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L’efficacité des vaccins chinois remise en question

Les vaccins existant actuellement n’ont pas un taux de protection très élevé, selon Gao Fu, directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies





L’efficacité des vaccins chinois remise en question
Et si les retards de livraisons de vaccins accusés par la Chine n’étaient pas liés à des capacités de production limitées mais plutôt à un manque d’efficacité ? Le Maroc a commandé 45 millions de doses auprès de CNBG Sinopharm depuis le lancement de la campagne de vaccination nationale, le 28 janvier. Plus de trois mois après, seulement 2,5 millions de doses ont été livrées. Un retard conséquent et injustifié, à l’image de l’absence de publication scientifique et de l’approbation des vaccins par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Du moins, c’est ce que l’on pensait.

Samedi dernier, Gao Fu, le directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, a déclaré lors d’une conférence de presse que « les vaccins existant actuellement n’ont pas un taux de protection très élevé». Déclaration qui a provoqué un véritable tollé, à tel point que le lundi suivant, il était impossible de retrouver l’enregistrement desdits propos sur les réseaux sociaux chinois. Mais le mal était fait, quand bien même Gao Fu a tenté de ratrapper le coup en expliquant au Global Times qu'il ne faisait pas référence aux vaccins chinois en particulier mais plutôt aux vaccins de manière générale. «Les taux de protection de tous les vaccins dans le monde sont parfois élevés et parfois faibles. L’augmentation de leur efficacité est une question qui doit être étudiée par les scientifiques du monde entier», a-t-il rectifié.

Augmentation du nombre d’injections

Cela dit, dans un article, le South China Morning Post a révélé que le professeur Gao n’était pas à une contradiction près, puisqu’il avait précisé dans les colonnes du quotidien hongkongais que l’Empire du Milieu “était en train d’examiner deux voies pour résoudre le problème de l’efficacité pas très élevée de ses vaccins”. Soit via l’ajustement du dosage en prolongeant le délai entre les deux injections, soit en augmentant le nombre d’injections. Enfin, il existe une dernière solution qui consiste à mélanger des vaccins qui utilisent différentes technologies et notamment la technologie à ARN, comme c’est le cas des vaccins Pfizer et Moderna.

Pour le coup, passer de deux doses à trois pour atteindre une immunité complète ne sera pas sans conséquence. Un tel revirement de situation risque d'accroître à la fois la pénurie existante et le coup de la vaccination. Dès lors, les 45 millions de doses commandées par le Maroc à CNBG Sinopharm ne serviront plus qu’à immuniser complètement 15 millions de personnes au lieu de 22,5 millions. Un écart loin de faire l’affaire du Royaume dans sa quête d’un équilibre économique, sanitaire et social. En outre, l’aveu du professeur Gao pose un autre problème: la fiabilité des vaccins à ARN, une technologie écartée par les autorités sanitaires marocaines.

En effet, si le docteur Gao ne cesse de faire actuellement l’apologie des vaccins à ARN messager, en arguant que cette technologie offre des possibilités «illimitées», la Chine ne la regarde pas pour autant d’un bon oeil. En janvier dernier, le quotidien nationaliste chinois, The Global Times, avait établi un lien entre Pfizer, le vaccin développé par le laboratoire américain et le décès de 23 personnes âgées en Norvège, extrait : “Les médias américains mainstream n’ont pas rendu compte de l’incident immédiatement, comme s’ils étaient déjà parvenus à un consensus. Les grands médias américains et britanniques avaient manifestement minoré leurs morts», pouvait-on lire dans l’éditorial en question. Un mois auparavant, en décembre 2020, c’est encore Gao Fu, qui y allait de son commentaire pour justifier les suspicions de Pékin à l’égard de l’efficacité du vaccin de Pfizer. «Il y a des risques au sujet de la sécurité quand les vaccins ARN messager sont administrés à des patients en bonne santé pour la première fois. En tant que professionnels, nous devons avoir une attitude scientifique et analyser les résultats», a dit le directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies.

Les vaccins à ARN érigés en sauveurs 

Un constat de prime abord implacable. Enfin jusqu’au week-end dernier, lorsque le professeur Gao a encensé les vaccins à ARN, certainement car il pourrait combler le manque d’efficacité des vaccins chinois. “Nous ne pouvons pas ignorer les vaccins à ARN messager simplement parce qu’il existe déjà plusieurs nouveaux vaccins contre le coronavirus dans notre pays. Une réflexion innovante est nécessaire pour créer des vaccins à ARN messager de manière créative», a-t-il précisé. D’ailleurs, il n’a pas fallu longtemps pour que l’agence “Chine Nouvelle” révèle qu’une équipe de recherche de l’université de Hongkong a prévu de recruter des volontaires pour recevoir des vaccins mixtes. «Ils devraient se voir injecter le vaccin à ARN messager de Pfizer en première dose et le vaccin inactivé de Sinovac Biotech lors de la seconde. Cette méthode pourrait probablement conduire à une meilleure efficacité de protection que de recevoir un seul type de vaccin» assure l’agence.

A la lumière de ces éléments, il paraît évident que les autorités chinoises concèdent à demi-mot que le sérum de Pfizer est nettement plus efficace que les vaccins développés en Chine. Et par ricochet, que la Chine est nettement en retard sur la technique vaccinale la plus innovante. Mais à lire les médias chinois dénoncer «la mauvaise interprétation des médias occidentaux du discours du professeur Gao” prouve que Pékin n’est pas prête à s’avouer vaincue et surtout qu’elle n’a toujours pas trouvé une solution pour augmenter l’efficacité de ses vaccins. Pendant ce tempslà, le Maroc à l’instar de plusieurs pays, attendent avec impatience la réception des doses promises.

Chady Chaabi

Libé
Vendredi 16 Avril 2021

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