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Appréhender “wiqaytna” tout en se livrant à Google et Facebook : Vas-y comprendre !




Appréhender “wiqaytna” tout en se livrant à Google et Facebook  : Vas-y comprendre !
Lancée le 1er juin, l’application pour smartphone «Wiqayatna » fait de plus en plus d’émules. Mais pas encore assez. Pour atteindre son objectif, à savoir casser les chaînes de transmission du Covid-19 en complément des méthodes de « contact traçing » classiques effectuées par les enquêteurs de terrain (voir notre édition du mercredi 3 juin), l’appli doit être téléchargée par « 60 à 70% de la population pour qu’elle soit efficace et que l’épidémie stagne», estiment des scientifiques de l’Université d’Oxford. Un impératif du moment que nous aurons « à vivre avec le virus pendant quelques semaines, voire quelques mois », a estimé l’épidémiologiste Jaafar Heikel, vice-président de la Fédération nationale de la santé.Or, jusqu’à présent, « Wiqayatna » n’a été téléchargéequ’un peu plusd’un million de fois. On est encore loin du seuil d’efficacité désigné par les chercheurs britanniques. A vrai dire, il est peu probable qu’il soit atteint, puisqu’en 2018, 75% des Marocains possédaient un smartphoneselon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) dont certains ne sont pas très à l’aise avec leurs téléphones intelligents tandis que d’autres refusent tout bonnement de la télécharger.
Si une campagne de sensibilisation et de formation à grande échelle peut régler en grande partie le cas des premierscités, les autres n’ont pas été totalement convaincus par les garantieset les explicationsrelativesà la protection de leurs données privées. Pourtant, si l’on en croit le ministère de la Santé, l’application « Wiqayatna » ne demande, a priori, qu’un renoncement minime à la vie privée car elle respecte plusieurs critères. En utilisant uniquement la technologie Bluetooth, cela limite considérablement les données produites. Volontaires, ses utilisateurs seront connus par l’application seulement via des identifiants chiffrés et la seule donnée produite sera un historique de rencontres d’autres identifiants. Comparé aux informations fournies quotidiennement et sans le savoir à Facebook ou à Google (localisation, identité, relations, habitudes…), cela s’avère être un moindre mal. D’autant que le code en source ouverte de l’application permet de s’assurer que tous ces critères sont respectés et qu’il n’existe pas de failles ou de pièges.
Cela dit, les craintes exprimées par les citoyennes et citoyens ne sont pas dénuées de tout fondement. Les expériences à l’étranger font craindre le pire. Intitulée « CovidLock », cette application Android permet de suivre l’épidémie dans le monde. C’est du moins ce qu’on pense. Mais, en réalité, elle cache un dangereux ransomware. D’après Tarik Saleh, chercheur en sécurité informatique chez DomainTools, entreprise spécialisée dans les outils de surveillance et d'investigation, l’application risque de verrouiller votre smartphone avant d’exiger une rançon en bitcoin.
« Votre localisation GPS est surveillée et votre position est connue. Si vous tentez quelque chose d’idiot, votre smartphone sera automatiquement effacé »,c’est le message d’avertissement affiché par les pirates.Encore un piège à mettre sur le compte de la pandémie. Depuis son début, des pirates utilisent des cartes de suivi en ligne pour propager des malwares.« Les cybercriminels aiment exploiter les internautes lorsqu’ils sont vulnérables. Ils utilisent des événements dramatiques qui font peur aux gens pour générer des bénéfices. Chaque fois qu’il y a des cycles d’actualité majeurs sur un sujet qui suscite une forte réaction, les cybercriminels tentent d’en tirer profit », indique Tarik Saleh. La prudence est donc de mise. Il est conseillé de ne jamais télécharger d’APK en provenance de sources inconnues.Et puis, n’hésitez pas à installer un antivirus sur votre smartphone Android.
Malheureusement, les dangers des applications de traçage ne s’arrêtent pas là. En Inde, « Aargoya Setu », la plus grande application de traçage sur la planète,fait polémique. Et c’est peu de le dire. Alors qu’elle a été massivement téléchargée, par près d’un Indien sur 10, elle suscite la méfiance des ONG. La raison : Une collecte opaque de données via les technologies GPS et Bluetooth. Idem en France où l'application StopCovid a été téléchargée 1,5 million de fois.
L'appli, disponible depuis le 2 juin sur Androïd et IPhone, permet d'informer les personnes entrées en contact rapproché avec un patient positif au Covid-19. Au-delà des doutes sur son efficacité, elle est également suspectée d’atteinte aux données personnelles. En cause, le fait qu’elle soit gérée par une société privée CoronApp, quand bien même cette dernière assure que les données sont conservées uniquement pendant 14 jours avant d’être effacées. Le discours ne convainc pas outre-Méditerranée. De ce côté-ci, une partie de la population marocaine continue elle aussi de dénigrer et de jeter le discrédit sur «Wiqayatna ». A tort ou à raison ? Ce n’est pas à nous d’en juger. En revanche, une chose est sûre, l’application de « contact tracing » à la sauce marocaine offre plusieurs garanties de transparence contrairement à ses semblables aux quatre coins du monde.

C.C
Samedi 13 Juin 2020

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