Quatre discours, une même boussole pour le Maroc de demain : Gouverner par la clarté et la perspicacité


Libé
Mercredi 31 Décembre 2025

Quatre discours, une même boussole pour le Maroc de demain : Gouverner par la clarté et la perspicacité
Le Message adressé au Sommet arabe de Bagdad, le Discours du Trône, l’Allocution d’ouverture de la session parlementaire et le Discours historique du 31 octobre à la suite de la résolution du Conseil de sécurité 2797 en faveur de la marocanité du Sahara

L’année 2025 aura été, au Maroc, une année de paroles pesées. Dans un contexte national et international marqué par les incertitudes économiques, la recomposition des équilibres géopolitiques et une attente sociale de plus en plus explicite, les discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI se sont imposés comme des moments structurants du débat public. Non pas comme de simples rituels institutionnels, mais comme des actes politiques à part entière, porteurs de sens, de méthode et de direction. A travers eux, s’est déployée une véritable pédagogie du pouvoir, attentive aux mutations de la société marocaine et soucieuse de traduire les ambitions nationales en orientations lisibles.

Quatre discours majeurs, prononcés dans des contextes distincts mais profondément complémentaires, ont constitué les piliers de cette séquence : le Message adressé au Sommet arabe de Bagdad, le Discours du Trône, l’Allocution d’ouverture de la session parlementaire et le Discours historique du 31 octobre à la suite de la résolution du Conseil de sécurité en faveur de la marocanité du Sahara. Pris ensemble, ils forment un corpus cohérent, révélateur d’une pédagogie du pouvoir assumée, patiente, parfois exigeante, toujours orientée vers la responsabilisation collective.

Le message adressé au 34ᵉ Sommet arabe, en mai 2025, a d’abord réaffirmé la centralité du Maroc dans les grands débats du monde arabe, non par posture, mais par constance doctrinale. Le Souverain y parle en chef d’Etat, mais aussi en dépositaire d’une légitimité morale singulière, celle de Président du Comité Al-Qods. Face à la tragédie palestinienne, S.M le Roi refuse les slogans incantatoires et propose une grille de lecture rigoureuse, articulée autour du droit international, de l’urgence humanitaire et de la nécessité d’un horizon politique crédible. La précision des mesures évoquées, de l’exigence d’un cessez-le-feu durable à la défense active de l’UNRWA, traduit une diplomatie marocaine qui ne se contente pas de principes généraux, mais revendique une capacité de proposition structurée.

Ce discours va toutefois bien au-delà de la seule question palestinienne. Il agit comme un diagnostic sévère, parfois sans concession, de l’état du monde arabe. Faible intégration économique, croissance atone, incapacité à capitaliser sur les ressources humaines et naturelles, paralysie de l’Union du Maghreb arabe : le constat est lucide, presque brutal. En pointant l’échec de l’UMA, S.M le Roi ne règle pas des comptes, il rappelle une évidence géopolitique et économique : l’avenir du Maghreb est hypothéqué tant que prévaut la logique du blocage. Là encore, la parole Royale assume une fonction pédagogique, en mettant des mots clairs sur des réalités que beaucoup préfèrent contourner.

Le Discours du Trône du 29 juillet 2025 constitue, quant à lui, le cœur battant de cette séquence. C’est le discours de l’introspection nationale, mais aussi celui de la vérité sociale. Pour la première fois avec une telle netteté, S.M le Roi articule les succès macroéconomiques du Maroc émergent avec leurs limites concrètes dans la vie quotidienne des citoyens. Les chiffres sont là, assumés, revendiqués : croissance régulière malgré les crises, essor industriel, infrastructures de rang mondial, progression de l’indice de développement humain. Mais ces acquis ne sont jamais brandis comme une fin en soi. Ils servent au contraire de point de départ à une interpellation forte : à quoi sert le développement s’il ne corrige pas les fractures territoriales et sociales ?

