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La piste irakienne privilégiée ? Les employés de la SAMIR attendent la reprise de l’activité de la raffinerie sur des charbons ardents




La SAMIR sera reprise par un consortium constitué de l’Etat irakien, de BB Energy et d’une autre société… Pas vrai.  Il n’y aura pas de repreneur, mais l’on n’arrête pas de spéculer sur l’identité du nouvel acquéreur potentiel de l’unique raffinerie du Maroc en arrêt depuis le début du mois d’août 2015. Aujourd’hui, on parle de nouveau d’une éventuelle acquisition ou gérance par un groupement  constitué d’entreprises irakiennes créancières de SAMIR BB Energy  épaulées, peut-être, par des entreprises marocaines. On évoque même des négociations qui auraient été menées dans ce sens avec le gouvernement marocain.   
« Nous avons entendu parler de cette offre en avril dernier mais nous n’avons rien vu de concret », nous a confié un cadre de l’entreprise. Et d’ajouter : « Certains affirment que ces informations proviennent du bureau du syndic. Mais rien n’est sûr ». En fait, une demi-douzaine d’experts irakiens a séjourné au Maroc  en avril dernier et visité les installations de la SAMIR. Pourtant, rien de concret n’en est sorti. Un rapport présenté par la commission technique irakienne a, en effet,  estimé que la raffinerie était trop ancienne et qu’elle a subi les effets de l'arrêt d'exploitation. Des constats qui ont poussé le ministère irakien du Pétrole et celui chargé des raffineries à abandonner tout projet d’investir dans la SAMIR et à rechercher d’autres pistes dans la région du Proche et Moyen-Orient.
Un retrait qui sera démenti quelques jours après par Assim Jihad, porte-parole du ministère irakien du Pétrole, qui a  infirmé l’assertion  faisant état du retrait de l'Irak du projet de rachat de la SAMIR. Ce dernier a déclaré que ces informations "sont fausses", et que "le ministère n'a pas émis de communiqué de démenti ou de clarification parce qu'il ne souhaite pas donner au sujet plus d'importance qu'il ne mérite, la source de cette information étant un média issu du Golfe".
Du côté marocain, des rumeurs ont fait état du refus de l’offre de Bagdad jugée inacceptable puisque les Irakiens ne comptent investir qu’entre 200 et 300 millions de dollars. Un montant destiné au fonctionnement et à l’exploitation de la raffinerie plus qu’à son acquisition.  Ceci d’autant plus que la décision de la justice concernant ce dossier stipule la cession de la raffinerie à un repreneur disposant des conditions nécessaires afin de garantir les droits des créanciers et des salariés.   
 Une confusion qui n’arrange en rien la situation  des 800 salariés sous contrats et des 3.500 employés indirects licenciés depuis l’arrêt de la raffinerie ; lesquels  revendiquent tous une reprise rapide de la production. Ceci d’autant plus que les salaires des titulaires continuent d’être uniquement prélevés sur les fonds propres de la société. Pis, ces salariés n’ont droit qu’à 50% de leurs salaires seulement du fait de la suppression des primes. En effet, ils ne perçoivent plus de primes de vacances, de scolarisation des enfants et de l’Aïd El Kébir. Et, cerise sur le gâteau, ils ne bénéficient plus d’une assurance maladie de qualité, les services de l’AMO ne correspondant pas à ceux offerts par l’assurance privée à laquelle ils  étaient affiliés auparavant. Mais le grand problème du personnel de la raffinerie demeure celui de la retraite puisque la CIMR continue  à opérer des ponctions à la source sur leurs salaires sans les comptabiliser pour autant. En fait, l’administration de cette caisse exige le paiement des arriérés de la SAMIR et, du coup, c’est le personnel qui en paie le prix puisqu’il se retrouve avec des prélèvements non comptabilisés qui s’étalent sur trois années. Une situation appelée à se dégrader davantage avec l’augmentation du nombre des retraités. D’autant que l’effectif de la raffinerie est en baisse et qu’une grande partie des salariés a atteint  l’âge de la retraite.
Face à cette situation, un Front national pour la sauvegarde de la SAMIR a été même constitué pour peser sur le débat concernant la cession de cette raffinerie.  Les fondateurs de ce front estiment que celui-ci représente l’ultime étape d’un long processus de militantisme.

La descente aux enfers d’un fleuron de l’industrie nationale

La SAMIR a été créée en 1959 par l'Etat marocain, représenté par le Bureau des études et des participations industrielles (BEPI) et l'Office italien des hydrocarbures (Ente Nazionale Idrocarburi (ENI)) en joint-venture avec la compagnie AGIP.
Ce projet a pu voir le jour notamment grâce à la volonté de l'industriel italien Enrico Mattei alors dirigeant d’ENI, qui a offert un partenariat à 50/50, très différent des formes de concession normalement proposées par les grandes compagnies pétrolières européennes plus proches du 15/85.
La SAMIR, alors seule raffinerie de pétrole au Maroc et l’une des principales raffineries d'Afrique, a une capacité de raffinage de 10 millions de tonnes par an et une capacité de stockage supérieure à 2 millions de m3.
En 1997, l'entreprise a été privatisée. Ce fut alors la plus importante privatisation menée au Maroc depuis 1993.
En 2014, alors que la SAMIR appartient à hauteur de 67,27 % à l'industriel saoudien d’origine éthiopienne Mohammed Al Amoudi à travers sa filiale marocaine, Corral Holding Maroc, elle annonce plus de 3,4 milliards de DH de pertes.
En août 2015, elle suspend une grande partie de ses activités et se trouve plongée dans une situation financière difficile. L’administration des douanes et impôts indirects initie une procédure de saisie pour recouvrer plus de 13 milliards de dirhams d’impayés (plus d’un milliard d’euros) alors que parallèlement, le cours en Bourse, qui a déjà perdu 47 % de sa valeur depuis janvier 2015, est suspendu. Au total, la SAMIR affiche un endettement d’environ 40 milliards de dirhams (3,7 milliards d’euros).
Al Amoudi espère alors que le roi d’Arabie Saoudite, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, alors en vacances d'été à Tanger, intervienne en sa faveur pour l'aider à éponger sa dette envers le gouvernement marocain (1,2 milliard d’euros). Le roi lui ayant ordonné de rembourser ses dettes, en pleine tourmente, Mohammed Al Amoudi quitte le Royaume du Maroc sans avoir payé les salaires de ses 950 salariés.
En mars 2016, le tribunal de commerce de Casablanca, se basant sur l'article 620 du Code du commerce, annonce sa liquidation judiciaire. Il autorise toutefois la société à continuer ses activités pendant trois mois.
Le 1er juin 2016, statuant en second ressort, les juges du tribunal de commerce de Casablanca annoncent la liquidation judiciaire, confirmant ainsi le précédent jugement de mars 2016.

Hassan Bentaleb
Mardi 7 Août 2018

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