectoire d’un parti qui, malgré les vents contraires, continue de revendiquer sa place dans l’histoire politique du pays.


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