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Casablanca à feu et à sang




Le 28 mai 1981 le gouvernement a décidé des hausses exorbitantes des prix des matières des matières de première nécessité. L'annonce a provoqué un véritable tollé, non seulement à gauche, mais également au sein de la majorité.
Les critiques très sévères de l'opposition, les réserves de certains partis de la coalition gouvernementale, les demandes de retrait de ces mesures par les représentants des groupes parlementaires, ont poussé vers le sens de la réduction de la hausse des prix. Le gouvernement a été contraint de la réduire de moitié. Mais cette “baisse de la hausse” n'est pas jugée suffisante. La colère gronde toujours. Elle éclatera les 20 et 21 juin 1981, lors de la grève générale décidée par la CDT (Conférence démocratique du travail). Casablanca la rebelle, espace récapitulatif de tous les maux sociaux du pays, se révolte. A« Casablanca, écrit Jean-Claude Santucci, apparaît, à travers ou à cause de son hyperurbanisation, comme un microcosme de toute la société marocaine, où les contradictions sociales les plus frappantes ont affleuré sous le poids des incohérences, des échecs ou des défaillances accumulés par l'Etat dans la conduite politique du développement ».
 La réplique sécuritaire est terrible. Des arrestations par milliers, des morts par centaines et des fosses communes creusées à la hâte dans des casernes et des stades de football, particulièrement à Sidi Bernoussi. Driss Basri, maître d'œuvre des opérations, avait parlé de “Chahid Koumira” (martyr pour une baguette de pain). Une phrase outrecuidante qui résonne toujours. Les dirigeants de la CDT sont arrêtés, le jour même du déclenchement des émeutes : Noubir Amaoui, Mustapha Kerchaoui, Mohamed Lamrani, Abdelkbir Bezzaoui, Abderrahman Chenaf, Mohamed Lahssaïni, Tayeb Mounchid, Mohamed Achâari, Abdelhadi Khayrat ; ainsi que Mohamed Karam, en tant que secrétaire régional de l'USFP à Casablanca.
Les mesures habituelles de l'appareil répressif sont prises : procès expéditifs, passage à tabac, fermetures des locaux, journaux interdits, harcèlement, intimidation.
A cette fronde sociale est venue s'ajouter une controverse politique autour de la question du Sahara. Fin août, Hassan II part à Naïrobi, pour la conférence de l'OUA, où il annonce l'acceptation par le Maroc du principe du référendum. L'USFP n'est pas d'accord et le fait savoir par communiqué. Quatre membres de sa direction, Abderrahim Bouabid, Mohamed Elyazghi, Mohamed Lahbabi et Mohamed Mansour, sont arrêtés, début septembre, condamnés à 1 an ferme et transférés à la prison de Missour, dans le grand Sud marocain. Ils seront relaxés le 28 février 1981. (Maroc Hebdo)
Un quart de siècle plus tard, l'affaire refait surface. Une commission d'enquête avait en effet entamé ses travaux récemment pour l'identification des victimes, enterrées près de la caserne des sapeurs-pompiers de la métropole. L'affaire des cadavres de juin 1981 continue à faire des remous. Une chose est sûre, le dossier ne sera pas enterré de sitôt.
- « Les figures du politique en Afrique, des pouvoirs hérités aux pouvoirs élus », Momar-Coumba Diop, Mamadou Diouf (sous la direction de)
- Jean-Claude SANTUCCI, extrait de l'annuaire de l'Afrique du Nord
- « il faut juger les responsables», Maroc hebdo

Chronologie

28 mai :      le gouvernement décide une hausse de 14 à 77% des prix des principales denrées  alimentaires.                    
02   juin : la CDT appelle les travailleurs à la mobilisation générale.
07   juin : le Conseil national de la CDT réclame l’annulation des augmentations dans un délai de sept jours et l’ouverture d’un dialogue sur le dossier syndical.
08   juin : le Bureau exécutif de la CDT tient une conférence de presse au cours de laquelle il a adressé un message au Premier ministre lui demandant de revenir sur ses décisions.
15 juin :   la CDT décide d’observer une grève générale de 24h sur l’ensemble du territoire national.
20 juin :  une grève générale, largement suivie dans tout le pays, dégénère en émeute à Casablanca.


Libé
Samedi 19 Juin 2010

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