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Reprendre, oui mais comment ?

Entre réduction des effectifs et autres restrictions et contraintes, les patrons d’entreprises ne savent pas trop où donner de la tête




Après plus de 13 semaines de confinement presque total, nombreuses sont les entreprises qui comptent reprendre leurs activités aujourd'hui. Une reprise plus que souhaitée par le ministre des Finances puisque chaque jour de confinement coûte, selon lui, 1 milliard de DH à notre économie.
Pourtant, nombreux sont les opérateurs qui ne savent pas comment ce retour au travail sera organisé et comment leurs  entreprises peuvent redémarrer leurs activités sans prendre de risque pour la santé de leur personnel. « Nous sommes dans le flou. Beaucoup d’incertitudes et de doutes entourent cette reprise», nous a indiqué Mohamed Bentaleb, responsable de production au sein du Groupe D.A.T.M.A, spécialiste dans la confection des chemises et des chemisiers à Casablanca. Et de poursuivre : « Nous avons d’abord des doutes concernant le retour de nos salariés. En effet, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas rentrer à Casablanca à cause de l’interdiction de voyager entre les villes instaurée depuis le 20 mars. Nous avons été informés dernièrement qu’il y a coordination entre les associations des zones industrielles et les services de la police nationale pour faciliter le retour de ces ouvriers mais rien n’est moins sûr. Il y a également le problème de ceux qui habitent loin de leurs lieux de travail et qui ont des difficultés à se déplacer dans les transports en commun.  Enfin, il y a la catégorie des salariés qui ne sont pas pressés de retourner au travail de peur d’être contaminés par le virus. Il faut ajouter aussi ceux qui comptent sûrement changer de métier et de se reconvertir dans un autre secteur».
Pour notre source, même la facilitation d’accès des salariés aux zones industrielles ne va pas arranger les affaires des entreprises puisque ces dernières sont appelées à fonctionner avec un effectif très réduit. « A Tanger, il a été décidé de réduire le personnel actif de 30%.  Nous aussi, nous devons travailler avec la moitié de notre effectif, soit 400 personnes au maximum alors que d’habitude, nous fonctionnons avec 800 personnes. Cela veut dire que  les premiers venus seront les premiers embauchés », nous a-t-elle expliqué.
Autre souci et non des moindres, les mesures de prévention et leur respect. En effet, les entreprises sont engagées à assurer la distribution d'équipements de protection sanitaire (masques, gel hydroalcoolique...) et à garantir la disponibilité des produits d'hygiène (savon, lingettes, produits désinfectants, essuie-mains, poubelles). Elles sont également appelées à désigner un référent par shift dont le rôle est de s’assurer que les règles de sécurité et d’hygiène sont effectivement respectées. 
Elles sont aussi obligées d'aménager des zones de repos, des réfectoires et des zones fumeurs pour faire respecter les distances (marquage au sol), d’organiser de façon fluide la distribution des repas à l’intérieur des lieux de restauration, de fractionner les pauses et les heures des repas entre les employés afin de réduire les croisements et la promiscuité dans la cantine et de réduire aussi le nombre de pauses.
Elles sont contraintes également de nettoyer en priorité et avec des produits homologués les surfaces à fort contact (tourniquets, ascenseurs, toilettes, robinets, poignées de porte, télécommandes, barres d’escalier, poubelles) et de respecter le temps d’action et de séchage préconisé pour que ces produits agissent.
Le transport de personnel doit, de son côté, être réorganisé pour respecter les dispositions nécessaires. En effet, l’entreprise doit s’engager à garantir le nettoyage des bus, par les sociétés de transport, à chaque rotation, et prévoir le port du masque de protection durant le trajet domicile-travail (aller et retour).
« L’Etat nous impose plusieurs mesures et contraintes. En fait, s’il y a certaines mesures qui font partie de nos modes naturels de fonctionnement, d’autres sont aujourd’hui plus contraignantes », nous a indiqué Mohamed Bentaleb. Et d’ajouter : « Ces nouvelles conditions de travail sont difficiles à respecter à la lettre, d’autant plus qu’elles nous imposent de nouvelles charges financières dans un contexte de morosité économique. Les entreprises ont fermé leurs portes depuis le 20 mars dernier sans que l’Etat mette en place un dispositif d’aide à leur endroit ». 
Pourtant, la grande hantise pour ce responsable reste celle de savoir comment les entreprises doivent réagir en cas de contamination. « C’est la question qui nous taraude en tant que responsables.  On se demande comment les ouvriers et les ouvrières vont réagir en cas de découverte d’un cas de contamination, vont-ils continuer à travailler ? On redoute que la panique et les troubles les gagnent. Il y a lieu  de rappeler à cet égard  l’affaire de l’usine de confection de chaussures qui a dû arrêter ses activités après la découverte d’un cas de Covid- 19 », a conclu Mohamed Bentaleb. 

Chakib Alj : Pas de reprise du travail sans respect des mesures de sécurité sanitaire


L'appel lancé aux entreprises pour reprendre leurs activités  est une "décision rassurante" pour le tissu économique, a souligné dernièrement le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Chakib Alj.
Il a, en outre, mis en avant l'importance de redémarrer l'activité économique au plus vite, notant qu'il y va de la survie de plusieurs milliers d'entreprises se trouvant déjà dans une situation extrêmement délicate, ainsi que du maintien de centaines de milliers d'emplois en danger.
"Les entreprises et les commerces habilités à opérer ne reprendront que si et seulement si toutes les mesures nécessaires à la sécurité sanitaire de leurs salariés et de leurs clients sont scrupuleusement respectées, tout en favorisant le télétravail lorsqu'il est possible", a-t-il souligné.

 

La CGEM met en place des guides préventifs et sanitaires


La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a mis en place trois guides pratiques et un kit de formation au profit des entreprises habilitées à reprendre leurs activités.
"Consciente que la reprise de l'activité économique est intimement liée au respect strict des mesures sanitaires face au Covid-19", la CGEM a mis en place notamment un guide pratique des mesures préventives et sanitaires destiné aux petites et moyennes entreprises (PME) et un guide pratique des mesures préventives et sanitaires  destiné aux grandes entreprises, a précisé dernièrement un communiqué de la confédération patronale.
Il s'agit également d'un guide pratique d'audit interne sanitaire et d'un kit de formation au profit de l'ensemble du personnel. "Notre objectif, à travers la mise en place de ces outils, est de permettre aux entreprises, notamment les TPE et PME, d'appliquer les mesures préventives et sanitaires sur les lieux de travail", a indiqué le président de la commission "Innovation et développement industriel" qui a piloté l'élaboration de ces guides, Mohamed Bachiri.
"Leur utilisation est un prérequis important pour garantir une conformité exemplaire et limiter le plus possible les risques de propagation de la pandémie", a-t-il ajouté. 
Ces quatre outils visent à accompagner les entreprises en termes de mesures préventives et sanitaires pour assurer une sécurité maximale à leurs collaborateurs et à leurs clients.
Il est à noter que les documents incluent, entre autres, une synthèse des meilleures pratiques adoptées aussi bien au niveau national qu'international, et font référence aux mesures déployées par les autorités sanitaires marocaines.
Ces guides peuvent être consultés sur: https://coronavirus.cgem.ma/guides-pratiques/. 

Hassan Bentaleb
Jeudi 28 Mai 2020

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