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Hooliganisme : Les polices britannique et russe font équipe avant le Mondial




Depuis un QG vidéo à 8 km du stade, des policiers britanniques épient les faits et gestes des supporteurs avant un match de Ligue des champions à Manchester. De quoi donner quelques idées à leurs homologues russes venus les observer en vue du Mondial-2018.
Le match oppose Manchester United au CSKA Moscou et a été classé à risque "moyen". Alors pour éviter tout problème, la police intervient avant même le coup d'envoi.
Grâce aux informations glanées par les caméras de surveillance, un groupe d'une soixantaine de personnes, très fortement soupçonné de vouloir "semer le désordre", est intercepté à sa descente du train, qu'il rependra, quelques instants plus tard, mais dans l'autre sens.
Environ 75.000 personnes doivent assister au match ce soir-là, dont 1.270 fans du CSKA. Mais aussi une délégation de responsables de sécurité russes dont la présence illustre la coopération entre les forces de l'ordre des deux pays.
Après avoir lutté pendant des décennies contre un hooliganisme qui ternissait l'image du football anglais, la police britannique dispose aujourd'hui d'une solide expérience qu'elle est prête à partager.
De quoi susciter l'intérêt des Russes qui, à quelques mois du Mondial, craignent une réédition des incidents de Marseille lors de l'Euro-2016, où des affrontements avaient opposé des supporteurs en marge d'Angleterre-Russie.
Et si les deux pays sont loin d'être sur la même longueur d'onde en matière de diplomatie, au moins peuvent-ils s'entendre sur ce point-là.
"C'est l'occasion d'établir des relations", explique à l'AFP Mark Roberts, le plus haut responsable de la police britannique en matière de football. "L'occasion de leur expliquer comment on gère les supporters anglais, comment on travaille".
"Après ce qui s'est passé à Marseille (...) il y a clairement un risque" pour le prochain Mondial, souligne-t-il.
Au Royaume-Uni, la violence a largement disparu des stades grâce à un cocktail de vidéosurveillance, d'encadrement, de renseignement et d'interdictions de stade.
Mais la police a également "beaucoup progressé" dans son approche psychologique, explique John O'Hare, de la police de Manchester.
"Avant nous traitions les supporteurs comme des criminels, voire parfois comme des animaux. Maintenant, on a compris que la grande majorité d'entre eux sont des individus tout à fait respectables", dit-il. "C'est ce que nous essayons de montrer (aux Russes): un style et une philosophie policière différente".
Les Britanniques aussi apprennent de leurs homologues russes. En 2017, une équipe de la police britannique s'est rendue à Moscou, et elle sera également présente pendant le Mondial.
Histoire de préparer le terrain, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Alan Duncan a rencontré récemment son homologue russe Vladimir Titov, tandis que l'ambassade britannique en Russie a mené une mission d'inspection des villes-hôtes.
Parallèlement, le gouvernement britannique mène une campagne de sensibilisation auprès des quelque 20.000 supporteurs anglais attendus en Russie.
Mark Roberts espère qu'ils sauront "prendre conscience du fait qu'ils se trouveront dans une culture différente", mais aussi que les autorités russes s'inspireront des méthodes britanniques.
Pour avoir constaté par lui-même l'amélioration des techniques de la police britannique, Andy Mitten, rédacteur en chef du fanzine de Manchester United, se réjouit de voir les Russes apprendre à leurs côtés.
Selon lui, les craintes de violence lors du Mondial sont "exagérées". D'autant, souligne-t-il, que les autorités russes ont pris les devants en musclant leur arsenal de lutte contre les hooligans.
"Ils savent que s'il y a des incidents liés au hooliganisme, ce sera remarqué, et que ça laissera une marque noire sur l'image de la Russie", estime Andy Mitten. Reste que les souvenirs des scènes de violence à Marseille sont toujours vivaces, alimentés par les tabloïds britanniques mettant en garde contre des hooligans russes qui seraient... "assoiffés de sang".
"C'est clairement quelque chose que nous avons à l'esprit", confie Danny Kay, un supporteur britannique de 27 ans. Et la police russe "a mauvaise réputation", dit-il. Les supporteurs russes préfèrent eux faire preuve d'optimisme. "C'est sans danger. Les gens sont très amicaux et je pense que tout ira bien", croit Angelika Chelysheva, une Moscovite de 27 ans.
Ce soir-là, Manchester United l'emporte 2-1 contre le CSKA. Pas de problème particulier dans les tribunes, ni autour. "La préparation, c'est la clé du succès", résume l'inspecteur en chef Andy Sutcliffe.

Libé
Lundi 18 Décembre 2017

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