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Le taux de participation de la main d’ œuvre féminine marocaine peine à se redresser



Une tendance partiellement attribuable à la conjoncture économique



Le Maroc, à l’instar d’autres pays de la région MENA (Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord), enregistre un taux de participation des femmes au marché du travail parmi les plus faibles au monde, relève une étude sur les coûts économiques des inégalités de genre dans le marché du travail au Maroc. D’après cette étude, publiée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) et ONU-Femmes, «plusieurs obstacles jugés principaux et d’autres complémentaires peuvent être à l’origine de la faible participation des femmes au marché du travail». En effet, l’étude pointe du doigt, en l’occurrence, les normes liées au genre, le cadre juridique, la structure de l’économie et du marché du travail, le capital humain. Elle soutient que ces facteurs influencent à la fois l’offre et la demande de travail. Se référant aux données du Haut-commissariat au plan (HCP), l’étude indique que le taux d’activité au Maroc s’est établi en 2019 à 21,5% pour les femmes contre 71% pour les hommes ; tandis que le taux d’emploi s’est élevé à 18,6% contre 65,5% pour les hommes. Pour la DEPF, qui relève du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, l’analyse des statistiques montre que «le Maroc accuse non seulement un retard par rapport aux niveaux mondiaux de participation des femmes à la population active, mais il enregistre également une tendance inverse, avec une réduction de 24% des taux d’activité depuis 2000». Si l’on en croit les auteurs de ladite étude, cette tendance n’est que partiellement attribuable à la conjoncture économique ou à d’autres facteurs structurels, au regard du fait que sur la même période, les taux d’emploi et d’activité des hommes n’ont reculé que respectivement de 4% et de 10%. Il est important de préciser que, pour cerner les facteurs déterminant l’accès des femmes à l’activité au Maroc, l’étude s’est appuyée sur les données émanant du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2014). D’après les auteurs, ils se sont focalisés sur la population urbaine en âge de travailler (à savoir les personnes âgées de 15 à 60 ans), tout en excluant les étudiants et ce, afin de se concentrer sur le choix de l’emploi au lieu des choix liés à la scolarisation. C’est ainsi qu’une analyse multivariée a été appliquée permettant d’estimer économétriquement l’emploi féminin moyennant la méthode d’estimation «probit», précise-t-on. Il est ainsi ressorti que «les contraintes familiales, en l’occurrence le nombre d’enfants à charge, constituent un obstacle important orientant la décision des femmes d’intégrer le marché du travail», souligne l’étude affirmant que ces mêmes contraintes sont largement à l’origine du recours des femmes au marché du travail en quête de sources de revenus additionnelles. A ce facteur s’ajoute une réalité bien connue de tous : la proportion de femmes dans le ménage affecte sensiblement leur accès au travail du fait qu’un poids élevé des femmes dans un ménage leur procure plus de chance d’accéder à l’autonomie économique, fait savoir l’étude. «Pour ce qui est de l’effet de l’éducation sur l’accès des femmes à l’activité, les analyses effectuées font état d’effets contrastés en fonction des secteurs d’activité», poursuit la même source. Si les niveaux d’éducation du primaire au secondaire collégial exercent un effet positif sur la probabilité de l’emploi des femmes dans l’industrie, les statistiques tendent à montrer que «l’accès au niveau d’étude supérieur impacte négativement la probabilité de l’emploi des femmes dans ce secteur», note l’étude précisant que le statut dominant des employées dans l’industrie étant celui d’ouvrier sans généralement une qualification. L’étude, produite avec le soutien financier de l’Union européenne et de l’Agence française de développement (AFD), affirme en revanche que l’accès aux études qualifiantes et supérieures impacte positivement la probabilité de l’emploi des femmes dans le secteur des services. A noter que «l’effet de l’accès à l’éducation (valable pour les quatre niveaux étudiés) est très important pour que les femmes aient une chance d’accéder à un emploi dans le secteur public», selon les auteurs qui notent, à cet égard, que les femmes diplômées sont très concentrées dans le fonctionnariat. En effet, plus de la moitié des femmes diplômées du supérieur (55%) en activité sont embauchées dans le secteur public contre moins d’un tiers (28%) dans les services. Selon toujours cette étude, près de 54% des femmes fonctionnaires disposent de diplôme d’études supérieures et 30% d’entre elles d’un diplôme du niveau secondaire. 

Alain Bouithy
Mercredi 3 Mars 2021

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