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Les révélations de détournements des aides humanitaires dans les camps de Tindouf confirment la responsabilité de l’Algérie


Libé
Jeudi 4 Mai 2023

Les révélations de détournements des aides humanitaires dans les camps de Tindouf du Programme Alimentaire Mondial (PAM) confirment la responsabilité de l’Algérie, pays hôte des camps, souligne le militant associatif norvégien Eric Cameron, président de l'ONG World Action for Refugees.

M. Cameron s’est dit outré et scandalisé en tant que citoyen norvégien par les informations rapportées par le PAM, dans un document officiel soumis au Conseil d’Administration de cet organisme onusien faisant état de nouvelles révélations de détournement des aides humanitaires dans les camps de Tindouf en Algérie, et qui confirment la responsabilité immuable et imprescriptible de ce pays hôte dans ce nouveau scandale.

Pour lui, il est temps pour la communauté internationale d’agir pour mettre fin à ces détournements institutionnalisés des aides humanitaires financées par l’argent des contribuables européens notamment.

Le Conseil de sécurité de l’ONU ne s’est pas trompé en adressant un appel clair et fort à l’endroit de l’Algérie pour l’exhorter à permettre l’enregistrement et le recensement des populations dans les camps de Tindouf et permettre aux organismes onusiens compétents, dont le PAM, de quantifier les besoins réels de cette population, dont le chiffre ne cesse d’être gonflé par le pays hôte en fonction des conjonctures, souligne le président de World Action for Refugees, en réaction à ces révélations.

Pour M. Cameron, les révélations du PAM confirment de manière claire et indiscutable, preuves à l’appui, la vente de produits alimentaires destinés normalement à la population de ces camps à des pays limitrophes de l’Algérie.

Il s’interroge à juste titre sur mutisme incompréhensible des institutions européennes, notamment le Parlement européen, dont certains membres ayant un agenda politique mène une cabale contre le Maroc pour des prétendues violations des Droits de l’Homme.

Il est temps pour le Parlement européen de sortir de ce mutisme sur ces énièmes révélations initiées en 2015 par l’Office OLAF et de respecter ainsi ses propres décisions en la matière, préconise-t-il.

En outre, les pays européens, dont la fibre humaniste représente une ligne de conduite de leur politique étrangère, se doivent de dénoncer ces pratiques désormais établies au sein des camps de Tindouf, et d’agir pour demander la poursuite des responsables de ces détournements qui indubitablement impliquent des responsables officiels algériens.

Il en va du respect même que doivent ces pays à leurs contribuables, remarque M. Cameron, rappelant que le gouvernement algérien a imposé une taxe de 5% comme TVA aux aides humanitaires octroyées aux camps de Tindouf.

De son côté, le chercheur à l'Institut de politique et d'économie internationales de Belgrade, Mihajlo Vucic, a interpellé l’Algérie sur sa responsabilité dans le détournement systématique, par le "polisario", des aides humanitaires destinées aux populations séquestrées dans les camps de Tindouf, à la lumière des conclusions du Rapport de l'évaluation de l'action du Programme alimentaire mondial (PAM) en Algérie 2019-2022.

"Les États qui ont la capacité d'influencer les politiques du +polisario+, en premier lieu l'Algérie, sont tenus en vertu du Droit international, et pas seulement du point de vue moral, d'empêcher l'exploitation de la situation des populations séquestrées sur son territoire et l'utilisation de fonds humanitaires à des fins pécuniaires illicites", a estimé le chercheur serbe, mettant en avant les points saillants du rapport publié par l’agence onusienne, basée à Rome.

De l’avis de M. Vucic, également professeur associé à la Faculté de diplomatie et de sécurité de l’Université de Belgrade, le rapport du PAM pourrait servir de "preuve supplémentaire" du détournement de l’aide humanitaire destinée à la population des camps de Tindouf, que "le Maroc n'a cessé de dénoncer depuis de nombreuses années auprès de la communauté internationale".

En effet, les conditions de vie dans ces camps, où la population vit dans un certain flou juridique tout en étant privée de la protection de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, sont marquées par une malnutrition chronique, en particulier chez les femmes et les enfants, a-t-il fait remarquer, notant que le détournement des denrées alimentaires vers le marché noir et hors de portée de ceux qui en ont le plus besoin "rend cette situation unique encore plus alarmante".

Pour le chercheur, le rapport du PAM a signalé l’impossibilité pour les agences onusiennes spécialisées d’accéder sans entraves aux camps, qualifiant le contrôle interne de la distribution des aides humanitaires effectué par le "polisario" de "biaisé par nature".

"Le contrôle de la distribution de l'aide humanitaire accordée à ces milices par l'Algérie pourrait être caractérisé, selon les règles du Droit international humanitaire, comme une délégation illégale de l'autorité devant être exercée par l'État à un groupe séparatiste armé n'ayant aucun statut ni aucune responsabilité aux yeux du droit international", a-t-il souligné, mettant en garde contre "les risques supplémentaires pour la sécurité" découlant des liens étroits du "polisario" avec les groupes terroristes opérant au Sahel.

M. Vucic a également rappelé que toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, depuis 2011, appellent l’Algérie à autoriser le recensement des populations des camps de Tindouf, conformément au droit international humanitaire.

La nouvelle résolution 2654 du Conseil de Sécurité a (dans le paragraphe préambulaire n°23) "demandé à nouveau instamment" à l’Algérie que les populations des camps de Tindouf "soient dûment enregistrées et a souligné l'importance que toutes les mesures nécessaires soient prises à cette fin", a poursuivi l'expert, notant que "la même demande a été adressée (dans le paragraphe opératif n°15) aux agences onusiennes d’observer les +meilleures pratiques+ de l’ONU dans l’acheminement des aides humanitaires aux populations des camps".

S'agissant des flux financiers créés au profit des dirigeants du "polisario", le chercheur a rappelé que l’Office anti-fraude de l’Union Européenne (OLAF) avait pointé, dans un rapport rendu public en 2015, un détournement méthodique depuis plus de quatre décennies de l’aide humanitaire destinée aux populations sahraouies séquestrées dans les camps de Tindouf sur le territoire algérien.

Ce rapport basé sur une enquête menée par l’OLAF a mis en exergue la responsabilité de l’Algérie, "complice actif du détournement de ces aides, qui commence habituellement dès l’arrivée des cargaisons au port algérien d’Oran", a-t-il indiqué, notant que ces détournements ont été signalés par d’autres rapports d’inspection du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, ainsi que d’autres organisations intergouvernementales et non-gouvernementales.


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