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- Un écart entre planification et mise en œuvre
« A l’inverse, révèle-t-il, les filières éolienne et hydraulique ont enregistré des performances relativement meilleures, en partie en raison de la maturité technologique de ces secteurs et d’une complexité moindre en matière de financement et de montage contractuel, comparativement au solaire thermodynamique ».
2. La primauté de la capacité installée sur la production effective
L’une des principales limites de la politique énergétique marocaine, expliquent les juges de la Cour des comptes, « réside dans l’accent excessif mis sur les indicateurs de capacité installée, au détriment de la production réelle d’électricité. Ainsi, bien que la part des énergies renouvelables dans le mix électrique ait atteint environ 45% en 2024, leur contribution effective à la production n’a pas dépassé 26,7%. Cet écart structurel met en évidence les limites d’un développement des renouvelables non accompagné d’investissements suffisants dans le stockage de l’énergie, la flexibilité du réseau et l’optimisation du facteur de charge ».
«La nature intermittente de ces énergies, conjuguée au retard de mise en service de certaines infrastructures stratégiques – telles que la station de transfert d’énergie par pompage «Abdelmoumen» ou l’arrêt prolongé de la centrale Noor III – a réduit leur rendement effectif et renforcé, de facto, la dépendance aux énergies fossiles », soulignent-ils.
3. Une intégration industrielle et un transfert technologique limités
Malgré un discours officiel axé sur le «positionnement industriel» et la «souveraineté énergétique», les résultats en matière d’intégration industrielle demeurent modestes, notamment dans les projets solaires thermodynamiques. « L’intégration locale s’est principalement limitée à des activités à faible valeur ajoutée (génie civil, montage, câblage), sans véritable transfert de technologie ni développement substantiel de compétences nationales », indique le rapport. Et de préciser : « La fermeture, en 2023, de l’usine de fabrication de turbines éoliennes de Tanger illustre la fragilité de cette stratégie industrielle et l’absence d’une vision cohérente de long terme articulant la demande nationale, la politique industrielle et les choix de partenariats technologiques ».
4. Un impact socio-économique en deçà des attentes
Sur le plan social, bien que les projets d’énergies renouvelables aient permis la création de milliers d’emplois durant les phases de construction, ces emplois restent majoritairement temporaires et faiblement pérennes. « En revanche, le nombre d’emplois permanents demeure limité au regard des volumes d’investissement engagés. De plus, les retombées sur le développement local restent ponctuelles et ne se traduisent pas par des dynamiques économiques durables dans les territoires d’implantation », note le rapport.
5. Une politique ambitieuse mais inachevée
Il serait réducteur de nier les acquis du Maroc en matière d’énergies renouvelables, notamment son positionnement à l’échelle africaine. « Néanmoins, note le rapport, la politique actuelle s’apparente davantage à un succès technique partiel qu’à une transition énergétique globale. L’absence d’articulation forte entre la politique énergétique, la politique industrielle, la recherche scientifique et les dispositifs de formation limite la portée stratégique de ces projets ».
Le document en question met également en évidence que le principal frein au développement des énergies renouvelables n’est pas seulement technique, mais aussi financier et institutionnel. L’absence de mécanismes efficaces de derisking restreint fortement l’engagement du secteur privé, pourtant indispensable pour atteindre des objectifs énergétiques ambitieux. Cela traduit une dépendance persistante à l’investissement public et aux bailleurs internationaux.
Il y a aussi la question du cadre juridique en transition, mais peu opérationnel. En effet et bien que des avancées législatives soient reconnues, la lenteur de leur mise en œuvre fragilise la impact réel. Cette situation crée une incertitude réglementaire, peu propice à l’investissement, et révèle un décalage classique entre production normative et capacités administratives d’exécution.
L’absence d’une entité indépendante pour le transport de l’électricité freine la transparence, la concurrence et l’efficacité du marché. Le renforcement du contrôle apparaît ici comme une solution transitoire, mais insuffisante à long terme. Sans parler des coûts élevés et des déficits d’exploitation des projets solaires concentrés (CSP) qui montrent les limites économiques de certaines options technologiques, surtout face à la baisse rapide des coûts du photovoltaïque. Cela pose la question de l’arbitrage stratégique entre souveraineté énergétique, innovation technologique et viabilité financière.
Enfin, l’évolution des infrastructures de stockage et l’adaptation aux innovations technologiques constituent des signaux encourageants. Toutefois, ces avancées restent dépendantes d’un cadre institutionnel plus cohérent et de mécanismes financiers plus robustes.
Pour plusieurs experts, « l’expérience marocaine en matière d’énergies renouvelables montre que l’ambition politique, à elle seule, ne suffit pas à opérer une transition énergétique effective ». « La réussite de cette transition suppose une amélioration substantielle de la gouvernance, un renforcement de la coordination institutionnelle, des investissements accrus dans le stockage et l’innovation, ainsi qu’un ancrage clair des projets renouvelables dans des objectifs sociaux, territoriaux et industriels, au-delà d’une logique strictement quantitative fondée sur les capacités installées », concluent-ils.
Hassan Bentaleb










