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Pourquoi l'Argentine ne peut pas payer sa dette ?


Jeudi 30 Janvier 2020

Pourquoi l'Argentine ne peut pas payer sa dette ?
Le nouveau président argentin ne cesse de le répéter: son pays a besoin de croissance pour pouvoir rembourser sa dette publique. Fort de cette directive, son ministre de l'Economie Martin Guzman s'est rendu cette semaine à New York pour négocier avec les créanciers privés et le FMI.
A peine deux mois après son arrivée, alléger la charge de la dette est une priorité pour le chef de l'Etat de centre gauche. Il espère parvenir à un accord avant le 31 mars, date à partir de laquelle le montant des échéances sera plus élevé.
La troisième économie d'Amérique latine, pays le plus endetté de la région, est en récession, son inflation a atteint 53,8% en 2019 tandis que le taux de pauvreté tourne autour de 40%.
L'Argentine a une dette totale de quelque 311 milliards de dollars, soit 91,6% du PIB, selon les derniers chiffres du ministère de l'Economie argentin, au 30 septembre 2019. Une projection du FMI faisait récemment état d'une dette totale de 335 milliards de dollars.
Sur ce total de 311 milliards, l'objectif est de refinancer la dette auprès de détenteurs d'obligations privés pour un montant de 121,9 milliards (35,9% du PIB) ainsi qu'avec les organismes bilatéraux et multilatéraux, pour 72,6 milliards (21,4%).
Le reste de la dette, soit 116,5 milliards (34,3%), est interne au secteur public argentin, notamment la Banque centrale, la Banque de la Nation Argentine et le système des retraites, qui refinance ses échéances et ne se retrouve donc pas en cessation de paiement, explique à l'AFP l'économiste Marina Dal Pogetto, du cabinet EcoGo.
En 2015, à l'arrivée du gouvernement libéral de Mauricio Macri, la dette publique argentine était de 240,6 milliards (52,6% du PIB).
Faute d'investissements étrangers suffisants, l'ancien chef de l'Etat a commencé à émettre de la dette jusqu'à ce qu'une hausse des taux d'intérêts aux Etats-Unis, à la mi-2018, n'éloigne les capitaux, entraînant une dévaluation et une hausse de l'inflation qui a poussé l'Argentine à demander l'aide du Fonds.
Le FMI a accordé un prêt de 57 milliards de dollars, dont seuls 44 ont été versés, le président Fernandez demandant à son arrivée l'arrêt des décaissements.
Le chef de l'Etat affirme que l'Argentine a besoin de résoudre rapidement le problème de sa dette. "L'idée c'est qu'on nous laisse l'opportunité de croître, de pouvoir exporter et réunir des dollars pour pouvoir payer", explique-t-il sans trop dévoiler son jeu.
"Nous sommes face à une négociation et nous devons donc faire attention et conserver certaines réserves", indique M. Fernandez. Un élément inquiète cependant: la dette de la province de Buenos Aires, qui s'élève à 250 millions de dollars, pourrait tomber en défaut si un accord n'est pas trouvé d'ici vendredi avec 75% des créanciers.
Si la dette de la province et du pays sont deux choses distinctes, un éventuel défaut serait du plus mauvais effet, selon les analystes.
L'économiste Marina Dal Pogetto estime que le niveau d'endettement du pays sud-américain est gérable.
"Il n'y a pas de surendettement, le problème de l'Argentine c'est ses antécédents", explique-t-elle à l'AFP, en référence au défaut de paiement de 2001, pour près de 100 milliards de dollars, le plus élevé de l'histoire.
"Aucun pays ne peut payer sa dette avec son flux de trésorerie, tous refinancement. Le gouvernement Macri a essayé de continuer à payer avec les réserves internationales jusqu'à un certain point, puis il a rééchelonné" une partie de sa dette. Les réserves de l'Argentine s'élèvent actuellement à 45 milliards de dollars.
Le Parlement argentin doit débuter cette semaine l'examen d'un projet de loi pour restructurer la dette publique du pays. Dans ce texte, il est "demandé que le pays améliore au moins deux des trois conditions suivantes: les délais, les taux d'intérêt et le montant du capital", avait précisé le ministre Martin Guzman.
Les échéances en 2020 équivalent à 34,3 milliards de dollars, dont 30 dépendent de la législation locale et 4,3 de législations étrangères, ce qui implique d'éventuels arbitrages par d'autres juridictions.
Selon le cabinet Capital Economics, Buenos Aires devrait demander l'annulation d'une partie de sa dette, contrairement aux premières déclarations de M. Fernandez assurant qu'il y aurait uniquement des reports.


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