La phrase est lourde de sens, presque programmatique : il n’y a pas de place pour un Maroc à deux vitesses. Ce n’est pas une formule. C’est une ligne rouge politique. A travers elle, le Souverain opère un déplacement majeur du centre de gravité de l’action publique, en appelant à passer d’un développement social sectoriel à un développement territorial intégré. Ce choix n’est ni technique ni neutre. Il implique une refonte des méthodes de gouvernance, une exigence accrue de coordination, et surtout une culture du résultat que S.M le Roi appelle explicitement de ses vœux.

Ce discours du Trône est également un discours d’anticipation politique. A moins d’un an des élections législatives, le Roi fixe le cadre, rappelle les règles, exige la préparation en amont du code électoral. Il ne s’agit pas d’une intrusion dans le jeu politique, mais d’une garantie institutionnelle de transparence et de crédibilité. En parallèle, le maintien de la main tendue envers l’Algérie, réaffirmée avec constance, révèle une diplomatie de principes, où l’ouverture n’est jamais conditionnée par les circonstances, mais par une conviction profonde sur le destin commun des peuples.

Le discours d’ouverture de la session parlementaire, en octobre, agit comme un prolongement opérationnel du Discours du Trône. Ici, la pédagogie du pouvoir se fait plus directe, presque plus exigeante. S.M le Roi s’adresse aux parlementaires non comme à des spectateurs, mais comme à des acteurs centraux de la transformation nationale. Le message est limpide : les grands projets ne peuvent être déconnectés des programmes sociaux, la justice territoriale n’est pas un slogan et l’inefficacité dans la gestion des ressources publiques est devenue moralement et politiquement inacceptable.

Ce discours marque aussi un tournant méthodologique. S.M Mohammed VI insiste sur la donnée, sur le numérique, sur l’évaluation, sur la lutte contre les pratiques chronophages et énergivores. Le vocabulaire est révélateur d’une volonté de modernisation de l’Etat, mais aussi d’un agacement maîtrisé face aux lenteurs structurelles. Le développement territorial est présenté comme le miroir réel du progrès national, et les zones longtemps marginalisées, montagnes, oasis, centres ruraux, deviennent des priorités politiques explicites. La Monarchie ne se contente plus de fixer des orientations, elle demande des comptes sur leur mise en œuvre.

Enfin, le discours du 31 octobre 2025 s’inscrit dans une autre dimension, celle de l’Histoire longue. Rarement un discours Royal n’aura porté une charge symbolique aussi forte. S.M le Roi parle ici en chef de Nation, dans un moment qu’il qualifie lui-même de tournant irréversible. Le Sahara n’est plus présenté comme un dossier à gérer, mais comme un processus arrivé à maturité. Le langage change, les mots sont choisis avec soin : victoire éclatante, nouveau chapitre, avant et après. Pourtant, même dans ce moment de force diplomatique, la parole Royale reste maîtrisée, évitant toute tentation de triomphalisme.

La reconnaissance internationale de l’Initiative d’autonomie est lue non comme une fin, mais comme une responsabilité. S.M le Roi appelle à une solution qui sauve la face de tous, tend la main aux populations de Tindouf, réitère l’invitation au dialogue avec l’Algérie. Là encore, la pédagogie est centrale : expliquer que la force du Maroc réside autant dans sa légitimité que dans sa capacité à proposer une sortie honorable à toutes les parties.

Pris dans leur ensemble, les discours Royaux de 2025 dessinent une conception du pouvoir profondément contemporaine. Un pouvoir qui n’esquive ni les réussites ni les insuffisances. Un pouvoir qui parle clair, chiffres à l’appui, mais sans froideur technocratique. Un pouvoir qui assume sa verticalité tout en appelant à la coresponsabilité. S.M le Roi Mohammed VI y apparaît comme un chef d’Etat qui gouverne autant par la vision que par l’explication, autant par la fermeté que par l’écoute.

Cette parole Royale, dense, structurée, parfois exigeante, s’adresse à une société marocaine arrivée à un moment de maturité. Elle ne flatte pas, elle élève. Elle ne promet pas l’impossible, elle trace des chemins. En cela, l’année 2025 aura confirmé que la parole du Roi n’est pas seulement un outil de communication politique, mais un instrument de construction nationale, un levier de mobilisation collective et, surtout, une boussole dans un monde où les repères se brouillent.


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