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Une population étrangère en croissance et plus diversifiée
Le document insiste sur le fait que la population étrangère au Maroc augmente et se diversifie, constituant désormais un phénomène structurel. Les données montrent que les étrangers viennent d’horizons multiples : Afrique subsaharienne, Europe, Asie et pays arabes. Chaque groupe présente des caractéristiques migratoires propres, ce qui confirme l’idée d’un Maroc devenu, plus ou moins, pays de « résidence », et non plus seulement de transit.
Cela s’explique par trois facteurs géopolitiques, à savoir une stabilisation politique, dans une région marquée par des crises (Libye, Sahel, Tunisie), une croissance économique urbaine, qui crée des opportunités pour les travailleurs, entrepreneurs et étudiants étrangers et enfin, une stratégie diplomatique africaine du Maroc, qui facilite la mobilité Sud–Sud, notamment pour les ressortissants d’Afrique de l’Ouest.
Ainsi, le Royaume s’inscrit progressivement dans une nouvelle carte migratoire arabe où certains pays (Maroc, Tunisie, Jordanie) deviennent des pôles de rétention et de résidence.
Sociologiquement, l’une des grandes originalités du RGPH 2024 est de montrer que les mobilités africaines et arabes dominent désormais numériquement celles européennes.
Cette tendance renverse les schémas migratoires hérités de la période coloniale.
Elle traduit le repositionnement du Maroc dans les circuits économiques africains, la montée d’une classe moyenne subsaharienne mobile et l’effet d’attraction de Rabat, Casablanca et Tanger comme hubs universitaires et économiques.
Géopolitiquement, cette dynamique conforte la stratégie du Maroc visant à devenir un acteur clé de la coopération africaine et un partenaire incontournable de l’UE pour la gestion des flux migratoires.
Une forte hétérogénéité géographique
Concernant la répartition géographique des étrangers sur le territoire national, le HCP indique une forte hétérogénéité et inégalité. Les grandes régions urbaines – Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi – apparaissent comme les principaux pôles de résidence, en raison de l’emploi, de l’accès aux services et de l’intégration dans des réseaux diasporiques préexistants.
La concentration des étrangers dans certaines villes crée des zones de pression (Casablanca : marché du travail informel saturé ; Tanger : hausse des loyers et tensions autour de l’employabilité ; Marrakech / Agadir : segmentation du marché résidentiel entre expatriés et locaux).
Sociologiquement, ces dynamiques produisent de nouvelles hiérarchies raciales et économiques, une urbanisation différenciée et des zones de contact multiculturelles mais aussi de friction.
Une diversité socio-économique majeure
L’un des points clés du document est la mise en évidence de profils socio-professionnels très variés, allant des catégories aisées aux groupes vulnérables.
Parmi les étrangers, on trouve de hauts profils qualifiés (ingénieurs, cadres d’entreprises étrangères, médecins, entrepreneurs) qui contribuent à des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables ou l’enseignement supérieur international. Il y a également des étudiants internationaux, de plus en plus nombreux, notamment en médecine, ingénierie et sciences humaines. Leur présence reflète l’attractivité croissante du Maroc dans l’espace africain francophone.
Des migrants en situation de précarité existent aussi. Le rapport rappelle l’existence d’un groupe vulnérable constitué des travailleuses domestiques, vendeurs de rue, ouvriers informels, migrants en quête de régularisation.
Cette population fait face à des difficultés d’accès au logement, aux soins et à l’emploi formel.
Les réfugiés et demandeurs d’asile sont aussi présents d’une manière significative mais mal documentée statistiquement, en raison de l’absence d’intégration complète des bases de données du HCR dans les dispositifs nationaux.
En détail, il y a les Européens (retraités, télétravailleurs, entrepreneurs) qui se concentrent dans les grandes villes côtières (Agadir, Marrakech, Casablanca, Tanger). Et qui sont à la recherche d’un coût de la vie plus bas, de la sécurité relative, des infrastructures médicales et de la proximité géographique avec l’Europe (mobilité pendulaire).
Sociologiquement, ils forment une néo-diaspora privilégiée qui s’insère dans des enclaves urbaines relativement isolées du tissu local (gentrification, quartiers fermés, résidences touristiques).
Les Subsahariens (jeunes actifs, étudiants, travailleurs des services) constituent, par contre, une population plus jeune, mobile, souvent employée dans des secteurs tels que restauration, BTP, commerce informel, service à la personne et logistique. Ils apprécient au Maroc la sécurité juridique relative, la reconnaissance diplomatique de leur pays d’origine, les opportunités économiques urbaines, les possibilités d’études supérieures.
Leur présence crée des espaces multiculturels nouveaux, mais aussi parfois des tensions sociales liées au marché du travail et aux représentations raciales.
Concernant les Syriens et autres réfugiés moyen-orientaux, il s’agit d’une population en transition mais de plus en plus installée. Ils s’inscrivent dans une économie intermédiaire (commerce, artisanat, restauration), avec des formes d’intégration souvent plus rapides grâce aux proximités linguistiques et culturelles.
Une insertion économique structurée mais inégale
Le document montre que les étrangers participent à des pans essentiels de l’économie (construction, services, commerce, pour les migrants subsahariens ; tourisme, enseignement privé, secteurs modernes pour les Européens et Asiatiques). Mais l’insertion est très différente selon les nationalités puisque certains groupes accèdent à des postes qualifiés et d’autres restent confinés dans l’informel, sans protection sociale ni stabilité. Le RGPH révèle ici une segmentation migratoire, qui structure la hiérarchie économique entre nationalités.
Cela confirme que le Maroc attire une nouvelle migration des compétences, soutenue par les investissements étrangers (automobile, aéronautique, numérique, énergies renouvelables).
Mais cela met aussi en lumière une tension entre l’attractivité pour les compétences étrangères et l'expatriation massive des compétences marocaines, surtout dans la santé, l’ingénierie et le numérique.
Cette dualité pose la question d’une nouvelle division internationale du travail, où le Maroc devient simultanément importateur de compétences et exportateur de main-d’œuvre qualifiée.
Hassan Bentaleb










