Libération

Le détroit d'Ormuz, pièce maîtresse de l'Iran contre les Etats-Unis


Libé
Mardi 21 Avril 2026

Le contrôle du détroit d'Ormuz apparaît comme la pièce maîtresse de l'Iran dans ses négociations avec les Etats-Unis, mais cette stratégie n'est pas sans risque, selon certains experts.
Vendredi, dans le contexte du cessez-le-feu conclu le 8 avril, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a annoncé la réouverture de ce passage maritime qui sépare l'Iran des pays du Golfe, paralysé depuis le début de la guerre le 28 février.

La nouvelle a été suivie d'une baisse rapide des prix du pétrole, très dépendants des conditions de circulation dans le détroit, par lequel transitaient avant la guerre 20% des exportations mondiales d'or noir et de gaz.
Mais dès le lendemain, Téhéran est revenu sur sa décision, prenant pour motif le maintien du blocus américain des ports iraniens. En conséquence, les cours du baril ont de nouveau rebondi lundi.

Dans une grande partie de l'Asie, où se trouvent les principaux acheteurs du pétrole et du gaz du Moyen-Orient, les prix de l'énergie ont explosé depuis le début de la guerre: au Sri Lanka, ils ont bondi de 40%.
Les dirigeants européens, eux, craignent une flambée de l'inflation - alors que les prix du carburant sont déjà repartis à la hausse - ainsi que de possibles annulations de vols et des pénuries alimentaires.
Et la perturbation des approvisionnements en engrais, dont le Golfe est un important producteur, devrait également entraîner une hausse des prix alimentaires dans les pays en développement.

Face à ces difficultés économiques, l'Iran dispose, avec le détroit d'Ormuz, d'un important levier de négociation.
Néanmoins, il subit également certaines répercussions, le blocus américain le privant quotidiennement de ses exportations de pétrole d'une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars. Et alors que le cessez-le-feu arrive à échéance mercredi, une reprise du conflit fragiliserait encore le pays.

L'Iran dispose du "contrôle du détroit", a déclaré Mohammad Bagher Ghalibaf, le puissant président du Parlement, qui a participé aux négociations les 11 et 12 avril à Islamabad face à une délégation américaine.
"Lorsqu'ils ont voulu envoyer des dragueurs de mines, nous avons tenu bon. Nous avons affirmé qu'il s'agissait de violations du cessez-le-feu", a-t-il déclaré lors d'une intervention diffusée par la télévision iranienne. "Nous sommes sur place et nous n'en partirons pas".

Le 12 mars, Mojtaba Khamenei, fils et successeur d'Ali Khamenei comme guide suprême, avait appelé à utiliser "le levier du blocage du détroit d'Ormuz".
Ce blocage marque un tournant stratégique pour la République islamique, qui avait longtemps brandi cette menace sans la mettre à exécution.
Après des décennies à tenter d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire - ambition que Téhéran dément nourrir - et à combattre des groupes alignés sur lui, les pays occidentaux sont désormais confrontés à un problème inédit et potentiellement durable.

"Tant que l'ayatollah Ali Khamenei était au pouvoir, la République islamique envoyait des signaux contradictoires concernant son programme nucléaire et menaçait de fermer le détroit d'Ormuz, sans toutefois franchir le pas", explique Ali Alfoneh, chercheur à l'Arab Gulf States Institute (AGSI) et auteur du livre "Succession politique en République islamique d'Iran".

"Avec la mort de Khamenei et alors que le régime est confronté à une lutte existentielle, cette retenue n'est plus de mise", poursuit-il, estimant que "la doctrine nucléaire iranienne pourrait également être en cours de révision".
Mais il observe que le contre-blocus américain imposé aux ports iraniens nuit également à la République islamique en coupant ses revenus pétroliers à un moment critique.

"Le conflit est désormais une épreuve d'endurance... Qui cédera le premier?", interroge-t-il.
Alors que de nouvelles négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pourraient avoir lieu dans les prochains jours, le premier vice-président iranien, Mohammad Reza Aref, a déclaré lundi que "la sécurité dans le détroit d'Ormuz n'était pas gratuite".

