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AstraZeneca ardemment recherché par les uns, trop craint par les autres

Le Maroc, qui se fournit en Inde, n’est pas concerné


J usqu’à jeudi dernier, fièvre, courbatures et maux de tête représentaient les principaux effets secondaires du vaccin d’AstraZeneca, développé par le laboratoire anglo-suédois. Mais depuis, la liste se serait allongée, avec plusieurs rapports qui font état de cas graves de formation chez certaines personnes vaccinées de caillots sanguins, notamment au Danemark. Le pays scandinave n’a d’ailleurs pas tardé à suspendre, pour au moins deux semaines, l'utilisation du vaccin AstraZeneca contre la Covid-19, à l’instar de ses voisins islandais et norvégien ainsi que l’Autriche, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie et le Luxembourg.

Cette décision a logiquement alimenté les doutes et les craintes au sein de la population marocaine, dont le vaccin d’AstraZeneca est une pierre angulaire de la campagne de vaccination nationale. Mais cette crainte est-elle vraiment justifiée ? Rien n’est moins sûr. D’abord parce que la formation de caillots sanguins (thrombose) constatée n’aurait touché que 22 personnes pour plus de trois millions de personnes vaccinées dans l'espace économique européen, selon l'agence européenne du médicament. Ensuite, car les récentes thromboses sont apparues suite à l’administration d’un lot de vaccin d’AstraZeneca livré dans 17 pays et qui comprenait un million de vaccins.

En partant du principe que les lots de vaccin d’AstraZeneca destinés au Vieux Continent y sont produits également, le Maroc n’est à l’évidence pas concerné. Les doses qui lui sont livrées sont produites en Inde, par le Serum Institute Of India. D’autant que la dernière livraison ne date pas d’hier. En clair, les vaccins administrés au Maroc n’ont a priori aucun lien avec ledit lot d’un million de doses à l’origine des thromboses et donc de la suspension. En plus, le gouvernement britannique n’a pas tardé à voler au secours du vaccin anglo-suédois. “Le vaccin est sûr et efficace et continuera à être utilisé au Royaume-Uni”, a déclaré un porteparole du Premier ministre Boris Johnson à la presse. Et d'ajouter : "Lorsque les gens sont invités à se présenter pour le recevoir, ils doivent le faire en toute confiance".

Même son de cloche du côté de l’Agence européenne du médicament. D’abord, en réfutant tout lien entre cet épisode et la mort d’une infirmière autrichienne lundi dernier, après avoir été vaccinée, puis en expliquant que "les informations disponibles à ce jour indiquent que le nombre de thromboembolies chez les personnes vaccinées n'est pas supérieur à celui observé sur l'ensemble de la population". Ensuite, elle rappela la position de son comité de sécurité : “Les avantages du vaccin continuent de l'emporter sur ses risques. Dès lors, le vaccin peut continuer à être administré pendant que l'enquête sur les cas de thromboembolies est en cours". Enfin, l’Agence nationale de santé danoise a assuré qu’il existait “ une documentation importante prouvant que le vaccin est à la fois sûr et efficace. Mais avec l'Agence danoise des médicaments, nous devons réagir aux informations faisant état d'éventuels effets secondaires graves, à la fois au Danemark et dans d'autres pays européens", selon son directeur, Søren Brostrøm.

Cela dit, il ne faudrait pas négliger le décès d’une autre personne qui avait reçu le vaccin enregistré par le Danemark. Et encore moins la mort de l’infirmière en Autriche, suite à de graves troubles de coagulation. En attendant les résultats des enquêtes menées à la fois par l’Agence européenne du médicament et par les autorités sanitaires danoises et autrichiennes, la campagne nationale de vaccination se poursuit en dépit des difficultés d’approvisionnement rencontrées. Jeudi soir, le ministère de la Santé a annoncé que 50.000 personnes ont eu la première dose du vaccin pour un total de 4,13 millions de citoyennes et citoyens vaccinés. S’agissant des personnes totalement immunisées, elles sont au nombre de 972.000 arès injection de la seconde dose.

Afin de poursuivre sur cette lignée et continuer à immuniser contre le coronavirus les personnes les plus vulnérables au sein de la population marocaine, les autorités sanitaires seraient sur le point de passer commande auprès de Sputnik V et Johnson & Johnson, ce dernier étant validé par l’Agence européenne du médicament, mais également par le comité scientifique marocain. Mais entre vouloir et pouvoir, il y a un pas. Ou plutôt un gouffre. Pour prendre l’exemple du vaccin Johnson & Johnson, la concurrence est rude. Sur le milliard de doses espérées en termes de production par le laboratoire américain, 30 millions ont d’ores et déjà été commandées par le RoyaumeUni, 200 millions par l’Union européenne, 38 millions de doses seront destinées au Canada et 500 millions au programme COVAX de l’Organisation mondiale de la santé, destiné aux pays qui n’ont pas les moyens de se payer le vaccin. Bref, la course au précieux antidote s’annonce plus que serrée.

Chady Chaabi

L'immunité des anticorps en question

L’information est passée quasi inaperçue, pourtant, elle est aussi importante que préoccupante en cette période où la vaccination bat son plein. Selon une étude dont les résultats ont été pré-publiés sur le site bioRxiv et relayés par Futura Sciences, la souche originale du virus SARS-CoV-2 ne tarde pas à muter pour échapper aux anticorps et aux lymphocytes T, censés immuniser la personne contre une infection au nouveau coronavirus. L’étude que l’on doit à Rino Rappuoli (le chef de la R&D externe de GSK Vaccines) et son équipe de chercheurs met donc en évidence la capacité incroyable du virus à muter pour échapper aux anticorps.

Concrètement, les chercheurs ont injecté la souche initiale du coronavirus SARS-CoV-2 dans le plasma d’un patient convalescent pour voir comment le virus réagissait. Résultat : les 38 premiers jours, le plasma a neutralisé le virus. En revanche, à partir du 45ème jour, le rapport de force s’inverse à cause d’une première mutation échappant aux anticorps qui est apparue sur la protéine de pointe sur 36% des virions. ‘’Après un passage supplémentaire, cette mutation concernait 100% des virions et avait déjà divisé l'efficacité du plasma par quatre’’, expliquent les chercheurs.

Après 80 jours est apparue la mutation E484K, que l’on retrouve chez les variants sud-africain, brésilien et anglais, divisant par quatre la capacité de résistance du sérum. Un troisième changement survenu après un dernier passage entre le 80e et le 90e jour avant une dernière mutation qui rend les anticorps encore moins efficaces. L’inquiétude réside aussi dans le fait que ces mutations mettent généralement des années à se produire, or, dans ce cas, elles sont intervenues en moins de trois mois.

Libé
Vendredi 12 Mars 2021

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