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La santé a du mal à cacher son infirmité


Hassan Bentaleb
Mercredi 16 Mars 2022

Outre la pénurie des ressources budgétaires et du personnel, la Cour des comptes dénonce une gestion et une gouvernance trop approximatives

La santé a du mal à cacher son infirmité
«Le problème du système de santé nationale ne se limite pas uniquement à la pénurie au niveau des ressources budgétaires et du personnel. La question de la gouvernance et de la planification stratégique s’imposent également avec acuité », c’est ce qui ressort du dernier rapport de la Cour des comptes sur ses activités et celles des Cours régionales des comptes au titre des années 2019 et 2020. En détail, ledit document souligne que le secteur de la santé nationale a souffert de difficultés de gouvernance, d'orientation et de suivi ainsi que du manque, à la fois, de ressources financières nécessaires pour accomplir toutes les tâches qui lui sont confiées et de ressources humaines médicales, paramédicales, administratives et techniques. Le secteur endure également l’inadéquation au niveau des infrastructures et des équipements destinés à accueillir et à soigner les patients et à fournir des services de soin de qualité sans parler des problèmes d'organisation et de fonctionnement des centres de santé qui affectent négativement leur productivité et leur capacité à accomplir leurs tâches et à répondre aux besoins des citoyens. Au sujet des instances de gouvernance, les juges de la Cour des comptes ont observé que malgré leur importance dans l'appui des instances de gestion du système de santé et d'offre de soins, la plupart d’entre elles n'avaient pas été créées (Conseil consultatif national de santé, Commission nationale de présentation des soins, etc.) ou ont été créées sans pour autant être actives ou fonctionnent avec une faible dynamique (les commissions régionales de présentation des soins, l'observatoire régional de la santé…). Sur un autre registre, les juges ont noté en examinant la carte sanitaire élaborée par le ministère de la Santé qu'elle ne dépasse pas le stade d'une enquête exhaustive relative à l'offre actuelle de soins de santé. Du coup, le retard dans la préparation de la seconde partie liée à l'anticipation des évolutions nécessaire à la présentation des soins ne permet pas à cette carte d'être un outil d'anticipation et de planification de la croissance de l'offre de soins. « L'absence de cet outil de planification, entre autres, produit une répartition déséquilibrée entre régions et au sein de chaque région sans parler de la mise en place d'établissements de santé non opérationnels, notamment au niveau des établissements de soins de santé primaires », précise le rapport. Les lacunes constatées au niveau de la carte sanitaire sont également observées au niveau de l’encadrement et de l’archivage des opérations de planification stratégique. Ainsi et sur le plan de la préparation, il a été constaté que le processus de planification stratégique n'est pas adéquatement encadré par le ministère de la Santé à travers des instructions ou des périodiques. En conséquence, et en l'absence d'un cadre réglementaire régissant ce processus, les stratégies du secteur de la santé ont été élaborées selon différentes approches, ce qui a particulièrement affecté l'accumulation d'expertise et d'expérience. D'autre part, il a été constaté que les diagnostics de la situation sanitaire et du système de santé réalisés par le ministère de la Santé pour développer les stratégies examinées ne sont pas suffisamment documentés par des recherches, des études et des comparaisons liées à la santé et la présentation de soins. « Ces diagnostics se limitent à décrire l'état actuel d'indicateurs clés de santé et des soins sans aborder adéquatement les problèmes de santé actuels et potentiels et leurs déterminants », souligne le rapport. En ce qui concerne l'évaluation, il convient de noter que pour les différentes stratégies examinées, le ministère de la Santé n'a pas préparé de résumé des réalisations et aucune tâche d’évaluation n'a été entreprise à miparcours et à la fin du mandat de chaque ministre. « Le ministère n’a pas rendu non plus compte des réalisations en fonction des objectifs stratégiques identifiés. En conséquence, il n'a pas été possible d'évaluer dans quelle mesure les objectifs fixés par les stratégies ont été atteints lors de la mise en place des différents projets mis en œuvre par le ministère au cours de la période 2008-2020 », observent les juges de la Cour. Pour le chercheur en sciences politiques Mohammed Zaoui, « malgré le fait que le constat de la Cour des comptes n’a rien de surprenant, il n’en demeure pas moins qu’il est accablant dans la mesure où le secteur de la santé a été l’objet de tant d’annonces et de promesses de réforme après la crise de Covid-19 qui a levé le voile sur la réalité du secteur et sur ses lacunes structurelles ». D’après lui, ce constat est plus accablant également au regard du nouveau chantier Royal, à savoir la généralisation de la couverture sanitaire pour l’ensemble des Marocains et qui exige un système de santé performant, solide et efficace. Pour notre interlocuteur, le secteur de la santé à l’instar des autres secteurs sociaux ne semble pas encore avoir la priorité sur l’agenda politique de l’Etat malgré les annonces et les mesures prises. « Au niveau des politiques publiques, ces secteurs ne sont pas rentables et engloutissent tant de fonds budgétaires. C’est pourquoi ils sont souvent négligés ou relégués au second plan et avec ces temps-ci de crise, la situation sera pire», a-t-il précisé. Et de conclure : « Le dernier rapport de la Cour des comptes ne va pas changer grand-chose puisque les maux du secteur et les remèdes sont connus de tous. C’est la volonté politique qui manque encore ».


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