"Le choix est clair", a-t-il exposé: "soit un marché du pétrole non entravé pour tous, soit des risques de coûts importants pour chacun".
Pour les analystes de l'International Crisis Group (ICG), la position de l'Iran vis-à-vis du détroit consistait à se montrer ouvert à des négociations, "mais seulement dans des termes qui montrent qu'il n'a pas subi de défaite stratégique".
Mais avec le blocus américain, le détroit est passé de possible "monnaie d'échange à un point de tension susceptible d'entraîner une escalade militaire".

La Virginie appelée à voter pour riposter au redécoupage électoral voulu par Trump 
Les électeurs de l'Etat américain de Virginie sont appelés à se prononcer mardi sur une nouvelle carte électorale en faveur des démocrates, un référendum vu comme une riposte au redécoupage exigé par Donald Trump dans plusieurs Etats républicains.

Sur les 11 députés que la Virginie compte au Congrès américain, six sont actuellement démocrates. Avec le nouveau découpage territorial proposé, l'espoir à gauche est de voir ce chiffre monter jusqu'à 10 lors des élections cruciales de mi-mandat en novembre.
Les républicains, qui ont perdu il y a quelques mois le siège de gouverneur dans cet Etat de la côte Est, bataillent de leur côté pour faire gagner le "non" au référendum.

Les derniers sondages donnent un avantage de quelques points au "oui", mais une surprise n'est pas à exclure, estime auprès de l'AFP le professeur Larry Sabato, directeur du Center for Politics à l'université de Virginie.
L'enjeu du scrutin -- quatre sièges à la Chambre des représentants -- fait que des millions de dollars ont été dépensés par les deux camps, qui ont aussi fait appel à de grands pontes de leurs partis respectifs pour plaider leur cause.
"J'habite en Virginie et je ne peux pas allumer ma télé sans voir cinq pubs d'Obama appelant au « oui », explique Larry Sabato.

Barack Obama reste une figure très populaire, à tel point que le camp adverse s'en sert aussi à son profit, en diffusant une vieille vidéo où l'ex-président démocrate critique le "gerrymandering".
Cette pratique consiste à redessiner les circonscriptions d'un Etat de manière à diluer le vote d'un parti, avec souvent pour résultat des contours géographiques ubuesques.

Donald Trump a ressorti en 2025 cette vieille recette de cuisine électorale, en exigeant auprès du Texas un redécoupage électoral qui permettrait aux républicains de gagner cinq sièges au Congrès.
L'Ohio et la Caroline du Nord ont suivi l'exemple texan et ont redessiné leur carte pour offrir une poignée de sièges supplémentaires au parti présidentiel.
Face à cette offensive, le Parti démocrate a décidé de riposter et de procéder à son propre redécoupage dans certains Etats, principalement en Californie.

Dans cet Etat qui vote très largement à gauche, une nouvelle carte a été largement approuvée par référendum en novembre dernier, et devrait permettre d'annuler les gains républicains au Texas.
Mais en Virginie, les responsables démocrates font face à un résultat bien plus incertain qu'en Californie.
"Il existe une part de démocrates qui sont fondamentalement opposés au +gerrymandering+ et qui disent qu'on ne guérit pas le mal par le mal", explique le politologue Larry Sabato.

Si suffisamment d'entre eux décident de voter "non" ou de s'abstenir, la nouvelle carte pourrait ne jamais voir le jour, d'autant que le vote par anticipation montre une forte participation des zones rurales de Virginie traditionnellement républicaines, précise le professeur.
Une victoire du "non" serait un camouflet pour la nouvelle gouverneure démocrate, Abigail Spanberger, qui a milité pour ce redécoupage.

L'issue du référendum aura également des conséquences dans le reste du pays, puisque le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis envisagerait de redécouper à son tour son Etat si le "oui" venait à l'emporter en Virginie.

Libé
Mardi 21 Avril 2026

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