Alex Pretti, infirmier d'un service de réanimation, est mort après une altercation samedi avec des agents fédéraux. Son décès vient aggraver une situation déjà tendue depuis celui de Renee Good, une Américaine tuée par balle le 7 janvier par un agent de l'ICE dans cette même ville.
Comme elle l'avait fait après la mort de Renee Good, l'administration Trump a aussitôt affirmé que l'homme s'apprêtait à mettre en danger les agents.
Malgré ces allégations et un appel au calme de la police locale, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés dans un parc de Minneapolis samedi soir, par un froid glacial.
Des rassemblements de protestation ou d'hommages à Alex Pretti ont également eu lieu dans plusieurs villes, de New York à Los Angeles. Dans la classe politique, les démocrates ont fait part de leur indignation, menaçant de bloquer le financement de l'Etat fédéral qui risque une nouvelle paralysie à la fin du mois.
Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, a réclamé que l'enquête soit chapeautée par les autorités locales, et non fédérales. "On ne peut pas se fier à l'Etat fédéral", a-t-il affirmé, avant d'accuser l'ICE de semer "le chaos et la violence".
Côté républicain, le sénateur de Louisiane Bill Cassidy a appelé à une enquête conjointe, locale et fédérale, sur cet événement "incroyablement perturbant", jugeant que "la crédibilité de l'ICE et du DHS (ministère américain de la Sécurité intérieure) sont en jeu".
Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux et dont l'authenticité a été confirmée par les autorités montre plusieurs agents avec des gilets siglés "Police" lutter pour amener une personne au sol, puis la frapper plusieurs fois. Un tir résonne, les agents s'écartent de l'homme allongé dans la rue, et tirent à plusieurs reprises sur lui.
"Au moins dix coups"
"Il était là pour se livrer à la violence", a déclaré à la presse la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, tandis que le conseiller de la Maison Blanche, Stephen Miller, a qualifié Alex Pretti d'"assassin", dans un message relayé par le vice-président JD Vance.
Dans un communiqué publié par les médias américains, les parents d'Alex Pretti ont accusé l'administration Trump de répandre "des mensonges écœurants" sur leur fils, "un être au grand cœur".
Selon le DHS, l'homme était armé d'un pistolet et avait "violemment résisté" avant qu'un agent "craignant pour sa vie" ne tire.
Sur X, le DHS a publié une photo de l'arme présumée.
Mais selon une analyse des images réalisée par le média d'investigation Bellingcat, "quelques instants avant que le premier coup ne soit tiré", on voit l'un des agents s'éloigner avec un pistolet semblable à l'arme montrée par le DHS.
Ensuite, "deux agents différents tirent manifestement avec leurs armes et au moins dix coups sont tirés au total", poursuit Bellingcat, "la plupart" alors que "l'homme était déjà allongé au sol immobile".
Le chef de la police de Minneapolis, Brian O'Hara, a indiqué qu'Alex Pretti habitait la ville, possédait un permis de port d'arme et n'était pas connu de la police.
Il a ajouté que les lieux n'avaient pu être sécurisés pour l'enquête, en raison de l'arrivée rapide de manifestants, rendant la "situation extrêmement imprévisible".
"Escalade"
"Le maire et le gouverneur poussent à l'insurrection avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse, et arrogante", a accusé sur sa plateforme Truth Social Donald Trump, appelant à laisser la police de l'immigration "faire son boulot".
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a appelé le président à mettre fin aux opérations de l'ICE dans sa ville et à "rétablir la paix".
La ville est sous tensions depuis la mort de Renee Good, devenue un symbole des excès dont est régulièrement accusée l'ICE.
Maria, une habitante de 56 ans rencontrée par l'AFP et qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, dit être venue "soutenir les gens qui manifestent pacifiquement" et leur apporter des chauffe-mains, alors que la température est descendue sous les -20°C.
Mais la situation est en pleine "escalade", les agents de l'ICE "attaquent et terrorisent" les habitants, affirme-t-elle.
"Ce qui se déroule dans notre pays est tout simplement obscène", a réagi, visiblement émue, l'actrice américaine Natalie Portman au festival de Sundance.
Vendredi, des milliers de personnes avaient déjà défilé dans le centre de Minneapolis pour protester contre les opérations antimigrants de l'ICE, au moment où les autorités américaines tentaient de calmer l'indignation provoquée par la détention d'un garçon de 5 ans.









