Libération


Facebook
Rss
Twitter






Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

A quand la fin du confinement et quelles en seront les modalités ?

Von Der Leyden : Il faut limiter les contacts avec les seniors et les personnes fragiles




A quand la fin du confinement et quelles en seront les modalités ?
 A quand la fin du confinement lié à la pandémie du Covid-19 et quelles en seront les modalités ? La question est sur toutes les lèvres et les réponses demeurent très incertaines. Mais depuis la sortie médiatique d’Ursula von der Leyden dans le quotidien allemand Bild paru dimanche, on peut y voir un peu plus clair. La présidente de la Commission européenne a estimé « qu’il fallait limiter autant que possible, et ce jusqu’à la fin de l’année, les contacts avec les seniors et les personnes fragiles  ».
L’hypothèse d’un confinement prolongé pour les personnes âgées et celles ayant des antécédents médicaux émise par la dirigeante allemande de l’exécutif européen n’est pas insensée d’une part, au vu d’une récente étude du Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies indiquant que le virus affecte plus gravement les personnes âgées (+80 ans) ayant des problèmes de santé préexistants. D’où un taux de mortalité atteignant les 14 %. Constat malheureusement corroboré par la tragédie vécue dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et les établissements médico-sociaux français, où le coronavirus a tué plus de 4889 résidents. Et d’autre part, à la lumière du vieillissement de l’Europe dont la population en âge de travailler constituait en 2005 11,9 % de la population active mondiale mais qui pourrait passer à seulement 6,4 % en 2050.
Plus important encore, les recommandations de l’Union européenne offrent des éléments de réponse à la question centrale : combien de temps va-t-on vivre avec ce virus ? Un véritable casse-tête pour les médecins, chercheurs ou politiques. D’autant que le brouillard qui entoure cette inconnue s’est récemment épaissi. Et pour cause, à peine le feu étouffé, l’étincelle repart en Chine où 107 nouveaux cas importés de contamination ont été recensés entre dimanche et lundi, faisant craindre une deuxième vague, en dépit des deux mois de quarantaine grâce auxquels l’Empire du Milieu semblait avoir endigué l’épidémie. En Italie, le confinement a été prolongé malgré un recul des hospitalisations. Et outre-Atlantique, la courbe des décès ne cesse de monter en flèche comme aux Etats-Unis, désormais le pays le plus endeuillé au monde avec plus de 20 000 morts. Bref, la guerre contre le Coronavirus est loin d’être gagnée. Du moins en l’absence de vaccin. Car,en réalité, si l’Union européenne veut confiner les personnes âgées et à risque au moins jusqu’à la fin de l’année, c’est parce que cette échéance coïncide avec la possible disponibilité d’un vaccin.
A y regarder de plus près, les recommandations de l’UE évoquent également en creux l’hypothèse selon laquelle la fin du confinement ne sera pas systématiquement dépendante de la disparition du Covid-19. Autrement dit, il est fort probable que les pays européens optent pour la stratégie de l’immunité collective contrôlée. Une stratégie un temps privilégiée par la Grande-Bretagne avant d’être balayée par des questions d’ordre éthique, contrairement à la Suède. Malgré 899 morts et 10 483 cas positifs recensés, le pays scandinave garde sa stratégie avec des écoles primaires, magasins, cafés et restaurants ouverts, non sans appeler chacun à respecter les règles de distanciation sociale.
Concrètement, la stratégie de l’immunité collective contrôlée a pour objectif d’immuniser par infection 60 % de la population, afin de stopper la progression de l'épidémie. Mais elle comporte plusieurs failles aux lourdes conséquences, puisqu’elle fait planer de terribles risques sur les plus âgés, mais aussi elle exclut la possibilité qu’une personne soit infectée une seconde fois par le virus comme cela a été observé en Chine. Mais dans l’ensemble, et à la lumière de ses éléments, la recommandation émise par la présidente de la Commission européenne prend tout son sens.
L’autre difficulté liée à cette stratégie réside dans son application. En France par exemple dont 10 à 15 % seulement  de la population serait affectée par le COVID-19, loin des 60 %, le président de la Fédération des médecins, Jean-Paul Hamon prévient : « Il faudra s’assurer que toute la population aura un masque et pourra se faire tester ». A cela s’ajoute une autre problématique d’ordre culturel. Si ,à l’avenir, le confinement des personnes âgées est acté aux quatre coins du monde en parallèle au déconfinement du reste de la population, il faudra à la fois continuer à vivre avec des distances de sécurité en limitant les regroupements et les déplacements, mais aussi éviter tout contact avec des parents, des grands-parents, des tantes, des oncles, etc.
Nous avons soumis ce scénario à plusieurs personnes et de toute évidence, dans des pays comme le Maroc, imposer une telle mesure préventive ne sera pas aisé pour ne pas dire quasi-impossible. Certains interlocuteurs nous ont justement demandé « comment pourra-t-on faire appliquer cette mesure au moment du déconfinement ? » tout en pointant notamment les différences culturelles entre des pays comme le Maroc et le continent européen.
En effet, dans le Royaume, il n’est pas rare que les parents et autres grands-parents vivent sous le même toit que leurs enfants et petits enfants. Sans oublier les personnes âgées toujours actives professionnellement. Cependant, toutes les personnes que nous avons questionnées s’accordent à dire, des fois les larmes aux yeux, que si cette mesure devait être appliquée dans le pays, elles la respecteraient la mort dans l’âme, pour le bien de leurs proches à risque ou âgés.   

Chady Chaabi
Mardi 14 Avril 2020

Lu 946 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.