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Docs du foot : Malbouffe et nuits blanches, cauchemars des staffs médicaux




On ne propose pas aux joueurs de foot que des causeries tactiques ou des soins médicaux de pointe, mais aussi... des cours de cuisine! A Lyon, le Dr Emmanuel Orhant voulait ainsi préserver les joueurs de la malbouffe, aussi menaçante pour leur santé que les nuits blanches.
"J'ai aussi utilisé des chefs à domicile pour livrer des repas à des jeunes joueurs qui mangeaient n'importe quoi, kebab, hamburgers...", se souvient l'actuel directeur du centre médical de Clairefontaine. Car nutrition et sommeil sont essentiels dans la prévention des blessures.
Récemment, c'est l'alimentation d'Ousmane Dembélé (20 ans) qui a été stigmatisée au FC Barcelone, alors qu'il revenait d'une longue blessure à la cuisse gauche. "Dembélé et beaucoup d'autres joueurs recrutent des personnes de confiance, des nutritionnistes qui les aident", a dit son entraîneur Ernesto Valverde, tandis que l'entourage du joueur, interrogé dans France Football, démentait tout problème d'hygiène de vie.
A Lyon, où il a officié de 2008 à 2017, Emmanuel Orhant reconnaît avoir "fliqué" certains jeunes joueurs, portés sur les fast-foods. "C'était pesée quotidienne et calcul de leur masse grasse très régulièrement. Je me souviens du cas d'un joueur qui est parti à Lille depuis. Il faisait n'importe quoi. Pour lui faire comprendre les choses, il était retiré de l'entraînement pendant une semaine, il ne faisait que du footing avec un préparateur physique et plus de foot".
Globalement le Championnat de France reste en retard en matière de diététique, à entendre le spécialiste Michel Martino, qui travaille pour le Toulouse FC depuis 2016. "En Angleterre, en Italie, en Espagne, ils sont très en avance, il y a des diététiciens dans tous les clubs, parfois deux par club. Dans la plupart des clubs de Ligue 1, ça va être le kiné, le médecin ou le préparateur physique qui essayent de s'en charger".
Ce diététicien-nutritionniste fournit des plans alimentaires aux Toulousains: un pour les jours d'entraînement, un autre pour la veille du match et un troisième pour le jour J. "Le carburant principal de chaque sportif, ce sont les glucides (les pâtes, le riz, les pommes de terre). Après, c'est sûr que l'apprentissage, c'est plus les fruits et les légumes, souvent un peu mis de côté", raconte-t-il. "Globalement la société surconsomme des protéines (viande, poisson, oeufs, jambons) et on se retrouve parfois avec des joueurs de foot qui consomment les mêmes quantités qu'un bodybuilder, à tort".
Pour éviter les soucis, de plus en plus de clubs organisent au moins deux repas en leur sein, petit-déjeuner et déjeuner. Sans pour autant vouloir tout contrôler. "On autorise un repas plaisir par semaine. Ça fait du bien à la tête, ça permet de lâcher. En général, c'est plutôt après les matches et ce n'est pas non plus l'orgie", dit Michel Martino.
L'autre problème récurrent est le manque de sommeil. Emmanuel Orhant, le directeur du centre médical de Clairefontaine, parle de "l'addiction aux séries TV" avec certains sportifs qui "bouffent quatre ou cinq épisodes de 50 minutes dans la nuit. Et puis, les tweets et les réseaux sociaux sur les portables. Il y en a toujours un qui ne dort pas".
A l'AS Monaco, on a fait intervenir un spécialiste du sommeil, le professeur François Duforez.
Chez les sélections de jeunes, on est aussi bien conscient du danger, qui à l'instar de la malbouffe, n'est pas propre au monde du football. "Il faut les surveiller parce qu'effectivement de nouveaux rythmes de vie se sont imposés", témoigne Ludovic Batelli, l'ancien sélectionneur de l'équipe de France des moins de vingt ans. Pour récupérer de leur courte nuit, certains jeunes font "de grosses siestes l'après-midi de trois ou quatre heures. Du coup, c'est compliqué pour s'endormir le soir. C'est un cercle vicieux. Ils n'ont pas les cycles qu'il faudrait". A la Coupe du Monde des moins de vingt ans en Corée du Sud, le technicien exigeait de ses joueurs qu'ils regagnent leurs chambres "entre 23H00 et 23H30 au plus tard. Après, je ne peux pas demander au staff de les surveiller des nuits entières. Moi je suis entraîneur, je ne suis pas flic. C'est à chaque garçon de voir ce qu'il a envie de faire de sa carrière ou de faire pendant un tournoi".

Samedi 31 Mars 2018

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