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La Guardia civil sur la sellette

Le triste sort réservé à deux Yéménites par la gendarmerie espagnole suscite un tollé


Hassan Bentaleb
Dimanche 28 Novembre 2021

La Guardia civil (gendarmerie espagnole) est de nouveau sur la sellette. Trois de ses agents sont soupçonnés de “traitement dégradant” envers deux Yéménites, qui ont tenté d’entrer à Mellilia à la nage. Selon l’AMDH-section Nador, les deux migrants ont été tabassés et on leur a retiré leur combinaison de nage avant de les jeter dans la mer. Ce drame s’est soldé par la mort de l’un des deux migrants. « Les faits remontent à la nuit du samedi 20 novembre courant lorsque Ibrahim Mohamed et Moattasem Karem, deux demandeurs d’asile yéménites, ont tenté d’entrer à la nage à Mellilia avant d’être interceptés par trois éléments d’une Brigade spéciale relevant de la Guardia civil espagnole. A bord du zodiac de la Guardia civil, les deux Yéménites ont été victimes de coups de poing et de matraque avant qu’on les oblige à enlever leur combinaison de nage y compris les nageoires des pieds et de les jeter à la mer », nous a indiqué Omar Naji, vice-président de l’AMDH section Nador. Et de poursuivre : « Blessé et très fatigué, l’un des deux Yéménites était incapable de nager avant de se noyer devant les yeux de la Guardia civil. L’autre a réussi difficilement à rejoindre la digue principale du côté marocain où il fut arrêté par la police marocaine qui l’a relâché après avoir établi un PV". Un récit confirmé par la suite par la Marine du port de Béni Ensar qui a fait part de l'arrestation d'Ibrahim Mohamed par la police. Un certificat médical délivré au demandeur d'asile ayant survécu a attesté également de blessures crano- faciales, ecchymoses, céphalées, contusions corporelles au thorax et au dos avec des douleurs et un choc émotionnel. Pour notre interlocuteur, la violence a toujours été monnaie courante chez les agents de la Guardia civil, mais cette fois-ci, elle a dépassé les limites. « En effet, on n’arrive pas à comprendre comment des agents des forces de l’ordre peuvent retirer à ces deux Yéménites leurs combinaisons et les jeter dans les eaux froides. C’est du sadisme », nous a-t-il confié. Et de poursuivre : « D’autant plus que les deux hommes sont des demandeurs d’asile auxquels les autorités espagnoles se devaient de réserver un traitement compatible avec leur statut. A noter également que les entrées des migrants irréguliers à Sebta et Mellilia sont en chute et le nombre des Yéménites est très réduit ». En effet, les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile disposent de droits assurés par les conventions internationales, quels que soient la manière dont ils arrivent dans un pays et le but de leur déplacement. Ils bénéficient des mêmes droits que n’importe quel autre être humain, ainsi que de certaines protections spécifiques, notifiées notamment par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui dispose dans son article 14 : «Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays»; la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés (1951), qui interdit d’envoyer des réfugiés dans des pays où ils risquent d’être persécutés et la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille de 1990, qui protège les migrants et leurs familles. A noter également que le droit d’asile est consacré à l’article 18 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. L’article 19, quant à lui, interdit les expulsions collectives et dispose que nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un Etat où il existe un risque sérieux qu’il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d’autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. Pour Omar Naji, il s’agit bien d’un crime qui exige l’ouverture d’une enquête « sérieuse et de punir les responsables ». « Il y a les enregistrements des caméras nocturnes et il y a un certificat médical, s’il y a une vraie volonté de diligenter une enquête », nous a-t-il a indiqué. Et de préciser : « Mais je ne crois pas que les choses vont aller plus loin vu la politique européenne de migration fondée sur la sécurisation des frontières et qui tolère de plus en plus la violence contre les migrants ». Une tendance de plus en plus observée aux frontières européennes où des violations des droits humains sont rapportées par des médias ou des ONG. Selon ces dernières, les violences contre les exilés atteignent aujourd’hui un niveau inouï tout en précisant que les conditions de cette escalade ont été posées par les dirigeants européens depuis plusieurs années. Arrestation et placement en centre de rétention, impossibilité de déposer une demande d’asile, mauvais traitement et torture, expulsion collective,... tels sont aujourd’hui les grands traits du nouvel arsenal répressif entrepris pour surveiller les frontières avec un silence complice des institutions européennes qui demeurent muettes sur ces pratiques qui contreviennent aux conventions internationales et aux directives européennes régissant le droit d’asile. Pour eux, «la frontière définit un espace à risques [et] une zone vulnérable qui (…) peut déboucher sur un conflit» en paraphrasant Abdennour Benantar, maître de conférences, Université Paris 8. 



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