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Trois passagers du navire de croisière MV Hondius sont morts lors d’une traversée de l’Atlantique, d’après la compagnie maritime « Oceawide Expéditions ». L’Agence onusienne a soupçonné un possible foyer de Hantavirus à bord, une infection pouvant provoquer un syndrome respiratoire aigu. Parti d’Ushuaïa, à la pointe australe de l’Argentine, à destination du Cap-Vert, le navire transportait quelque 150 touristes de 23 nationalités.
Qu’est-ce que le Hantavirus ?
Les Hantavirus forment une grande famille de virus présents sur tous les continents. Ils circulent principalement chez les rongeurs sauvages, en particulier les campagnols mais aussi, plus rarement chez d’autres animaux comme certaines chauves-souris, reptiles ou poissons.
Chaque Hantavirus est généralement associé à une espèce animale précise. Chez ces hôtes naturels, l’infection est le plus souvent symptomatique, mais ils peuvent transmettre le virus à l’être humain.
D’autre part, la létalité varie selon les régions et les espèces virales en cause et peut atteindre jusqu’à 50% des cas. A l’échelle mondiale, on estime qu’entre 10.000 et 100.000 cas surviennent chaque année, touchant principalement l’Asie et l’Europe.
Comment attrape-t-on ce virus ?
C’est précisément là que réside la grande différence avec le Covid-19. Ici, il n’y a pas de contamination entre personnes dans un café ou un bus bondé. Les Hantavirus se transmettent à l’être humain par l’intermédiaire de rongeurs sauvages infectés qui excrètent le virus par la salive, l’urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces animaux ou leurs déjections, ainsi que l’inhalation de poussière contaminée peuvent provoquer une infection.
"Ce qui doit absolument être dit au grand public, c'est que ce virus ne se transmet pas comme une grippe", explique Dr Redoine Oukid, anesthésiste-réanimateur. "On ne l'attrape pas en serrant la main de quelqu'un, en toussant, en prenant le métro. La contamination se fait quasi exclusivement par contact avec des rongeurs infectés — leurs excréments, leur urine, leur salive", souligne-t-il. Et d'ajouter: "La transmission interhumaine est extrêmement rare et ne concerne qu'une seule souche, le virus Andes, localisée en Amérique du Sud. Nous sommes très loin de cette réalité ici".
En fait, c’est celui qui nettoie une vieille grange, qui part en randonnée et doit séjourner dans un refuge mal entretenu, qui travaille dans les champs ou dans les forêts qui est le plus exposé. Car les activités à risque sont particulièrement le nettoyage d’espaces clos ou mal ventilés, l’agriculture, les travaux forestiers, ou encore le fait de dormir dans des endroits infestés de rongeurs.
Et le Maroc dans tout ce contexte ?
L’interrogation s’est posée avec une acuité particulière lorsque le Royaume du Maroc s’est retrouvé mêlé directement à cette « affaire » d’une manière pour le moins incongrue.
En effet, un avion d’évacuation sanitaire en provenance du Cap-Vert et à destination des Pays-Bas transportant deux patients suspectés d’être infectés par le Hantavirus, a été contraint de se dérouter après une panne du système d’isolement à bord. Le plan de vol initial prévoyait une escale de ravitaillement à Marrakech, mais les autorités marocaines ont refusé l’atterrissage. Elles ont opposé ce refus catégorique conformément aux mécanismes de vigilance sanitaire en place depuis la crise du Covid-19, un réflexe de précaution en fait, bien plus qu’une manifestation de panique.
Une décision qui a pu, par ailleurs, surprendre mais les experts en santé publique comprennent parfaitement. Mieux vaut une escale refusée que d’éventuelles contaminations dans le territoire national.
Pour autant, le Royaume du Maroc ne cède pas à l’affolement. Le directeur de la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé a été, là-dessus, catégorique et intransigeant…
"Soyons clairs : le Maroc n'est pas en danger. Le ministère de la Santé a évalué le risque à un niveau faible à très faible», nous explique Dr Redoine Oukid. «Ce n'est pas un discours rassurant de façade, c'est la réalité épidémiologique du terrain. Aucun cas n'a été détecté sur notre territoire, et les conditions de transmission du virus ne réunissent pas, dans notre contexte, les facteurs d'une propagation», ajoute-t-il.
Sur le terrain, les autorités territoriales de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima ont organisé, la semaine dernière, plusieurs réunions de sensibilisation consacrées au Hantavirus et à l’évolution de la situation épidémiologique mondiale et régionale. En fait, il s’agit d’une prudence géographiquement logique, cette région étant la plus proche du foyer européen et la mieux connectée aux flux de voyageurs venant d’Espagne.
A cet égard, Mouad Mrabet, coordinateur du Centre national des opérations d’urgence de santé publique, a souligné que les autorités sanitaires disposent des capacités nécessaires pour détecter rapidement d’éventuels cas suspects et assurer leur prise en charge.
Ainsi, à ce stade, aucun protocole spécifique n’a été instauré aux points d’entrée au territoire marocain. De fait, la surveillance est bien renforcée mais la vie continue normalement et sereinement.
Pour Dr Redoine Oukid, "il faut mettre les choses en perspective". «Le Maroc a traversé le Covid-19, il a géré des épisodes de grippe saisonnière, de dengue importée. Nos structures de santé publique ont démontré leur capacité de réponse", estime-t-il. «Aujourd'hui, les autorités sanitaires ont déjà renforcé la surveillance dans les ports et aéroports — non parce qu'il y a un danger, mais parce que c'est notre responsabilité d'anticiper», précise le spécialiste.
En somme, le Hantavirus n’est pas le Covid-19. Il ne se propage pas aisément entre humains. Et il ne s’attrape pas dans un supermarché ou un transport commun. Il provient de la nature, des rongeurs, des espaces ruraux et isolés.
Cependant, il nous rappelle une vérité que la pandémie a souligné avec cruauté : nous ne sommes jamais vraiment à l’abri. Un navire parti des glaces de l’Antarctique peut ramener avec lui, invisible dans ses soutes biologiques, un passager clandestin venu du fond des âges. Et ainsi transformer une croisière de rêve en cauchemar médiatique mondial !
La vigilance, sans hystérie ! La prudence sans paralysie ! C’est bien le message que les autorités sanitaires du Royaume du Maroc sont déterminées à faire passer en ce mois de mai 2026.
Comme le rappelle notre interlocuteur, "la prévention contre le Hantavirus, c'est du bon sens : ne pas manipuler les rongeurs, nettoyer avec précaution les greniers ou caves infestés en portant un masque, bien aérer». «Ce sont des mesures d'hygiène élémentaires, pas des protocoles de guerre biologique. Pour le citoyen marocain lambda, le risque zéro n'existe jamais en médecine, mais ici, on en est très proche», conclut Dr Redoine Oukid.
Rachid Meftah








