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Trop malmenée, la planète Terre

Par son inconscience, l’Homme court à sa fin


Chaque jour passé sur terre, l’humanité se tire une balle dans le pied. Et ce n’est pas près de s'arrêter. Si la lutte contre le réchauffement climatique divise encore et peine à faire consensus, la crise du coronavirus a en revanche mis tout le monde d’accord. Un an que cela dure. On aurait parié que la pandémie allait faire évoluer les mentalités. Que les consciences écologiques des uns et des autres allaient se révéler. Mais il n’en a rien été. Pourtant, le parallèle entre la pandémie et le changement climatique est tout tracé. C’est une implacable réalité à laquelle déforestation et mondialisation ne sont pas totalement étrangères.

C’est un secret de Polichinelle, l'urbanisation galopante est un défi pour l'avenir de l'humanité. Pis, la crise sanitaire actuelle prouve que c’est un défi d'actualité. Le schéma et la relation de cause à effet ne sont pas sorciers à deviner. Aujourd’hui, la moitié de la population mondiale vit dans les villes. Dans dix ans, cette proportion passera à 60%. Et comme à l’accoutumé, quand l’humanité manque de place, elle spolie de force des territoires qui ne sont pas censés lui appartenir. “Par conséquent, il y a une accélération d’un déséquilibre qui est biologique mais aussi biosystémique. Les animaux, les reptiles, les végétaux, tous les êtres vivants sont obligés de fuir”, regrette Mohammed Said Karrouk, climatologue et professeur universitaire. Puis de s’interroger : “Mais pour fuir où ?”

En effet, il n’y a que dans la planète des singes que les animaux sont capables de conquérir l’espace. En vrai, quand ils sont chassés de leurs milieux naturels, les animaux n’ont d’autres choix que de faire intrusion dans un écosystème qui n’est pas le leur. “Et avec ces déplacements, il y a deux problèmes majeurs", avance Mohammed Said Karrouk. “Il faut prendre conscience que ces déplacements ne sont pas sans risques. Ils se font avec les composantes environnementales du foyer d’origine, avec ses complexes pathologiques, ses maladies, etc. Donc, ces animaux qui se déplacent chez d’autres animaux qui ont d’autres complexes pathologiques, créent un troisième complexe pathologique qui est différent des précédents”. Un mélange explosif à même d’accélérer la mutation des virus et l’apparition de nouvelles maladies, notamment les zoonoses. ”C’est pour cela que nous avons observé ces dernières décennies l’apparition de nouvelles maladies très dangereuses comme Ebola ou le SIDA”, rappelle notre interlocuteur.

Pour le coup, le Sars-Cov-2, dont on prête l’origine à la chauve souris, n’est pas le fruit du hasard. Son apparition ne tient pas du surnaturel. L’humanité joue avec le feu, il n’est pas étonnant qu’elle finisse tôt ou tard par se brûler les doigts. Surtout si les animaux que l'urbanisation tente de déloger décident de cohabiter avec l’envahisseur qu’est l’homme. Sans oublier le commerce international des animaux. “Ces dernières années, on observe de plus en plus d’humains qui apprivoisent chez eux des animaux qui ne sont pas habitués à cet environnement. Il y a des gens qui vivent avec des cobras, d’autres avec des crocodiles. C’est contre nature. Tu arraches un animal de sa forêt, pour lui imposer de vivre dans un milieu qui n’est pas le sien”, s’offusque notre interlocuteur qui s’inquiète des problèmes pathologiques créés par ces perturbations.

Justement, en parlant de perturbations, souvenez-vous du confinement planétaire d’il y a un peu plus d’un an. Le silence qui s’est installé dans nos rues n’a pas eu pour unique effet de nous faire reposer les tampons du brouhaha des klaxons. Il a aussi permis à la nature de se réapproprier les espaces que les humains lui ont spoliés, avec en prime, un immense impact sur l’environnement. Si l’impact en question n’est pas totalement blanc-seing (voir interview) il a du moins révélé à la face du monde tout ce que l’activité humaine pouvait engendrer comme nuisance. En plus d’avoir propagé le Sars-Cov-2 comme une traînée de poudre, ”l’homme, avec ses activités, a déclenché le réchauffement climatique”, pose comme un constat implacable, Mohammed Said Karrouk. Sauf que sortir le doigt de l’engrenage n’est pas aussi simple que cela. “On souhaite le faire, on pense le faire, mais on ne sait pas si on arrivera à le faire”, résume-t-il. Difficile à croire mais tellement vrai.

L’humanité court à sa perte mais son instinct de survie est comme anesthésié et groggy par la cupidité et l'appât du gain. ”A cause des perturbations au niveau de l’Amazonie, du Congo, de la déforestation, entre autres, nous vivons des moments très inquiétants sur le plan écosystémique”, prévient le climatologue. Mais en parallèle, aussi étonnant que cela puisse paraître, les moyens de lutter contre la catastrophe annoncée sont quasi-inexistants. “Personne ne peut imposer aux Brésiliens de ne pas toucher leur forêt. Parce qu’il n’y a pas de loi internationale qui impose des réglementations à terme. Il y a une souveraineté nationale. Mais à l’échelle de la planète, l’Amazonie est une forêt qui influence le climat de la planète entière et pas uniquement du Brésil”, conclut Mohammed Said Karrouk. On aurait pu croire que l'espoir d’un avenir meilleur résiderait dans les accords mondiaux sur le climat, comme l'accord de Paris dont l’objectif est de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport au niveau préindustriel. Mais à voir comment l’économie mondiale a repris ses habitudes pré-pandémie, ce n’est pas demain la veille que l’humanité apprendra de ses erreurs. 

Lire également l’entretien du climatologue Mohammed Said Karrouk  

Chady Chaabi
Jeudi 29 Avril 2021

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