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L’urgence comme seule priorité
Le chantier national est colossal, le défi est indéniable. Accueillir l’une des compétitions sportives les plus regardées au monde exige des standards d’infrastructures, que le Maroc, en dépit de ses efforts considérables des deux dernières décennies, n’a pas encore atteints. Routes éventrées, carrefours transformés en labyrinthes de signalisation provisoire, trottoirs disparus sous les gravas. Ainsi, dans de nombreux quartiers, l’ordinaire des habitants ressemble à un parcours du combattant.
Le problème n’est pas l’ambition mais l’impunité avec laquelle on sacrifie le quotidien des citoyens sur l’autel du délai. Des travaux sont menés en pleine nuit. Marteaux-piqueurs actifs à 2 heures du matin, camions-bennes déversant leurs cargaisons dans un vacarme assourdissant, sont devenus monnaie courante dans de nombreuses villes et la justification est toujours la même : « Les délais sont serrés ». Tout cela comme si l’urgence institutionnelle effaçait automatiquement le droit fondamental à un sommeil décent.
Des nuisances que l’on ne perçoit pas dans les communiqués
Or les nuisances sonores nocturnes sont loin d’être anodines. A ce propos, la recherche médicale est formelle. Le bruit perturbateur du sommeil augmente les risques cardiovasculaires, favorise l’anxiété, dégrade les performances cognitives et fragilise les défenses immunitaires. D’autre part, pour les nourrissons, les personnes âgées, les malades et les travailleurs qui se lèvent à l’aube, subir chaque nuit le fracas des engins de chantier constitue une véritable atteinte à la santé publique. Cependant, sur ce point, les autorités se murent dans un silence éloquent. On n’a droit à aucun bilan sanitaire, aucune concertation préalable, aucune compensation !.
Là-dessus, les nuisances diurnes s’ajoutent en s’accentuant davantage : poussière envahissante qui s’infiltre dans les logements, déviation répétée interminable des itinéraires, commerces désertés faute d’accessibilité, enfants ne pouvant plus jouer dans des rues transformées en zone de travaux. Pour leur part, des petits commerçants témoignent de baisse de chiffres d’affaires atteignant 50% dans les zones les plus affectées, sans qu’aucun mécanisme d’indemnisation sérieux ne soit mis en place.
Les collectivités locales aux abonnés absents
Dans ce contexte pour le moins complexe, une interrogation s’impose avec une acuité particulière : Mais où sont les collectivités locales ?
Municipalités, communes, arrondissements, conseils de ville, toutes ces instances élues ont une obligation légale et morale de veiller au bien-être de leurs administrés, y compris et plus particulièrement lorsque des chantiers d’envergure nationale s’imposent à leur territoire.
Dans cette veine, il est à rappeler que la loi organique relative aux collectivités territoriales, adoptée dans le cadre de la régionalisation avancée, confère aux élus locaux des prérogatives claires en matière de suivi des projets d’aménagement, de protection de l’environnement urbain et de médiation entre les citoyens et les maîtres d’ouvrage. Ces textes ne sont pas des ornements institutionnels; ils fondent une responsabilité réelle.
Toutefois, force est de constater que trop de conseils municipaux se positionnent en simples spectateurs des chantiers qui traversent leurs villes, comme si le caractère national des projets les dispensait de toute implication.
Mettre en place des commissions de suivi de chantier associant élus, riverains et représentants des entreprises adjudicataires, exiger des maîtres d’ouvrage des plans prévisionnels communiqués aux habitants, saisir les autorités compétentes en cas de violations des plages horaires autorisées et documenter systématiquement les impacts sur le tissu économique local en vue d’éventuelles compensations.
En fait, ce qui est vraiment frappant dans ce contexte marocain, c’est le gouffre béant entre la communication officielle et le ressenti populaire. D’un côté, des discours sur la modernisation, des images aériennes de routes rutilantes sur les chaînes nationales, de l’autre des habitants exaspérés, dont les plaintes sur les réseaux sociaux s’accumulent sans réponse institutionnelle…
Dans tous les cas, ce n’est point une fatalité. D’autres pays ayant organisé de grands événements sportifs ont su mettre en place des dispositifs de dialogue avec les riverains : des comités de suivi de chantier, des plages horaires strictement encadrées pour les travaux nocturnes, des numéros verts dédiés, des compensations financières pour les commerces impactés…
En somme, la Coupe du Monde 2030 sera jugée non seulement par la qualité des pelouses et des hôtels mais aussi par le rapport qu’aura entretenu ce chantier national avec la population qui le subit et le finance. Car un pays qui sait construire pour ses hôtes sans écraser ses propres habitants envoie un message bien plus fort…
Et il est encore temps de corriger le tir. Cela passe par des mesures concrètes, à savoir l’interdiction stricte des travaux bruyants entre 22 heures et 6 heures du matin, la création de cellules de médiation dans chaque ville concernée, la transparence parfaite sur les calendriers de chantiers accessibles aux citoyens et un fonds d’indemnisation pour les acteurs économiques de proximité lésés. En fait, ce ne sont pas des vœux pieux, ce sont des standards qu’un Maroc aspirant au rang de nation hôte de prestige se doit d’assurer…
Rachid Meftah










