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Braver la guerre et reprendre les études universitaires


Mehdi Ouassat
Mercredi 21 Septembre 2022

La pire des solutions, l’ unique plutôt, pour les étudiants marocains d’Ukraine

Il y a sept mois, les étudiants marocains en Ukraine voyaient leurs projets voler en éclats à cause du début du conflit avec la Russie. Rapatriés in extremis, ils font toujours face à l’incertitude. Pourront-ils reprendre leurs études ? Seront-ils transférés dans un pays étranger ou intégrés aux universités locales ? Jusqu’à aujourd'hui, l’avenir de beaucoup d’entre eux continue de se dessiner en pointillés. Eparpillés dans leur pays ou aux quatre coins de l'Europe, sans information quant à leur avenir universitaire, ils tentent aujourd'hui de sauver leurs études, quelques mois après avoir sauvé leur vie.
Avec l’absence de mesures convaincantes pour leur intégration au sein des universités et instituts supérieurs marocains, certains ont même fait le choix de retourner en Ukraine, là où tout a commencé. «Nous avons été dans l'obligation de quitter l'Ukraine et il nous est inconcevable de devoir tout reprendre à zéro», confie un membre de la Coordination des étudiants marocains d'Ukraine. «C’est ce qui explique le choix de certains de nos collègues de retourner en Ukraine et surtout à Kiev», souligne-t-il. «D’autant plus que plusieurs étudiants étaient sur le point de terminer leurs études, d'obtenir des diplômes supérieurs et de rentrer dans leur pays pour servir la mère patrie et contribuer à sa promotion au rang des pays avancés», explique notre interlocuteur.
Pour Amir Douissi, étudiant en médecine, à un an de la fin de son cursus, «la dernière ligne droite vers la diplomation a été pour moi éprouvante émotionnellement et mentalement». «Mais quand ton avenir est mis en attente, quand tu es désorienté de cette façon, poursuit-il, retourner en Ukraine est une option à laquelle je pensais souvent». «Je me sentais impuissant dans mon pays. J’ai alors décidé de regagner Kiev, quelque temps après que les universités ukrainiennes ont annoncé la reprise des études en présentiel et de tenter de terminer ma dernière année universitaire ici», explique ce jeune homme de 23 ans, tout en rappelant que «la situation est plus ou moins calme à Kiev».
En effet, après avoir en vain tenté d’approcher de la capitale pendant quelques semaines, les forces russes se sont tournées vers la région du Donbass, dans l’est du pays. Alors des centaines de milliers d’habitants ont regagné la ville dont la vie a graduellement repris avec l’ouverture des restaurants et des commerces.
Amir Douissi affirme qu’il n’est pas le seul Marocain à être revenu en Ukraine. Plusieurs de ses collègues ont pris le même chemin que lui. «Ils ont tous eu un «visa transit», délivré par l’ambassade d’Ukraine au Maroc en coordination avec les universités ukrainiennes, et ont transité par la Roumanie ou la Moldavie», nous explique-t-il.
«Mes parents ont tout fait pour me dissuader de rejoindre Kiev en insistant sur la dangerosité du voyage. Ils ont peut-être raison mais au final, je n’ai pas eu trop le choix», lance celui qui a éprouvé une fatigue psychologique intense que seuls ceux qui ont vécu de près les bombardements russes sur l'Ukraine et qui ont fini par décider d’y revenir peuvent comprendre.
«C’est vraiment dur d’expliquer comment je me sentais. Les premières semaines après mon retour au Maroc ont été très difficiles parce que je n’avais aucune visibilité sur l’avenir de mes études. Je ne dormais plus, je regardais tout le temps les infos. Je n’étais plus une personne, quelque chose en moi avait été tué», affirme notre interlocuteur. «Aujourd’hui même dans un pays quasiment détruit par la guerre, je dois avouer que je me sens beaucoup mieux», poursuit-il, avant de préciser que «la mission la plus importante aujourd’hui pour les responsables des universités à Kiev est d’assurer la sécurité des étudiants et des enseignants».
Selon Olena Fidanian, cheffe du département de l’éducation et de la science à la mairie de Kiev, «les environs des bâtiments sont inspectés pour exclure la présence d’engins explosifs et des abris anti-aériens dans les écoles seront approvisionnés en eau, en médicament et en d’autres produits de première nécessité». «Avant la rentrée, toutes les écoles et les universités ont organisé des formations nécessaires pour les enseignants portant sur le comportement en cas d’alerte aérienne», a ajouté Olena Fidanian. Amir précise également que dans les universités, «matériellement, tout est déjà prêt». «Dans les couloirs, le plan d'évacuation est désormais surmonté d'un panneau pointant en direction de l'abri, ou "shelter" selon le terme anglais de rigueur», rappelle-t-il depuis ce pays qui restera en guerre encore de longues années. Environ 10 ans, selon la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du Royaume-Uni, ou même 20 ans pour des représentants du gouvernement américain. 


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