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Sensibiliser pour ne plus faire les frais de l’addiction aux antidouleurs




Sensibiliser pour ne plus faire les frais de l’addiction aux antidouleurs
Une puissance addictive supérieure à celle de l’héroïne et des effets antidouleur semblables à ceux de l’opium. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces caractéristiques ne sont pas celles d’une nouvelle drogue prohibée mais plutôt celles de médicaments généralement prescrits par les médecins et parfois aussi, en vente libre. Indispensables à une prise en charge optimale de certaines douleurs aiguës et chroniques, comme le traitement du cancer, les opioïdes, puissants antidouleur, soulagent certes mais, mal dosés, ils peuvent aussi entraîner une dépendance. C’est justement la raison pour laquelle l’addiction à ces antalgiques opioïdes sera au centre des débats lors d’une journée scientifique ouverte au grand public, demain matin, à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca.
Après une première journée du genre, l’année dernière, dédiée à l’addiction au tabac, celle de demain, organisée par le service d’addictologie du CHU Ibn Rochd, en collaboration avec le laboratoire de neurosciences cliniques et santé mentale, s’attachera à dresser un état des lieux du fléau de l’addiction aux antidouleurs dans le pays, et balayera l’actualité sur le sujet ainsi que les nouveautés dans la prise en charge. Selon les organisateurs, le choix du thème s’est imposé de lui-même, à la lumière notamment de la récente et forte émergence de cette addiction. On parle d’une augmentation non négligeable des cas de dépendance à ces dérivés morphiniques. Ils concernent généralement des patients qui, à la base, ne sont pas familiers à l’addiction, mais qui finissent par y succomber après les avoir pris initialement comme traitement de la douleur. L’aisance avec laquelle on peut se procurer ces médicaments dans les pharmacies et sans ordonnance facilite davantage la création d’un état de dépendance.  
Dérivées de l’opium, ces molécules synthétiques sont malgré tout essentielles, car, d’après les organisateurs, quand un médecin prescrit des antidouleurs, c’est que ceux-ci sont le meilleur et parfois l’unique moyen de soulager les douleurs des patients. Oui mais voilà, une fois arrivées à la fin de leur traitement, certaines personnes n’arrêtent pas pour autant de prendre ces médicaments. Et cela ne concerne pas uniquement le  Maroc, mais c’est le cas également dans le monde arabe, comme en Egypte, où la situation est alarmante. Idem aux U.S.A où l’état d’alerte a été lancé car c’est devenu un problème de santé publique tant les décès par overdose sont récurrents. Ils tuent chaque année 60.000 personnes. Et de 2011 à 2016, les morts par overdose y ont augmenté de 33%.
L’alerte en question a été lancée par un policier, après avoir pris et diffusé sur les réseaux sociaux, la photo d’un couple en overdose dans sa voiture avec un enfant sur la banquette arrière. En plus de connaître un épilogue heureux, la petite famille ayant été sauvée, cet épisode a eu pour effet de faire comprendre à l’Amérique que les médicaments empoisonnent la population. Une prise de conscience amplifiée par l’enquête d’un journaliste américain qui s’est infiltré dans une clinique où les ordonnances sont dictées par les patients à une secrétaire.
La police antidrogue finira par fermer des dizaines d'établissements. Certains grands laboratoires pharmaceutiques sont aujourd'hui poursuivis pour avoir minimisé les risques de dépendance lors de campagnes agressives menées pour vendre leurs médicaments. Il aura fallu attendre 20 ans pour que les Etats-Unis déclarent la guerre aux médicaments qui tuent. Combien de temps faudra-t-il pour que le Maroc y prête une plus grande attention ? En tout cas, la journée de demain constitue un premier pas plus qu’encourageant. 

Chady Chaabi
Vendredi 20 Septembre 2019

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