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Il semble fortement réticent aux approches paresseuses qui cherchent à susciter un rire opportuniste. Un objectif vital anime les créateurs de comédie depuis l'époque des Grecs: se rapprocher autant que possible du réalisme et réussir le processus d’imitation, ce qui exige un haut niveau de crédibilité, notamment dans la création des personnages, a indiqué El Fad, qui était, samedi, l’invité du Salon international de l’édition et du livre à Rabat (SIEL), lors d’une rencontre animée par le journaliste Abdellah Tourabi.
Cette approche théâtrale place la création du profil du personnage au cœur de la production artistique. Les spectateurs se souviennent de Kabour, Hilamane et Lahbib, et identifient des modèles humains vivants qui leur ressemblent, d’une manière ou d’une autre, dans la famille, le quartier ou le village, comme l’a relevé M. Tourabi. Cela se produit lorsque l’artiste fournit l’effort nécessaire pour doter le personnage d’une référence culturelle et sociale claire et cadrée, d’une expression corporelle distinctive et d’un registre lexical propre.
Ces éléments se conjuguent pour conférer à la scène un caractère réaliste et permettre l’identification du public avec le personnage. Il s’agit d’un laboratoire très rigoureux dans l’exécution et la complémentarité des éléments. Dans ce sens, El Fad critique fermement ceux qui confondent comédie et farce, soulignant que "la comédie est un acte très sérieux… et très rigoureux".
Cette rencontre intervient en prélude à la signature de deux ouvrages collectifs publiés par l’Université Cadi Ayyad autour du projet artistique de Hassan El Fad, issus d’une journée d’étude organisée auparavant. Il s’agit de «La mémoire, la société et le sacré dans le projet comique de Hassan El Fad» (en arabe) et «Le projet comique de Hassan El Fad… regards croisés» (en français).
La production artistique proposée par Hassan El Fad a mérité d’intégrer le champ de l’intérêt scientifique et de l’examen critique académique, d’autant plus que l’artiste travaille avec les mêmes outils narratifs qui façonnent les univers du conte, du roman et du film. Seuls le mode et le lieu de diffusion imposent certaines adaptations.
Il explique qu’il s’agit de la même intrigue dans l’écriture, la création des personnages et le développement des événements, mais que le lieu de diffusion impose une ligne éditoriale à caractère plutôt familial.
Avec l’émergence des réseaux sociaux, le scénario ne se termine plus avec la diffusion et le visionnage, mais peut devenir une matière d’écriture renouvelée. Le contenu comique interagit avec son environnement social, et certaines répliques peuvent sortir de leur contexte pour circuler sur les plateformes sociales, leurs significations se multiplient et leur effet dans la production du rire se prolonge.
Le spectateur est un scénariste, selon l’expression de Hassan El Fad, qui revient sur ses débuts avec le "one man show" à la fin des années 90. Il ne reste pas un simple spectateur passif, mais intervient activement dans la production et l’ajustement des espaces de rire dans la première version. Entre Casablanca, Fès et Marrakech, l’interaction varie et la représentation artistique prend la couleur du lieu et du goût de son public.
Il n’est pas aisé de cerner le projet de Hassan El Fad, cet artiste dont les personnages croisent plusieurs compétences culturelles et artistiques, entre musique, théâtre et écriture narrative (non publiée). D’où la nécessité, selon Abdelaziz Sabti, coordinateur du "projet comique de Hassan El Fad… regards croisés", de mobiliser les contributions de chercheurs en psychologie, en sociologie et en analyse littéraire afin d’élaborer une approche pluridisciplinaire. "Ils ont Coluche en France et Atkinson “Mr. Bean” en Grande-Bretagne, pourquoi n’aurions-nous pas un artiste bénéficiant de l’accompagnement critique qu’il mérite?", s’interroge le chercheur.
Hassan El Fad est ainsi devenu une composante de la culture marocaine, puisqu’il a réussi, selon le coordinateur de « La mémoire, la société et le sacré dans le projet comique de Hassan El Fad », à résumer la mémoire collective en capsules de trois minutes, proposant des modèles et des situations qui composent le quotidien des Marocains, aussi bien en milieu urbain que rural.
Depuis près de trois décennies, le projet de Hassan El Fad se poursuit dans la production d’une comédie à l’esprit marocain authentique et à la capacité de dialoguer avec l’intelligence collective. À la campagne, au cœur de la ville ou à sa périphérie, les espaces dramatiques varient dans les choix de l’artiste, mais un dénominateur commun demeure : un regard attentif qui saisit le paradoxe et les apparences des relations comme leur profondeur, une écriture exigeante dans la création de situations et de personnages, et le pari d’un rire qui grandit à chaque nouveau visionnage, avec une capacité à diriger des équipes de générations successives.
Par Nizar Lafraoui (MAP)








