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Lutte contre le réchauffement climatique. L’intention y est

Encore faut-il en avoir les moyens





Le Maroc défend un nouvel objectif de financement post-2025 afin de soutenir les efforts communs en matière d'action climatique. Mieux, il estime qu’il est urgent d’opérer un changement absolu dans les décisions de financement. Intervenant lors d’une réunion ministérielle sous le thème "Climat et développement", organisée dernièrement en mode virtuel à l’initiative du Royaume-Uni, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a plaidé pour des financements justes et équitables pour tous les pays en développement assurant en même temps l’équilibre entre le financement de l'atténuation et celui de l'adaptation.

Les besoins sont énormes

«Cette position du Maroc pour un meilleur accès aux finances climat à l’international ne date pas d’aujourd’hui. En effet, notre pays a toujours défendu un accès facile et équitable aux ressources financières vu que l’avancement du «modèle marocain» en matière de lutte contre le réchauffement climatique demeure fortement lié à l’aide internationale», nous a indiqué une source proche de ce dossier en sollicitant l’anonymat. Et d’ajouter : «Aujourd’hui, le Royaume a besoin de 50 milliards de dollars pour parvenir à une réduction de 42% de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. 35 milliards de dollars de cette enveloppe restent conditionnés par l’accès à des sources de financement internationales. Le Maroc est conscient qu’il ne peut pas tout faire seul face aux effets du changement climatique. Il est obligé d’être soutenu dans ses efforts, sinon, il risque le pire. Prenez, à titre d’exemple, le secteur de l’eau, la construction d’une station de dessalement de l’eau coûte très cher et le Royaume ne dispose pas des moyens nécessaires alors qu’il est dans l’obligation de réutiliser les eaux usées. Prenez également l’exemple d’une région comme Souss-Massa qui, seule parmi les 12 régions du Maroc, a besoin de 1,2 milliard de DH pour le volet adaption et 11 milliards de DH pour celui atténuation pendant trois ans et ces milliards ne sont pas disponibles pour l’instant». D’après notre source, les responsables marocains, à l’instar de ceux africains, ont souvent jugé que les pays du Sud font l’objet d’une discrimination en termes de financement puisque sur les 1,6 milliard de dollars déboursés par Green Fund, le continent n’a obtenu que 36% alors que les 48 pays d’Afrique dépensent 2% de leur PIB pour les programmes d’adaptation.

Une aide extérieure faible et conditionnée

Selon notre source, jusqu’à 2010, l’aide extérieure a représenté une source faible de financement pour le Maroc en matière de lutte contre le changement climatique (environ 1% du PIB ou 3.6% des dépenses du gouvernement du Maroc en 2009). « Ce financement a pris en règle générale la forme d’aide traditionnelle, à don et concessionnelle, bilatérale et multilatérale avec domination de cette dernière forme», nous a-t-elle indiqué. Et de noter que «chaque pays donateur ou prêteur définit, à sa guise, les contours à donner à la notion «d’aide bilatérale» (soutien ou non aux énergies fossiles, au nucléaire, au charbon ou au diesel dits "propres") et que les nombreux financements sous forme de prêts à taux réduits sont à rembourser par les pays et les entreprises bénéficiaires». Mais, la situation a beaucoup évolué depuis 2016. «Au cour de cette année, le Maroc a été classé par Overseas Development Institute, un think-tank britannique spécialisé dans le financement climatique et ses retombées, comme le premier bénéficiaire des fonds pour le climat dans le monde entre 2003 et 2013. Un rapport de cet institut a révélé que 606,96 millions de dollars ont été cumulés par le Maroc faisant de lui le premier pays bénéficiaire devant le Mexique, le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde, l'Indonésie, la Turquie, l'Ukraine, les Philippines, la Thaïlande et le Chili », nous a-t-elle expliqué. A noter qu’entre 2003 et 2016, la région MENA a profité de 1,2 milliard de dollars de la part du Fonds pour les technologies propres (FTP) sous forme de prêts, concessionnels ou non, répartis sur 94 projets visant essentiellement des initiatives d’atténuation (malgré d’urgents besoins régionaux en matière d’adaptation notamment pour la gestion de l’eau et la sécurité alimentaire). «Ce financement dédié au Maroc a été accordé en grande partie sous forme de prêts. Les subventions ont représenté uniquement 4%. Quant à la destination de ces financements, 587,64 millions de dollars ont été dédiés au volet atténuation, soit 96,8% du montant global», a conclu notre source.

Bilan mitigé

Cependant, certaines voix estiment que le bilan de l’«aide» reçue par le Maroc exige certaines précisions. Selon elles, cette aide a été faible durant la période 2000- 2014 et a été accordée à hauteur de 94% sous forme de rééchelonnement de dettes et à hauteur de 6% seulement sous forme de dons. «Plus, elles estiment que les fonds alloués ne servent pas à grandchose sinon à acquérir des technologies étrangères (transport, gestion des déchets, infrastructures, énergie, etc.)», nous a indiqué notre source. Et d’ajouter que le Maroc comme le cas d’autres pays en développement souffre du manque de capacités et de compétences institutionnelles capables de présenter des projets banquables.

En fait, l’accès direct au Fonds d’adaptation ou au Fonds climatique vert exige que les entités nationales ou sous régionales procèdent à une évaluation de l’accréditation qui affirme «de solides capacités fiduciaires, le respect des garanties environnementales et sociales, ainsi que des capacités associées aux rôles et aux fonctions d’une entité d’exécution». Ces entités nationales ou sous régionales sont appelées à présenter des propositions programmatiques suffisamment cohérentes, rentables, avec moins de risques et, par conséquent, finançables que ce soit au niveau local ou sectoriel. Cette élaboration des projets et programmes exige également d’autres investissements au niveau politique et technique (l’existence de ministères, avoir l’expertise financière et les compétences), au niveau réglementaire (lois, règlements,…) et au niveau financier (mettre en place un système solide). «Souvent, les projets sont refusés au seul motif qu’ils ne sont pas banquables. Un argument qu’il faut prendre avec des pincettes car si certains porteurs de projet manquent d’expertise et de savoir-faire au niveau d’élaboration et de définition de leurs business modèle, cet argument est souvent exploité par les pays développés pour se défausser de leur responsabilité en matière de financement climat en tentant de convaincre les PED que les fonds sont disponibles, mais c’est à ces pays de les chercher via des projets valables.

Donc, c’est la faute des PED s’il y a peu de projets acceptés et non des PD alors que la réalité est autre. En effet, sur les 500 millions de dollars promis par les PD, seul 1/5 a été mis à disposition des PED», a affirmé notre source.

Hassan Bentaleb

Libé
Dimanche 4 Avril 2021

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