Washington désillusionne les séparatistes

La cinglante énième gifle infligée au polisario


Mehdi Ouassat
Dimanche 25 Janvier 2026

Pour les USA, il s’agit d’un enjeu de sécurité, de projection stratégique et de cohérence globale.

Washington désillusionne les séparatistes
Il faut parfois cesser de commenter l’écume pour nommer la vague. Ce qui s’est produit en fin de semaine à Washington lors de la rencontre entre une délégation du polisario et de hauts responsables américains n’est ni un épisode diplomatique ordinaire ni une simple étape procédurale. C’est un acte de clôture. La clôture d’un récit artificiel. La fermeture d’un cycle idéologique. Et, surtout, la consécration d’un paradigme que le Maroc porte depuis toujours avec constance, lucidité et sens de l’Histoire.

Pour la première fois, le polisario a été confronté directement, sans écran, sans intermédiaire et sans complaisance, à la position réelle de la première puissance mondiale sur le dossier du Sahara marocain. Une position assumée, structurée et verrouillée qui ne laisse plus aucune place aux fictions entretenues depuis des décennies par le polisario et son faiseur algérien. L’autonomie sous souveraineté marocaine n’est plus présentée comme une option parmi d’autres, encore moins comme une base de discussion ouverte. Elle est désormais posée comme l’unique cadre possible de négociation. Le seul encore jugé crédible. Le seul compatible avec la stabilité régionale. Et le seul capable de transformer un conflit artificiellement prolongé en solution politique durable.

Le signal est d’autant plus fort que la réunion s’est tenue sous l’autorité du directeur de la CIA, John Ratcliffe. Lorsqu’un dossier est traité à ce niveau de l’appareil d’Etat américain, il ne relève plus de la simple diplomatie déclarative. Il devient un enjeu de sécurité, de projection stratégique et de cohérence globale. Le message délivré au polisario a été clair, ferme, dépourvu de toute ambiguïté sémantique et destiné à être compris sans détour. Cela signifie une chose simple mais fondamentale : pour Washington, la stabilité du Maghreb et du Sahel ne peut plus être otage d’un conflit gelé, instrumentalisé et vidé de toute perspective réaliste. Le plan d’autonomie marocain n’est pas seulement une solution politique. Il est perçu comme un outil de stabilisation régionale.

Selon des sources concordantes, le ton employé par les Américains a été ferme, presque chirurgical. Le propos de John Ratcliffe a été conclu par une formule qui résonne désormais comme un avertissement historique : « Le plan d’autonomie est le seul cadre disponible. Ceux qui le refusent resteront en marge».

Cette sentence n’est ni brutale ni arrogante. Elle est profondément américaine dans sa logique. Elle dit que le monde avance. Que les options irréalistes sont abandonnées. Que la diplomatie n’est pas un refuge pour les causes perdues, mais un mécanisme de gestion du possible. Elle acte aussi l’épuisement d’un projet séparatiste qui n’a survécu que par la protection politique de certains parrains régionaux, eux-mêmes désormais confrontés à leurs propres impasses.

Face à ce discours sans fard, la réaction de la délégation du polisario, ou plutôt son absence de réaction, est révélatrice jusqu’à la gêne. Aucune objection formelle. Aucun rejet frontal. Aucune tentative de remettre sur la table les mots d’ordre traditionnels du «référendum» ou de «l’indépendance». Ces thèmes, longtemps brandis comme des dogmes intangibles, ont été soigneusement exclus de l’ordre du jour. Ils ne font plus partie du langage des grandes puissances. Ils appartiennent désormais au registre de la nostalgie idéologique.

Les représentants séparatistes ont tenté, timidement, de déplacer le débat vers leurs contraintes internes. Ils ont évoqué la fragilité de leur base, les tensions latentes dans les camps de Tindouf, le risque d’un effondrement de la légitimité interne et la peur d’une base chauffée à blanc par des décennies de promesses irréalisables. Mais ces arguments, loin de renforcer leur position, l’ont au contraire affaiblie. Ils affirment que le polisario n’a jamais été un acteur politique autonome, mais un gestionnaire de frustration collective, prisonnier de son propre mensonge fondateur.

Les membres de la délégation du polisario ont également rappelé l’existence d’un document présenté en octobre dernier, se disant prêts à le réviser, à l’améliorer, à le rendre plus acceptable. Mais là encore, la réponse américaine a été catégorique. Ce texte ne constitue pas une solution. Il ne répond ni aux exigences de stabilité, ni aux impératifs de sécurité régionale, ni à l’évolution du droit international tel qu’il est aujourd’hui interprété par les grandes puissances.

Le plus significatif demeure cependant la conclusion de cette rencontre. Malgré leur malaise évident, malgré une frustration à peine dissimulée, les représentants du polisario ont accepté le principe d’entrer dans un processus de discussions encadrées par les Etats-Unis, et ce exclusivement autour de l’option de l’autonomie. C’est un tournant. Un basculement stratégique. Une reconnaissance implicite que le centre de gravité du dossier s’est définitivement déplacé vers la proposition marocaine.

La déclaration de Bouzid Moulay, activiste proche des cercles du polisario, en dit long sur l’état d’esprit qui règne désormais dans les rangs séparatistes. Son témoignage, d’une franchise inhabituelle - sans doute malgré lui - décrit une délégation «visiblement abattue», «profondément désabusée» et incapable de formuler une objection sérieuse, consciente que le mythe de l’autodétermination ne mobilise plus, ni à l’international, ni même au sein des camps. Il reconnaît que Washington a tranché sans détour, que le cadre est verrouillé et que toute négociation future, qu’elle soit américaine ou américano-onusienne, aura pour seul horizon l’autonomie sous souveraineté marocaine.

Dans les semaines à venir, des consultations préliminaires devraient se tenir dans un format restreint avec la participation du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du polisario. Cette configuration consacre une évidence longtemps occultée : le conflit autour du Sahara marocain est un différend régional, artificiellement prolongé. Sa solution ne peut plus être prise en otage par des discours figés ni par des calculs idéologiques hérités de la guerre froide. Elle doit s’inscrire dans une logique de responsabilité, de compromis et de projection vers l’avenir. La présence du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du polisario autour d’une même table, sous cadrage américain, signifie que le temps des faux-semblants est terminé. Chacun sera placé face à ses responsabilités. Chacun devra assumer ses choix.

Pour le Maroc, cette séquence diplomatique n’est pas un simple succès conjoncturel. Elle est la confirmation éclatante d’une ligne stratégique juste, patiemment construite et fermement défendue. Depuis la présentation de l’initiative d’autonomie, le Royaume n’a jamais varié. Il a proposé une solution courageuse, respectueuse de sa souveraineté, ouverte à une gestion démocratique des provinces du Sud et tournée vers le développement et la stabilité régionale. Cette vision, portée avec constance par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, s’impose désormais comme le seul langage compris et partagé par les grandes capitales.

Aujourd’hui, plus que jamais, les faits parlent d’eux-mêmes. Le monde avance. Les équilibres se redessinent. Et ceux qui persistent à vivre dans le déni risquent effectivement de rester «en marge», pendant que le Maroc, sûr de son droit et fort de sa légitimité, poursuit sa marche tranquille vers la consécration définitive de son intégrité territoriale.

Mehdi Ouassat
 


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