Les atouts alléchants de l’hydrogène naturel

Contourner une dépendance technologique lourde et un coût élevé de production


Hassan Bentaleb
Jeudi 8 Janvier 2026

Le Maroc unit ses efforts à ceux des Emirats, d’Oman et de l’Arabie Saoudite dans un domaine encore inexploité

Les atouts alléchants de l’hydrogène naturel
« Le Maroc et les Emirats arabes unis occupent une position de premier plan dans le domaine de l’hydrogène naturel dans le monde arabe. L’année 2026 pourrait constituer un tournant décisif pour ces deux pays, notamment avec l’orientation effective vers le lancement des opérations de forage et d’exploration ». Telle est la conclusion d’une enquête récente menée par la plateforme spécialisée Energy Platform, basée à Washington. 
 
Le Maroc dans la course à l’hydrogène naturel
 
Selon cette enquête, « le Maroc a poursuivi ses avancées dans ce dossier. Le Royaume a accumulé un important capital d’études géologiques et géophysiques depuis 2018, ayant conduit à la confirmation de l’existence de flux naturels de gaz souterrains. Cette dynamique a été couronnée par l’annonce, en juillet 2025, de la société britannique Sound Energy, concernant la création d’une entreprise commune avec l’ONHYM (Office national des hydrocarbures et des mines) sous le nom de «Hy Morocco», détenue à parts égales (50% pour chaque partie), chargée de piloter les opérations d’exploration sur le territoire marocain».

Toujours selon la même source, « les données publiées par l’ONHYM indiquent que les évaluations du potentiel se poursuivent depuis la signature d’un accord exclusif avec la société suisse Hynat en 2021. Les campagnes de prospection de surface et sismiques ont débuté en décembre 2023, et les analyses chimiques ainsi que les isotopes gazeux ont montré qu’une part significative des flux d’hydrogène provient des profondeurs de la croûte terrestre, ce qui renforce les perspectives de production future et positionne le Maroc comme l’un des sites les plus prometteurs dans ce domaine ».

Du côté des EAU, « la Compagnie nationale de pétrole de Sharjah (SNOC) a officiellement annoncé, le 5 novembre 2025, sa coopération avec les sociétés Siemens Energy et Decahedron en vue de forer le premier puits d’exploration d’hydrogène naturel dans le monde arabe au cours de l’année 2026. Cette initiative vise à collecter des données sur les flux et à évaluer la rentabilité économique de la production, les études préliminaires ayant mis en évidence des indicateurs prometteurs quant à l’abondance de cette ressource dans le nord de l’émirat ».

« La compagnie a souligné que ce projet ne se limite pas à une simple initiative exploratoire, mais constitue le fondement d’une nouvelle industrie combinant géologie et technologies propres. Le forage prévu devrait permettre la constitution d’une base de données inédite dans la région, ouvrant la voie à une phase potentielle de production et à son utilisation pour l’alimentation des centres de données et des installations industrielles, ce qui renforcerait la sécurité énergétique et soutiendrait la transition nationale vers des sources à faibles émissions ».

Le Sultanat d’Oman a également connu des développements notables en 2025. Le port de Sohar et sa zone franche ont signé, le 28 juillet 2025, un protocole d’accord avec la société suisse Hynat visant à développer une chaîne de valeur intégrée de l’hydrogène naturel, allant de l’exploration et du levé géologique jusqu’au traitement et au stockage.

Des perspectives prometteuses pour l’hydrogène naturel s’annoncent également en Arabie Saoudite. Une étude publiée par le Centre du roi Abdallah pour les études et recherches pétrolières (KAPSARC) en novembre 2025 estime le coût de production entre 1,9 et 3,8 dollars par kilogramme, tout en confirmant l’existence de zones géologiquement favorables, notamment le bouclier arabique à l’ouest et au nord-ouest — riche en roches ophiolitiques propices à la génération d’hydrogène — ainsi que la faille de la mer Rouge et le bassin oriental.

Le rapport de la plateforme Energy conclut que l’année 2026 constituera un test concret pour l’émergence d’une industrie arabe de l’hydrogène naturel, fondée sur une ressource capable de réduire les émissions de carbone.
 
Un changement de paradigme énergétique discret
 
Pour plusieurs experts, l’élément central de ladite enquête n’est pas seulement l’hydrogène en tant que ressource, mais la nature même de cet hydrogène. Contrairement à l’hydrogène vert (coûteux, dépendant des renouvelables) ou bleu (lié au gaz fossile), l’hydrogène naturel change les données concernant deux piliers de la transition énergétique dominante, à savoir la dépendance technologique lourde et le coût élevé de production. « Sur le plan géopolitique, cela signifie qu’un pays capable de produire de l’hydrogène naturel à bas coût acquiert un avantage structurel durable, non seulement économique, mais aussi diplomatique. Du coup, certains pays arabes pourraient court-circuiter la trajectoire classique de la transition énergétique imposée par l’Europe et les grandes institutions internationales », soulignent les spécialistes.

Toujours selon nos interlocuteurs, « le cas marocain est particulièrement stratégique puisque le Royaume n’est ni producteur historique d’hydrocarbures, ni grande puissance énergétique ». Pourtant, « il se positionne comme laboratoire géologique et plateforme d’exploration pour une ressource d’avenir ».

« Sur le plan géopolitique, cela renforce trois dynamiques. D’abord, le partenariat asymétrique avec l’UE. Le Maroc devient un fournisseur potentiel de solutions climatiques européennes, ce qui accroît son poids diplomatique, mais risque aussi de renforcer une logique d’externalisation énergétique, comparable à celle observée dans la migration.

Ensuite, le rôle de “pays-interface”. Comme pour la migration, le Maroc absorbe les coûts initiaux (recherche, risques, incertitudes) pendant que les bénéfices futurs pourraient être captés par des marchés extérieurs. Et enfin la politique africaine, car si le Maroc devient producteur d’hydrogène naturel, il peut proposer des partenariats Sud–Sud, ou renforcer son leadership énergétique en Afrique de l’Ouest et au Sahel ».
 
Une recomposition des hiérarchies régionales
 
Sur un autre registre, les experts soutiennent que « l’entrée des EAU, d’Oman et de l’Arabie Saoudite dans le jeu révèle une course régionale ». Ils expliquent que « l’Arabie Saoudite ne peut pas se permettre d’être absente d’un nouveau secteur énergétique stratégique. Et qu’Oman mise sur sa position logistique pour devenir un hub de transit et de transformation ».

Cela annonce, toujours selon les spécialistes, une multiplication des pôles énergétiques, mais aussi une concurrence accrue pour attirer capitaux, expertise et reconnaissance internationale.

A ce propos, ils précisent que « le leadership énergétique ne repose plus uniquement sur la rente fossile, mais sur la capacité à maîtriser des ressources hybrides (géologie + technologie + diplomatie). Et c’est dans ce sens, qu’ils rappellent que les acteurs clés restent occidentaux (Siemens Energy, Hynat, Sound Energy) et que les pays arabes fournissent le sous-sol, pas encore les technologies critiques, en soulignant les risques d’« extractivisme vert » ». D’après eux, « les ressources sont exploitées au nom de la transition climatique, mais sans garanties claires de retombées sociales locales, ni débat public sur l’usage prioritaire de cette énergie ». « Géopolitiquement, cela peut reproduire une nouvelle division internationale du travail énergétique : le Sud fournit la ressource “propre”, le Nord capte la valeur ajoutée », concluent les experts.

Hassan Bentaleb


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