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Trois ans plus tard (en 1889), la deuxième Internationale socialiste, réunie à Paris, décide de faire du 1er mai une journée internationale de mobilisation pour la défense des droits des travailleurs. Ensuite, en 1919, la Conférence internationale du travail, donnant naissance à l’OIT (l’Organisation Internationale du Travail) consacre officiellement la journée de huit heures. Le 1er mai devient progressivement jour férié à travers les quatre coins du monde, assumant tantôt une tonalité festive, tantôt une posture franchement revendicative.
Le monde célèbre l’évènement, chacun à sa manière
A Paris, les cortèges du 1er mai rassemblent traditionnellement des millions de personnes. A Berlin, Madrid, Rome ou Mexico, la journée mêle opportunément défilés syndicaux et concerts populaires. A Moscou et Beijing, elle revêt une dimension quasi-militaire, héritage de l’ère soviétique et maoïste.
Quant au Royaume-Uni, où la célébration est fixée au premier lundi de mai, la fête se teinte davantage de pique-nique que de protestation, reflet du pragmatisme syndical anglais.
D’autre part, dans certains pays, comme les USA, le «Labor Day» est fixé au premier lundi de septembre depuis 1894, et ce précisément pour éviter toute connotation «socialiste» collée au 1er mai. Ils demeurent ainsi en marge de la tradition internationale.
Le Maroc et son 1er mai : entre tradition syndicale et mouvements sociaux
Le 1er mai revêt au Maroc une double nature, à savoir une journée fériée inscrite dans la loi et journée de mobilisation syndicale. Les principales centrales organisent des marches dans les grandes villes (Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech, Agadir) où militants syndicalistes et salariés défilent derrière des banderoles réclamant augmentation du SMIG, amélioration des conditions de travail, protection sociale élargie et dialogue social effectif.
Cette année, les cortèges s’annoncent plus nourris dans un contexte marqué par la cherté persistante de la vie et la lenteur des réformes sociales plus ou moins en cours.
Par ailleurs, les principales formations syndicales qui animeront les festivités du 1er mai 2026 sont les suivantes :
- UMT (Union Marocaine du Travail) : plus ancienne centrale du pays. Historiquement liée au mouvement national, elle revendique plus d’un million d’adhérents.
- CDT (Confédération Démocratique du Travail) : Née en 1978 dans la mouvance socialiste et proche de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP). Elle jouit d’une forte implantation dans le secteur public, notamment ceux de l’enseignement et de la santé publique…
- UGTM (Union Générale des Travailleurs du Maroc) : Centrale proche du Parti de l’Istiqlal, présente dans différents secteurs…
- FDT (Fédération Démocratique du Travail) : Issue d’une scission de la CDT. S’appuyant sur une orientation de gauche, elle est présente dans les secteurs de l’éducation nationale et de la fonction publique.
Une conjoncture mondiale qui confère au 1er mai 2026 un relief particulier
Le 1er mai 2026 s’inscrit, en tout état de cause, dans un contexte international d’une rare densité. La recomposition du commerce mondial, accélérée par les politiques protectionnistes américaines et la rivalité sino-américaine, fragilise de plus en plus les chaînes d’approvisionnement et expose les pays émergents à des chocs externes croissants. D’autre part, l’intelligence artificielle générative, d’ores et déjà au cœur de multiples processus de production, ravive le spectre de destructions massives d’emplois dans des secteurs longtemps épargnés (comptabilité, droit, journalisme, services financiers…)
En effet, en Europe, notamment, la montée des partis populistes remet en cause les acquis sociaux de l’après-guerre, tandis que les mouvements de grève se multiplient au Royaume-Uni, comme en France et en Allemagne, portant des revendications salariales dans un contexte d’inflation persistante. En Amérique latine, la question de l’informalité du travail demeure criante, plus de la moitié des travailleurs de la région évoluant hors de tout cadre légal de protection sociale.
Pour les pays du Sud (dont le Maroc), la pression est multiple : une compétitivité exportatrice, une transition énergétique à financer et des exigences sociales internes exaspérées. Or la « juste transition », décarboner l’économie sans sacrifier l’emploi est, d’ores et déjà, au cœur des agendas syndicaux mondiaux.
Le 1er mai, festif ou revendicatif ? Les deux ne sont pas contradictoires
La question revient chaque année. Le 1er mai est-il encore une journée de lutte et de combat ou n’est-il plus qu’un congé supplémentaire agrémenté de mets de fête ? La réponse se trouve en plein milieu de la tension même :
Les sociétés où les droits sociaux sont les plus consolidés ont tendance à célébrer plus qu’à protester et revendiquer, tandis que là où les inégalités demeurent criantes, le caractère protestataire reprend toujours le dessus.
En somme et au fond, il s’agit de cette tension irrésolue figée, entre la fête et la lutte, entre la mémoire et l’urgence, qui fait du 1er mai une date indémodable. Tant qu’il y aura des travailleurs et des inégalités, il y aura un 1er mai à honorer, à défiler, à protester et à revendiquer.
Rachid Meftah








