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Organisation de la CAN féminine 2026 au Maroc : vacarme médiatique, silence officiel

Le prix d’une communication défaillante

Mardi 3 Février 2026

Il n’y avait ni communiqué officiel de la FRMF, ni décision formelle de la CAF. Et pourtant, en l’espace de quelques heures, l’idée d’un renoncement du Maroc à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2026 s’est propagée à une vitesse fulgurante, soulevant une vague d’interrogations à travers le continent.

Tout est parti d’une déclaration publique, tenue dimanche à Pretoria. Sur un ton affirmatif, la vice-ministre sud-africaine des Sports, des Arts et de la Culture y a affirmé, sans conditionnel ni précaution de langage, que son pays accueillerait la prochaine CAN féminine, prévue dans 43 jours. Elle est même allée jusqu’à détailler le calendrier de la compétition et l’état d’avancement des préparatifs. Plus troublant encore, elle a justifié cette annonce par un prétendu désistement du Maroc, présenté comme une décision déjà actée et irréversible.

Relayée par la radio publique sud-africaine SABC et reprise par des plateformes africaines et internationales, la déclaration de Peace Mabe s’est rapidement imposée comme une quasi-vérité. Le Maroc s’est retrouvé désigné comme un pays ayant renoncé, à la dernière minute, à l’organisation d’une compétition majeure. Une hypothèse qui, à bien y regarder, défie toute logique.

Comment imaginer qu’un pays engagé depuis des années dans une stratégie méthodique de développement du football féminin puisse se désister à la dernière minute, sans annonce préalable, sans justification officielle, sans même un communiqué de courtoisie institutionnelle? 

Le Maroc n’est pas un hôte occasionnel. Ces dernières années, le Royaume a façonné méthodiquement une image d’acteur majeur du football africain. Infrastructures modernes, expertise organisationnelle reconnue, stabilité institutionnelle avérée et volonté politique affirmée ont fait du pays un partenaire central de la Confédération africaine de football. Sur le plan du football féminin, l’engagement est encore plus visible. Résultats sportifs, professionnalisation progressive, compétitions accueillies avec succès. Rien, absolument rien, ne laissait présager un retrait aussi brutal qu’inexpliqué.

Et pourtant, au moment où ces lignes sont rédigées, ni la CAF ni la FRMF n’ont jugé utile de s’exprimer publiquement. Dans un contexte aussi inflammable, l’absence de réaction officielle a laissé le champ libre aux spéculations, aux analyses hâtives et parfois aux procès d’intention. Certains y ont vu la confirmation tacite d’un problème organisationnel. D’autres ont évoqué des tensions internes, tandis que les plus alarmistes allaient jusqu’à suggérer une crise larvée entre Rabat et l’instance continentale. La rumeur, une fois lancée, s’est nourrie d’elle-même.

Puis est venu le temps de la clarification. Un peu plus tard dans la journée, le ministère sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture a publié un communiqué officiel signé par le ministre Gayton McKenzie. Un texte ferme, détaillé et sans équivoque, qui tranche nettement avec l’assurance affichée quelques heures plus tôt par Peace Mabe. Le message est clair : le Maroc demeure, à ce jour, le pays hôte officiel de la CAN féminine. Aucune décision de transfert n’a été prise, aucune procédure alternative n’a été enclenchée.

Le communiqué explique que les propos de la vice-ministre ont été mal interprétés, voire sortis de leur contexte. L’Afrique du Sud n’aurait fait qu’exprimer sa disponibilité à soutenir la CAF dans l’éventualité où une solution alternative serait nécessaire. Une démarche qualifiée de planification préventive, pratique courante dans l’organisation des grandes compétitions continentales, et qui ne saurait en aucun cas être interprétée comme une confirmation d’accueil. En d’autres termes, Pretoria se serait contentée de dire qu’elle pouvait être une solution d’urgence, sans jamais revendiquer le statut de pays hôte officiel.

Sur le fond, cette mise au point officielle remet les faits à leur juste place. Sur la forme, elle laisse néanmoins un goût amer et ne suffit pas à dissiper totalement le malaise. Car des questions essentielles demeurent. Comment une responsable gouvernementale de premier plan a-t-elle pu s’exprimer avec autant de certitude sur un dossier d’une telle importance ?
Comment expliquer une telle dissonance au sommet d’un ministère, sur un sujet aussi sensible et aussi exposé médiatiquement ? Etait-ce une maladresse de communication, une anticipation excessive ou le reflet de discussions internes encore largement confidentielles ? Ces questions méritent d’être soulevées tant les mots, dans ce type de contexte, ont un poids politique et symbolique considérable.  

A l’heure actuelle, une seule vérité institutionnelle tient debout. Aucun document officiel, aucune décision formelle n’indiquent que le Maroc a renoncé à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations féminine. Tout le reste relève d’une séquence de communication malheureuse, née d’une déclaration imprudente et amplifiée par la vitesse de circulation de l’information. Tant qu’aucun démenti officiel ne viendra contredire cet état de fait, le Maroc reste, pleinement et légitimement, le pays hôte de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations féminine.

Il revient désormais à la CAF d’apporter une mise au point officielle. Une clarification claire, publique et sans ambiguïté est indispensable. Non seulement pour rassurer les fédérations participantes et les sélections engagées, mais aussi pour préserver la crédibilité d’une institution appelée, plus que jamais, à se montrer à la hauteur de ses responsabilités.

Mehdi Ouassat

Mehdi Ouassat

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