Libération

En Bulgarie, l'ex-président Roumen Radev remporte la majorité absolue au Parlement


Libé
Lundi 20 Avril 2026

L'ex-président bulgare Roumen Radev, qui a promis de mettre fin à la corruption endémique et l'instabilité politique minant le pays le plus pauvre de l'Union européenne, a remporté la majorité absolue aux législatives, selon des résultats officiels publiés lundi.

La formation de M. Radev, Bulgarie progressiste, a obtenu 44,7% des voix, d'après ces résultats portant sur 96,4% des bulletins dépouillés à l'issue du scrutin de dimanche, ce qui le place en bonne voie pour décrocher quelque 130 sièges sur les 240 que compte le Parlement.

Cette victoire écrasante marque la première majorité parlementaire absolue pour une formation en Bulgarie depuis 1997, et offre au pays des Balkans la possibilité de former un gouvernement stable, après huit élections en cinq ans.
Bulgarie progressiste devance largement les conservateurs (GERB) de l'ancien Premier ministre Boïko Borissov, qui dirigeaient le précédent gouvernement, et les libéraux du PP-DB, qui enregistrent respectivement 13,4% et 12,9% des voix.

"Nous avons surmonté l'apathie", s'est réjoui Roumen Radev, ancien général et pilote de chasse de 62 ans, devant ses soutiens dimanche.
Partisan de la reprise du dialogue avec Moscou, le futur chef de gouvernement a affirmé que son pays "fera des efforts pour poursuivre sa voie européenne, mais croyez-moi, une Bulgarie forte et une Europe forte ont besoin d'esprit critique et de pragmatisme".

Avant le scrutin, il avait déclaré partager le refus de la Hongrie et de la Slovaquie d'envoyer des armes en Ukraine, en guerre contre l'invasion russe, estimant "ne pas voir l'intérêt pour son pays, pauvre, de payer".
Mais celui qui n'a cessé également de faire valoir les avantages tirés de l'UE par son pays de 6,5 millions d'habitants depuis son adhésion en 2007 a exclu de faire jouer son droit de veto pour bloquer les décisions du bloc.

"C'est une victoire de l'espoir sur la défiance, une victoire de la liberté sur la peur", a encore dit M. Radev, qui avait démissionné en janvier de ses fonctions de président pour se lancer dans la campagne des législatives, avec la promesse notamment de mettre fin à l'"oligarchie politique" régnant sur le pays.
Sa formation, créée il y quelques mois seulement, rassemble des personnalités hétéroclites, dont des militaires, d'anciennes figures socialistes ou des sportifs.
Boryana Dimitrova, de l'institut de sondage Alpha Research, a souligné auprès de l'AFP que Roumen Radev s'imposait comme le "vainqueur sans équivoque" de ce scrutin, notant le score "bien plus faible que prévu" du GERB.

Roumen Radev "a grignoté l'électorat du parti pro-Kremlin, Vazrazhdane", grâce à ses positions ouvertes face aux Russes et anti-élites, souligne le politologue Teodor Slavev.
Les sondages montrent aussi que certains électeurs ayant auparavant voté pour des partis pro-occidentaux ont décidé de lui accorder leur confiance.
Il "couvre un spectre très large", analysait la semaine dernière un proche, l'ancien vice-Premier ministre Atanas Pekanov.
Daniel Smilov, politologue au Center for Liberal Strategies, estime qu'il subira des "pressions" pour conduire la Bulgarie sur une voie "eurosceptique", à la fois au sein de son propre parti et de la part de l'opposition d'extrême droite.

"Ses signaux initiaux sont qu'il mènera une politique pro-européenne et ne bloquera pas l'UE. Toute la question est de savoir si ces signaux se traduiront dans les faits", ajoute-t-il.
Boïko Borissov a "félicité" Roumen Radev, tout en rejetant l'idée qu'il apporte de la "nouveauté". "Gagner les élections est une chose, gouverner en est une autre", a-t-il prévenu.

Des manifestations anticorruption avaient provoqué en 2021 la chute de Boïko Borissov, au pouvoir près de dix ans. Depuis, de fragiles coalitions se sont succédé, la dernière ayant dû démissionner en décembre face à de nouvelles manifestations anticorruption soutenues par Roumen Radev.
"C'est simple: les gens veulent que tout change", s'enthousiasme la retraitée Stiliana Andonova, interrogée par l'AFP.

