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Triste inconstance ministérielle : A qui profite la fuite ?

Driss Lachguar : Notre position puisée de nature dans notre référentiel de défenseurs des droits de l’Homme et des libertés collectives et individuelles sera rendue publique le moment venu




Triste inconstance ministérielle : A qui profite la fuite ?
Tout le monde en parle et pourtant personne n’en a vu la couleur. Et pour cause. Il ne s’agit après tout que d’un avant-projet de loi, une ébauche pas plus. Un paradoxe que l’on doit à l’inconstance, à la légèreté de quelqu’un supposé être un homme d’Etat avec tout ce que cela engendre comme sagacité.
Mustapha Ramid, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est certainement pas sans savoir qu’il est question d’un avant-projet portant sur l’utilisation des réseaux sociaux, des réseaux de diffusion et similaires. Le pire, c’est qu’il se trouve être ministre, d’Etat de surcroît, mais sans que cela ne le dissuade d’orchestrer une fuite de ce qui s’est passé au Conseil d’un gouvernement dont il fait partie. Plus grave encore, il s’est fendu d’un communiqué qu’il voulait explicatif et dans lequel il a tenté de donner sa version des faits bien à lui.
Le seul à être habilité à parler au nom du gouvernement, pour rappel, est son chef ou le porte-parole de ce même  gouvernement par procuration ou encore dans le cas d’espèce du ministre de la Justice qui, lui, s’en est tenu au devoir de réserve. D’autant plus pathétique que «cet homme d’Etat», à la tête de la fuite, se trouve également être avocat.
Le stratagème est trop énorme pour ne pas être relevé. Lancer « l’info », l’infox plutôt, dans le camp de ses milices électroniques et à charge pour elles de gonfler la chose  et d’y aller de leurs commentaires orientés et de leurs supputations intéressées. Et le raccourci est vite trouvé si petit, si infâme, soit-il : tirer sur l’USFP. Sauf que l’USFP en a connu d’autres. Ce même USFP qui n’a cessé de donner la preuve durant ses longues décennies d’existence que l’intérêt du pays passe en premier.
Il ne serait pas inutile, cependant, de rappeler à l’égard de ceux qui sont allés vite en besogne qu’il y a toute une procédure à suivre pour que, ce que l’on a bien voulu leur proposer de manière aussi sournoise comme étant une loi, en soit une.
Et justement, la procédure, tel que rappelé expressément par Driss Lachguar dans une déclaration à Libé est, on ne peut plus, clairement définie : «Au jour d’aujourd’hui, précise le Premier secrétaire de l’USFP, on ne peut aucunement parler de projet. Il est plutôt question d’un avant-projet qui a été présenté au conseil du gouvernement et qui est sujet à débat et discussions entre les ministres qui sont à la tête des départements concernés. Le gouvernement a, par ailleurs, procédé à la constitution d’une commission ministérielle avec pour mission de présenter l’avant-projet à l’appréciation du conseil du gouvernement pour adoption avant qu’il ne soit soumis à chacune des deux Chambres du Parlement, seul habilité de par la Constitution à légiférer … ».
De ce fait, l’on pourrait bien se poser la question : A qui profite la fuite ? pour ne pas dire le crime.
« Le document » fuité l’a été dans une intention bien précise puisqu’il a été élagué de toutes les propositions qui seraient faites en vue de réguler un domaine  dont d’aucuns se servent abusivement et impunément  pour nuire à autrui, pour ne parler que de l’image et de l’intérêt individuels sans ceux collectifs, et sans que cela débouche bien évidemment sur une loi liberticide.
Et c’est d’autant plus déplorable que ce triste méfait, car c’en est un, intervient en ce moment de pandémie alors que le Maroc et les Marocaines et Marocains ont servi l’exemple d’une gestion et d’une solidarité exemplaires.
Pas besoin d’être grand clerc pour deviner quels sont ceux que cette symbiose dérange. Les mesures prises à juste titre les ont privés de leurs champs d’action. Leurs multiples « meetings » d’endoctriment. Leurs lieux et leurs occasions de prédilection sont fermés ou annulés, les privant ainsi de leurs zouaves et autres sujets endoctrinables…
La preuve, si l’en est besoin, que l’intérêt de la nation est relégué au second plan  au profit de celui de la tribu.
Sauf que l’on a comme l’impression que ce si irresponsable agissement serait également dicté par un sentiment de rancune particulièrement tenace et bassement individuel.
L’on a tous en mémoire l’aigreur et l’amertume qui ont été siennes quand il s’est fait fermement éjecté après n’y avoir laissé que de tristes souvenirs. Bon nombre de magistrats notoires, entre autres, n’ont toujours pas oublié.
Encore une fois, la conjoncture doit être faite pour nous unir à tous points de vue. Et justement, tout laisse croire que la déclaration du Premier secrétaire de l’USFP appelant à la constitution d’un gouvernement d’union nationale pour faire face au mieux à la crise actuelle a eu pour effet de sortir certains de leurs gonds ne sachant plus sur quel pied danser.
Ce n’est d’ailleurs pas une première de leur part. Leur parrain y était abonné.  Alors qu’il était chef du gouvernement, il n’hésitait pas à se confondre dans un rôle de chef de l’opposition pour dire la chose et son contraire.
« L’USFP rejette catégoriquement toute surenchère politicienne ou électoraliste. Notre position puisée de nature dans notre référentiel de défense des droits de l’Homme et des libertés collectives et individuelles sera rendue publique le moment venu », tranche le Premier secrétaire.
Une question qui se fait particulièrement lancinante pour finir : A quoi devrait ressembler un conseil des ministres quand on sait que parmi les présents il y a un ministre-taupe ?
Vous avez dit secrets d’Etat ?

Mohamed Benarbia
Jeudi 30 Avril 2020

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1.Posté par Aziz le 01/05/2020 12:18
Bonjour,
Il reste deux questions essentielles:
1. Qui, n’ayant rien à se branler, a eu l’ingénieuse idée de préparer cet « avant projet » liberticide (selon votre SG)?
2. Qui a eu l’idée, encore plus ingénieuse, de le présenter au conseil du gouvernement en ces temps d’union, de solidarité, de bla-bla-bla bla (surtout de confinement ou deux citoyens ne peuvent se rencontrer pour juste en discuter).

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