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Le rapport de la Cour des comptes met à nu les failles de la politique du gouvernement

L’USFP dénonce l’abîme entre le discours gouvernemental vantant l’avènement de l’Etat social et la réalité vécue par des millions de Marocains


Mourad Tabet
Mercredi 13 Mai 2026

Le rapport de la Cour des comptes met à nu les failles de la politique du gouvernement
C’est un réquisitoire sévère, méthodique et sans concession qu’a livré le Groupe socialiste-Opposition ittihadie lors d'une séance plénière tenue mardi à la Chambre des représentants consacrée à la discussion du rapport de la Cour des comptes 2024-2025.

 Loin d’être une simple formalité parlementaire, cette session a été érigée par l’USFP en tribune pour dénoncer, chiffres à l’appui, «l’abîme» entre le discours gouvernemental vantant l’avènement de l’«Etat social» et la réalité vécue par des millions de Marocains, marquée par la flambée des prix, la dégradation des services publics et des disparités territoriales béantes.

Protection sociale, un chantier Royal réduit à des «mesures de rafistolage»

Tout en réaffirmant son engagement constructif dans la mise en œuvre du vaste chantier de la protection sociale, impulsé par S.M le Roi Mohammed VI, le Groupe socialiste a étrillé une politique gouvernementale qu’il accuse d’en avoir dévoyé l’esprit. La critique centrale est édifiante: la majorité aurait réduit les objectifs structurants de cette réforme à «un ensemble de mesures de rafistolage et de politiques conjoncturelles».

S’appuyant sur le rapport de la Cour des comptes, l’opposition ittihadie a révélé une faille majeure, à savoir que près de 11 millions de  Marocains demeureraient hors de toute couverture effective. «Quel sens donner à ce chantier si plus de 30% de nos concitoyens restent privés de leur droit aux soins?», s’est interrogé le Groupe socialiste, pointant du doigt l’incapacité du gouvernement à corriger les défaillances dans le recouvrement des cotisations, un mécanisme pervers où l’arrêt du paiement suspend immédiatement le droit à la couverture sanitaire.

Plus inquiétant encore, le reste à charge pour les assurés demeure «élevé», oscillant entre 30 et 37% des coûts réels des soins en 2023 et 2024, avec des pics pour les maladies chroniques et onéreuses. La promesse d’un accès universel aux soins se heurte ainsi à la réalité d’une couverture qui protège mal les plus vulnérables.

Selon le Groupe socialiste, le rapport n'a pas seulement soulevé le problème de l'absence de justice sociale, il a également mis en lumière celui de l'absence de justice territoriale. Il a, en effet, confirmé que le véritable problème ne réside pas dans la faiblesse des ressources financières, mais dans la mauvaise gouvernance, dans la nature même des mécanismes de ciblage et dans la manière dont les priorités sont réparties, autant de responsabilités qui incombent directement à l’exécutif.

Dans ce cadre, la Cour des comptes a souligné un déséquilibre flagrant dans la distribution des crédits entre les secteurs, révélant que 71% de l'ensemble des crédits sont concentrés sur des projets de construction et d'aménagement de routes et de voies, face à des crédits limités pour les autres secteurs sociaux essentiels.
«Comment prétendre réduire les inégalités sociales quand l’éducation et les services sociaux essentiels sont relégués au second plan des priorités gouvernementales?», s’est insurgé le Groupe. Pour le Groupe socialiste, ce choix budgétaire démontre que l’«Etat social» n’est, dans l’action de l’Exécutif, qu’un slogan.

Stress hydrique, absence de boussole stratégique et  spectre de la privatisation

Le second volet de l’intervention du Groupe socialiste  a concerné un autre constat alarmant du rapport, à savoir l’absence de planification stratégique face à la crise de l’eau. Si les récentes pluies ont offert un répit historique, le rapport épingle l’absence d’une stratégie nationale claire et intégrée pour la mobilisation des ressources non conventionnelles, le flou institutionnel et la multiplication désordonnée des intervenants.
A cet égard, le Groupe parlementaire de l’USFP  a mis en garde contre deux dangers majeurs. D’une part, la marchandisation rampante de l’eau, l’exécutif misant sur les partenariats public-privé pour le dessalement sans un encadrement suffisant.

D’autre part, le Groupe socialiste a alerté «sur le risque que le problème du stress hydrique au Maroc ne se transforme en l'une des causes d'aggravation des inégalités sociales et territoriales. Le rapport de la Cour des comptes révèle en effet que le système actuel de tarification de l'eau potable n'est pas adapté au coût élevé du dessalement de l'eau de mer, et que ce dernier est très élevé comparé au tarif actuel de l'eau potable,  une situation qui engendre un déficit opérationnel de plusieurs centaines de millions de dirhams ».

Enfin, dans un développement révélateur d’une vision globale de la société, l’USFP a dénoncé la négligence de la culture. Le rapport constate un déficit abyssal: seulement 3,2 établissements culturels pour 100.000 habitants, un chiffre extrêmement éloigné des normes internationales en vigueur.
Pis encore, la répartition de ces établissements est limitée à un quart des collectivités territoriales, tandis que les zones rurales et semi-urbaines demeurent en dehors du champ de l'action culturelle publique.

Pour le Groupe socialiste, une telle carence, gérée avec «improvisation» par le gouvernement, est structurelle. «La culture n'est pas un luxe institutionnel, elle est le fondement de toute émancipation sociale et démocratique, et l'on ne peut bâtir une véritable société démocratique sans un niveau culturel élevé garantissant la conscience, la participation et l'ouverture. Chose impossible à concevoir sous un gouvernement libéral qui prétend   la modernité, mais qui est en réalité incapable de mettre en place des projets culturels viables, durables, et porteurs de créativité et d'encadrement au service de l'investissement dans le capital matériel et immatériel», a conclu le Groupe socialiste.

Mourad Tabet


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