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Nos mineurs pullulent dans nos prisons

Le nombre des délinquants en herbe a augmenté de 80% en 5 ans




La délinquance juvénile va crescendo au Maroc.  Elle a enregistré une  hausse de 80% en cinq ans. En fait,  le nombre de mineurs en détention dans les prisons marocaines est passé de 846 personnes à 1.400 en 2017, selon des statistiques présentées mardi dernier à la Chambre des conseillers par le ministre des droits de l’Homme. Un chiffre qui demeure, cependant, incomplet puisqu’il n’inclut pas ceux qui sont détenus dans les centres de réforme et d’éducation dont le nombre s’élève à 6.000 mineurs.
La Délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion a également confirmé cette tendance à la hausse en indiquant que le taux des délinquants âgés de moins de 20 ans incarcérés dans les prisons marocaines  a augmenté de 55%  et celui des 18 ans de 140% dont 83% en détention préventive. La même source a aussi précisé qu’une grande majorité des 6.000 mineurs détenus sont issus de milieux sociaux et économiques marqués par la faiblesse du niveau d’instruction et de revenus des parents, par la déperdition scolaire et par l’augmentation du taux de récidive.
Des chiffres de l'Observatoire marocain des prisons datant de 2009 avaient indiqué que les mineurs constituent 10 à 12% de la population carcérale du Royaume. Par ailleurs, 20.750 enfants sont poursuivis par la justice, selon les Maisons de jeunes (données de 2010)
Ces mineurs sont souvent impliqués dans des affaires de mendicité, de prostitution, de vagabondage, de vol à la sauvette et de drogue. La mendicité et le vagabondage tiennent le haut du pavé. En 2006, 1.867 cas ont été recensés, soit 32,57% du total. Le vol qualifié avec recel, la consommation de drogues et le vol simple suivent avec plus de 700 cas pour chaque délit. Quant aux coups et blessures, ils occupent la cinquième position avec 516 cas représentant ainsi 9% du total des cas recensés. L’homicide volontaire concerne 402 cas (7%). La prostitution comptabilise 401 cas (6,99 %) et la vente illégale d’alcool et de tabac concerne 170 cas. Le viol avec dépucelage ainsi que la destruction de biens d’autrui viennent en dernière position avec moins de 100 cas pour chaque délit. Par répartition en tranches d’âge, ce sont les adolescents de 15 ans qui font foule dans les  centres de réforme et d’éducation suivis de ceux de 16 ans. Ils représentent respectivement 23,52 % et 20,45 %. En troisième position viennent les enfants de 14 ans qui représentent 10,9 %. En quatrième position, se trouvent les enfants âgés de 11 ans (10,6 %). Les 18 ans se placent, quant à eux, au cinquième rang avec 9 %. Ensuite, viennent respectivement les 13 ans, les 10 ans, les plus de 18 ans et enfin les 12 ans.
Certaines statistiques de la Direction nationale de la sûreté nationale ont précisé à ce propos que les jeunes délinquants ont commis  1.627 crimes en 2005 et 1.151 en 2006. Selon certaines statistiques non officielles, cinq délits sont commis quotidiennement par des mineurs. Les données de la police nationale et du ministère de la Justice et des Libertés précisent, quant à elles, que ces délits et crimes ont trait au  trafic et à la consommation de drogues, au vol, à la mendicité, aux homicides volontaires et au viol avec violence.
Comment peut-on expliquer cette situation ? Est-elle due à des facteurs socioéconomiques, éducatifs et culturels?
Pour le Comité onusien des droits de l’enfant (CRC), la hausse du nombre de jeunes délinquants trouve son explication ailleurs ; à savoir la défaillance du système judiciaire.  En effet, ledit comité a noté dans ses observations finales concernant les troisième et quatrième rapports périodiques du Maroc (2014) que le système judiciaire afférent aux mineurs demeure essentiellement répressif dans la mesure où les enfants sont soumis à de longues périodes de détention avant leur jugement et que le principe de la présence de conseillers à tous les stades de l’enquête préliminaire, y compris en cas de flagrant délit, n’est pas encore reconnu au Maroc.
Le CRC a également observé que le recours à des peines alternatives demeure rare et que la détention constitue, dans la plupart des cas, la première option choisie.
Pour sa part, le CNDH a constaté que l’application effective des lois souffre de nombreux dysfonctionnements par manque de moyens, de capacités et de supervision, entraînant fréquemment le recours au placement des enfants en institution de détention. Lequel est souvent injustifié et va à l’encontre de l’intérêt supérieur de l’enfant. Par ailleurs, les modalités de participation de ce dernier à la procédure judiciaire ne sont pas  conformes aux standards internationaux relatifs à la justice des mineurs.

Hassan Bentaleb
Jeudi 21 Juin 2018

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