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Pressions sur l'opposition syrienne pour laisser de côté le sort d'Assad

La délégation du régime rejoindra les négociations de Genève dimanche




L'opposition syrienne aux pourparlers de paix de l'ONU à Genève est soumise à de fortes pressions de la part de ses alliés pour qu'elle "gèle" sa demande de démission du président Bachar al-Assad, mais cette suggestion est loin de faire l'unanimité.
Pour la première fois, l'opposition a envoyé une délégation unique face aux négociateurs de Damas.
Mais cette apparente unité cache des divergences profondes sur le déroulement des négociations, en particulier autour du sort du président syrien.
Depuis le lancement début 2016 de ces pourparlers sous la houlette du médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, la situation a en outre complètement changé. Grâce à l'aide militaire et diplomatique de la Russie, le régime syrien a remporté plusieurs victoires contre les rebelles et les jihadistes, et se présente en position de force à Genève.
"La plupart des diplomates qui ont rendu visite à la délégation (de l'opposition) ont présenté la même demande: 'Vous devez être réalistes si vous voulez résoudre le conflit'", a confié à l'AFP un membre de l'opposition, sous couvert de l'anonymat. "Ils veulent qu'on gèle la demande de démission d'Assad, mais pas qu'on l'abandonne complètement", a-t-il précisé.
Le gouvernement syrien est prêt à accepter des élections sous la supervision de l'ONU, mais refuse de discuter du sort du chef de l'Etat.
A peine arrivé à Genève la semaine dernière, le négociateur en chef de l'opposition, Nasr Hariri, avait réitéré cette demande, déclenchant les foudres de Damas qui avait décidé de retarder d'un jour l'arrivée de sa délégation.
Avant de quitter la Suisse pour la pause du week-end, le négociateur de Damas, Bachar al-Jaafari, avait déclaré vendredi que "tant que l'autre partie tiendra ce langage (...) il n'y aura aucun progrès". Les pourparlers ont repris mardi, mais le régime a annoncé que sa délégation ne reviendra à Genève que le 10 décembre.
La demande des diplomates occidentaux est diversement appréciée au sein de l'opposition.
"Il y a de plus en plus de gens qui nous pressent d'accepter cette suggestion, mais les représentants des factions militaires et certains politiques y sont totalement opposés", a déclaré une source de l'opposition.
Mohammed Allouche, membre de la délégation et chef du groupe rebelle Armée de l'Islam, est l'un des tenants de la ligne dure.
"Notre position a toujours été qu'Assad devait partir au début de la période de transition", a-t-il expliqué à l'AFP. "Si certains veulent changer cette position, ils ne représentent qu'eux-mêmes."
Les experts ne cachent pas leur scepticisme.
"Je ne pense pas que l'opposition (...) puisse le faire et garder malgré tout un minimum de crédibilité aux yeux de millions de Syriens qui ont fait beaucoup de sacrifices dans la lutte contre le régime d'Assad", a estimé Randa Slim, experte à l'Institut du Moyen-Orient à Londres.
Mais l'opposition n'a plus beaucoup de marge de manœuvre après ses défaites sur le terrain.
En outre, ses soutiens traditionnels comme les Etats-Unis, la Turquie et l'Arabie Saoudite, ne semblent plus faire du départ du président Assad une condition préalable.
"Les alliés de l'opposition sont fatigués de ce conflit et veulent une solution. Le sentiment qui prévaut est qu'Assad a gagné ce round", a commenté Mme Slim.
L'opposition est également sous pression des Américains et des Européens pour inclure des représentants du Parti de l'Union démocratique kurde (PYD), principale formation kurde en Syrie.
Les Kurdes ont été un allié précieux des Américains en Syrie dans la lutte contre les jihadistes, mais l'opposition les considère avec suspicion en partie parce qu'ils n'ont jamais pris les armes contre le régime.
Les responsables kurdes affirment avoir reçu des Américains et des Russes l'assurance qu'aucun accord politique ne sera conclu sans eux.
Les Kurdes sont déjà invités au "Congrès du dialogue national" syrien que la Russie veut organiser au début de l'année prochaine à Sotchi, au bord de la mer Noire, avec des représentants de l'opposition et du régime.
L'opposition voit Sotchi comme une tentative de faire pression sur elle et de "contourner" le processus de Genève.
"La conférence va ouvrir la voie à un large dialogue entre tous les Syriens, alors que Genève se limite à une délégation gouvernementale et un groupe d'opposition qui ne représente pas tout le monde", a commenté une source proche du gouvernement.
"Sotchi va définir la solution politique qui sera ensuite présentée à Genève."
Par ailleurs, la délégation du régime va rejoindre dimanche les négociations sur la Syrie organisées par l'ONU à Genève, a annoncé jeudi le ministère syrien des Affaires étrangères.
"La délégation du gouvernement syrien arrivera dimanche à Genève pour participer au huitième round" des négociations, a annoncé une source au sein de ce ministère, citée par l'agence officielle Sana.
Selon cette source, la "délégation syrienne retournera (ensuite) à Damas le 15 décembre".

Vendredi 8 Décembre 2017

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