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Le chef du gouvernement plus attendu que jamais

Déconfinement ? Vu les modélisations du HCP, il vaut mieux pas




Le chef du gouvernement plus attendu que jamais
Le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, présenteraaujourd’hui, lundi 18 mai, les principales mesures qui seront prises au lendemain de la levée du confinementsanitairedevant les deux Chambres du Parlement.
Le chef de l’Exécutif s’exprimera lors d’une séance commune entre la Chambre des représentants et la Chambre des conseillers prévue cet après-midi, à la grande salle des plénières de la Chambre des représentants. Et ce, conformément aux dispositions de l'article 68 de la Constitution et aux mesures préventives prises par les organes des deux institutions législatives en la matière.
Cette séanceplénière offrira l’occasion de communiquer avec les députés et les conseillers et ,à travers eux, l’ensemble des citoyennes et citoyens sur les développements de la gestion du confinement sanitaire post-20 mai, avait annoncéSaâd Eddine El Othmani lors des travaux du Conseil de gouvernement tenujeudi 14 mai courant à Rabat.
A deux jours de la levée annoncée du confinement, le chef de l’Exécutif devraitainsi éclairer l’opinion publique sur sa stratégie et les mesures que compte prendre le gouvernement au sortir du confinement.
A propos dudéconfinement, rappelons que le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Ahmed Reda Chami, avait livré il y a trois semaines son avis sur les scénarios possibles pour sortir du confinement.
Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, l’ancien ministre proposait que soit levé le confinement pour tous à condition de continuer à porter le masque pour se préserver et préserver la santé des autres, derespecter la distance de sécurité, de bien se laver les mains, d’intensifier la prévention sanitaire dans les lieux de travail et les espaces publics et d’interdire les grands rassemblements.
Pour sa part, la présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach, a affirmé récemment qu’au lendemain de la levée du confinement,l’institution continuera à suivre l'application du traçage des contaminations au Covid-19.
Pas plus tard que samedi 16 mai, le Haut-commissariat au plan (HCP)a présenté une étude inédite intitulée « Pandémie Covid-19 dans le contexte national: Situation et scénarios » qui permet d’ores déjà d’y voir clairquant aux différents scénarios de déconfinement et leurs impacts éventuels sur la santé de lapopulation.
L’étude présente une ébauche descénarios de déconfinement avec un premier « scénario de référence d’évolution naturelle » présenté comme un cas d’école.
Comme le suggère son intitulé, ce scénario suppose une évolution naturelle de la pandémie sans aucune barrière qui s’étend ainsi à la majorité de la population jusqu’à ce qu’une immunité collective éventuelle soit acquise.
Selon les explications de l’institution publique, ce scenario théorique permet de mesurer les acquis des autres scenarios et « aboutirait à un pic de l’épidémie qui est atteint tôt avec un nombre très élevé de cas infectés induisant une forte pression sur le système sanitaire et un taux de létalité élevé ». Il se traduirait à terme par une contamination d’environ 80% de la population, si l’on en croit le Haut-commissaire.
Le deuxième scénario dit« tendanciel », fait référence au prolongement de la situation actuelle. Dans ce cas de figure, toutes mesures ayant été prisesmaintenues, « la simulation de la poursuite du confinement aurait abouti à un nombre total d’infectés cumulé à 7.800 cas vers le début de juillet et à un nombre d’infectés cumulé actifs aux alentours de 3.200 cas et une tendance dégressive vers un chiffre faible à fin juillet ».
Le vaccin n’étant pas encore mis au point et l’immunité communautaire n’étant pas acquise, le Haut-commissariat prévient que le virus continuera à se propager avec un risque de rebond.
Afin de parer à cette éventualité, le HCP préconise« des scénarios de déconfinement à impact économique et social positif » tout en veillant au contrôle ,d’une part, des risques de transmission et ,d’autre part,dela pression sur le système de santé national.
Dans le cas de « scénario de déconfinement généralisé », il est question d’envisager le déconfinement de l’ensemble de la population âgée de moins de 65 ans, non atteinte de maladie chronique (27,5 millions).
Une fois déclenché, « ce scénario suppose un nombre de 2.000 cas infectés actifs au moment du déconfinement », souligne le Haut-commissariat.Ce qui aboutirait à l’infection de 8% de la population en 100 jours et à un submergement du système sanitaire en 62 jours avec un taux d’hospitalisation de 10% des cas actifs.
Le « scénario de déconfinement large » a pour objectif d’ouvrir l’économie avec en même temps un retour progressif des activités sociales. Comme le souligne le HCP, il concerne la population active occupée âgée de moins de 65 ans et la population âgée de moins de 15 ans, non atteinte de maladie chronique (16,7 millions).
Dans ce cas de figure, 2.000 cas infectés actifs seraient recensés au moment du déconfinement, ce qui « augmenterait le nombre de contacts par jour des sujets infectés de 24% et par conséquent accroîtrait le nombre d’infections portant le R0 à 0,94 dans le cas du maintien des mesures d’autoprotection », selon les projections du Haut-commissariat.
Ce n’est pas tout. A en croire le HCP, « la simulation donnerait dans cette situation 31.663 cas confirmés positifs en 100 jours avec un pic de 3.200 cas infectés actifs. Ce qui se traduirait par un besoin maximal de 3.200 lits d’hospitalisation (100% d’hospitalisation), de 160 lits de réanimation (5% des infectés actifs) et aboutirait à 1.266 décès (4% des infectés cumulés) ».
A noter que dans le cas où les mesures d’autoprotection ne seraient pas appliquées, cela « aboutirait après 100 jours à un nombre d’infectés cumulés qui s’élèverait à plus de 844.000 cas ».
S’agissant du« scénario de déconfinement  restreint », qui a pour objectif d’ouvrir l’économie sans compromettre la population présentant un risque élevé de développer des complications vis-à-vis de cette maladie, les simulations du Haut-commissariat estiment le nombre de cas infectés actifs à 2.000 au moment du déconfinement.
« Ce scenario aboutirait à un niveau de 18.720 cas confirmés positifs cumulés en 100 jours avec un pic de 3.200 cas infectés actifs. Ce qui engendrerait un besoin maximal de 3.200 lits d’hospitalisation (100% d’hospitalisation des infectés actifs), et de 160 lits de réanimation (5% des infectés actifs) et aboutirait à 748 décès (4% des infectés cumulés), selon les estimations du HCP.
Dans le cas où les mesures d’autoprotection ne seraient pas appliquées, cela donnerait après 100 jours un nombre d’infectés cumulés qui s’élèverait à plus de 155.920 cas.
A noter que ce cas de figure suppose le déconfinementde la population engagée dans l’économie représentée par la population active occupée âgée de moins de 65 ans non atteinte de maladie chronique (7,9 millions).
Si cette étude paraît plutôt inédite dans les travaux traditionnels du HCP, l’institution pense que ses conclusions « doivent être considérées comme de simples indicateurs de tendances, utiles pour alerter l’opinion publique, provoquer les chercheurs et éventuellement éclairer les centres de décision ».

Alain Bouithy
Lundi 18 Mai 2020

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