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La situation épidémiologique oscille entre inquiétude et optimisme

Si la hausse des cas fait craindre le pire, l’efficacité de l’opération de dépistage massif rassure




La situation épidémiologique oscille entre inquiétude et optimisme
Moins de 48 heures après le déconfinement, la situation sanitaire dans le pays donne le tournis avec une hausse exponentielle des cas Covid+. Au même moment, certains pays connaissent de nouvelles flambées. Est-ce un motif d’inquiétude ? Jusqu’à l’approche du déconfinement, tout allait bien. Mais alors que les Marocains s’apprêtaient à retrouver certaines libertés perdues, le nombre de contaminations est remonté en flèche. De l’ordre de 400 à plus de 500 par jour, depuis la fin de semaine dernière, alors qu’il ne dépassait pas la centaine, à la mi-juin. Si la jauge est basse dans le Royaume, à l’instar d’une grande partie de l’Afrique et à l’inverse du continent américain où le virus s’emballe à nouveau, l’épidémie peine cependant à poursuivre sa décrue.
Le ministère de la Santé avait annoncé, avant-hier en fin d’après-midi, lors de son dernier point de presse télévisé, 431 nouveaux cas en 24h. Dans la nuit, 127 nouveaux cas ont été détectés. La situation est à surveiller de très près. Cela dit, elle ne découle pas, pour l’instant, d’une diffusion large et incontrôlée du virus. Car pour l’heure, et ce même si le virus est toujours là, qu’il circule à bas bruit, les scientifiques ne voient pas de reprise de l’épidémie. A quoi doit-on cetoptimisme fragile ? A plusieurs facteurs, comme l’arrivée du beau temps ainsi que le maintien de certains gestes barrières.

Le climat et les masques, de précieux alliés
La saisonnalité du Covid-19 est un sujet qui a longtemps divisé les scientifiques. Aujourd’hui, un consensus semble se dégager. Comme c’est le cas pour plusieurs infections à transmission respiratoire, la transmission du nouveau coronavirus augmenterait dans des conditions froides et sèches. A contrario, elle ralentirait avec une météo plus clémente mais sans pour autant être stoppée. Le constat est corroboré par des études scientifiques dont celle de l’université de Princeton publiée dans la revue « Science ». Dès lors, l’été devient un atout pour les autorités sanitaires dans le contrôle du virus. Cependant, en l’absence d’un vaccin d’ici à l’automne, l’hypothèse d’une deuxième vague n’est pas incongrue. Un cauchemar qui risque même de devenir réalité bien avant en cas d’absence de gestes barrières et de port du masque. Pour preuve, depuis le déconfinement, des contaminations ont été enregistrées dans des provinces censées être débarrassées du virus comme celle d’Azilal.
Ainsi, si le soleil aide, ce facteur climatique ne doit pas faire oublier l’importance de maintenir les gestes barrières, et avant tout dans les lieux clos. En effet, si d’un côté, la probabilité d’être contaminé sur une terrasse de café est encore scientifiquement méconnue, en revanche, de l’autre, il est certain que le risque de transmission en intérieur est très élevé. Et pour cause, en plus de la propagation par gouttelettes, le Sars-CoV-2 se transmet également par les aérosols. En clair, le virus peut se maintenir en suspension dans les endroits fermés. Du coup, le port du masque est primordial, notamment dans les lieux confinés. Il protège efficacement à la fois des gouttelettes mais aussi des aérosols. En ce sens, le maintien de la distanciation physique d’un mètre est lui aussi capital. Ce qui n’est pas une mince affaire quand on sait que notre société décrite comme individualiste a également horreur de la solitude et de l’isolement.
Ce n’est donc pas une surprise de constater que depuis le déconfinement, les citoyennes et citoyens ne ratent pas une occasion de se réunir. Une manière de rappeler qu’au fond, les individus sont très collectifs. Sauf que cette situation impose la prudence volontaire des citoyennes et citoyens. En son absence, le spectre du confinement, partiel sans doute, pourrait reprendre du poids. Dans ce schéma, nous passons sans transition d’une société d’interdits sanitaires à une société de responsabilité. Trop précieux, ce progrès ne doit pas être annulé par l’insouciance et l’inconscience.

Le dépistage massif est indispensable
Les tests sont un pilier indispensable dans la lutte contre le Sars-Cov2. Comme tout le monde le sait, ils permettent de détecter au plus vite les malades afin de les isoler et, par conséquent, casser la chaîne de transmission. Au début de l’épidémie, le Maroc était très peu pourvu en matière de tests, depuis, il a fait le plein en ciblant en particulier les milieux professionnels. Cette campagne de dépistage réalisée par le ministère de la Santé en coordination avec le ministère de l’Intérieur et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a atteint une moyenne de 20.000 tests par jour au niveau national. Bon leur a pris. Puisque depuis son enclenchement, l’opération a fait la lumière sur plusieurs foyers professionnels, à l’image des usines de conditionnement de fraises aux alentours de Kénitra et Larache (plus de 700 cas), ou plus récemment, des unités industrielles à Casablanca. Sur le coup, cette prolifération de nouveaux foyers de contamination sur le territoire inquiète. Mais avec du recul, elle est plutôt rassurante. Pourquoi ? Car cela prouve que le traçage est efficace tout comme les outils de dépistage. Pourvu que ça dure.

Chady Chaabi
Samedi 27 Juin 2020

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