Gergana Mihailova, une analyste financière de 47 ans, craint elle que la Bulgarie pro-européenne "change son orientation politique" au profit de Moscou.
La participation au scrutin atteint plus de 50%, au plus haut depuis 2021, selon l'institut de sondage Market Links. Le scrutin marque aussi l'entrée au Parlement du parti d'extrême droite Vazrazhdane ainsi que du parti MRF de la minorité turque et rom.
Argent, lobbying, inertie: pourquoi il est si dur de sortir des énergies fossiles 

En 2023, à Dubaï, quand la communauté internationale s'est engagée à lancer la transition vers la sortie des énergies fossiles pour freiner le changement climatique, certains ont célébré le début de la fin du pétrole.
Trois ans plus tard, la guerre au Moyen-Orient rappelle crûment à quel point le monde est encore dépendant des hydrocarbures. Une dépendance qui aujourd'hui bouleverse l'économie et remet en question la sécurité énergétique à travers le monde.
Raison de plus pour se passer définitivement du pétrole, source d'énergie la plus émettrice en gaz à effet de serre ?
Malgré les nombreux appels en ce sens, la promesse faite à Dubaï lors de la COP28, conférence de l'ONU sur le climat, ne semble plus à l'ordre du jour.

Certains l'assument avec plus de brutalité que d'autres. Ainsi le président américain Donald Trump l'a dit à travers son slogan de campagne: "drill, baby, drill" ("fore, bébé, fore"). Et l'a confirmé avec ses interventions militaires sur deux pays riches en pétrole, Venezuela puis Iran.
Dans ce contexte, plus de 50 nations participent la semaine prochaine en Colombie à une réunion inédite sur la sortie progressive des énergies fossiles.

"Si du jour au lendemain les compagnies pétrolières mettaient la clé sous la porte, ce serait un désastre économique planétaire sans précédent. Des géants bancaires comme HSBC feraient faillite", dit à l'AFP Claudio Angelo, coordinateur de politique internationale du réseau brésilien d'ONG Observatoire du climat.
Si les marchés financiers sont si sensibles aux fluctuations du prix du baril, c'est parce que les actifs liés au pétrole demeurent incontournables. L'économie de pays comme l'Arabie saoudite, le Koweït ou l'Irak dépend presque totalement des hydrocarbures.

D'autres économies comme la Colombie reposent tant sur ces revenus que le président Gustavo Petro réclame un allègement de la dette souveraine du pays pour pouvoir tenir sa promesse de ne plus signer de nouveaux contrats d'exploration pétrolière.
Des puissances exportatrices de brut, comme les Etats-Unis, le Canada et l'Australie, ont en revanche les moyens de mener à bien leur transition énergétique, estime Bill Hare, directeur de l'institut Climate Analytics.
"C'est une question de volonté politique", affirme-t-il à l'AFP.

Mais tensions géopolitiques et économiques ont largement relégué au second plan la lutte contre le réchauffement climatique ces dernières années. Et certains gouvernements, à commencer par l'administration Trump, portent désormais sans complexe leur climato-scepticisme en étendard.
"Il y a toute une vision en Occident, menée par les Etats-Unis, de revenir, disons, à un modèle qui appartient déjà au passé", estime Leonardo Stanley, chercheur associé au Centre d'études sur la société à Buenos Aires.
"Le secteur du pétrole et du gaz est le lobby le plus puissant de la terre", estime Claudio Angelo: "Cela fait 30 ans qu'il s'emploie à repousser les changements".

Par exemple, comme l'a montré une enquête de l'AFP en 2023, le cabinet de conseil McKinsey avait défendu en coulisses les interêts de ses clients pétroliers, de la compagnie américaine ExxonMobil au géant saoudien Aramco, lors des préparatifs de la COP28.

Pour sortir du pétrole et engager la transition de leur économie, les pays producteurs qui dépendent de ces ressources et les pays pauvres ont un besoin considérable de soutien financier.
"Il faut une certaine bonne volonté de la part des grandes et moyennes puissances économiques pour créer un système international qui facilite" cette transition, ce qui n'est pas le cas jusqu'à présent, explique Bill Hare.
Malgré tout, il y a des avancées.

En 2025, les énergies renouvelables ont représenté près de 50% de la capacité électrique mondiale, un record selon l'Irena, l'agence internationale qui soutient la transition énergétique dans le monde.
La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre et en même temps leader dans la production d'énergies renouvelables, a augmenté de façon spectaculaire ses capacités éoliennes et solaires l'an dernier.
Au Pakistan, l'énergie solaire, encore marginale en 2020, est devenue l'une des principales sources d'électricité.
Dans plusieurs régions d'Australie et des Etats-Unis, l'essor des renouvelables a fait baisser la facture d'électricité, souligne Bill Hare.


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