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Des milliers de palmiers partent en fumée

Définir les responsabilités plutôt que charger le seul changement climatique


Un autre été catastrophique dans les oasis du Sud du Maroc. Un feu ravageur a dévoré vendredi dernier 7.000 palmiers au Douar Ifra relevant de la commune d’Agdaz à Zagora, soit une superficie de 45 hectares. Et pas plus tard que mercredi dernier, plus de 200 palmiers ont été ravagés par le feu à Douar Hadan (commune de Tanzoulin).

Il n’y a pas que le changement climatique à incriminer
« Les causes de ces feux n’ont pas été identifiées. Mais deux éléments expliquent cette situation : la sécheresse et l’indifférence des responsables locaux », nous a affirmé Jamal Akchbabe, président de l'Association des amis de l'environnement à Zagora (AAEZ). Et de poursuivre : «En effet, la sécheresse perdure dans la région depuis 2014 et cela a fortement affecté les ressources hydriques souterraines et celles superficielles. A noter également la hausse du taux d’évaporation estimé à 1.500 ml et l’épuisement de la nappe phréatique à cause de la culture de la pastèque. Aujourd’hui, les palmiers ne jouent plus leur rôle en tant que facteur d’humidité, ce qui aggrave la situation davantage. Mais, ces mutations climatiques ne sont pas les seules responsables de la dégradation de la situation dans la région, il y a également et surtout l'absence d'une approche intégrée qui prend en compte, d’un côté, ces changements ainsi que l'importance des oasis en tant que patrimoine écologique à vocation économique et sociale à forte dimension culturelle, et qui œuvre, de l’autre, à faire mûrir les conditions réelles aptes à protéger et à développer ces oasis. Bref, toutes les conditions objectives pour l’éclatement de feux de cette ampleur sont réunies».

Silence radio
Pour notre interlocuteur, ce qui vient de se passer est un crime et un scandale qui révèlent une mauvaise gestion caractérisée par la confusion, l'improvisation et beaucoup d’attente chez les responsables chargés de ce dossier et à tous les niveaux. «Nous avons alerté, il y a trois mois, l’opinion publique nationale sur la gravité de la situation au sein des oasis. Nous avons également demandé de déclarer la province de Zagora comme zone sinistrée. Mais, malheureusement, cette demande est restée lettre morte», nous a-t-il informé. Et de poursuivre : «Ceci d’autant plus que les responsables de l'Agence de développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), les services du ministère de l'Agriculture, l'Agence du Bassin du Draa et les élus de la région n’ont pas jugé utile de bouger le petit doigt pour mettre un terme à ce drame qui menace les oasis du Draa et qui conduira inévitablement à leur disparition, avec de graves conséquences pour la région économiquement, socialement, écologiquement et culturellement». Notre source se demande pourquoi il y a un tel silence. «L’année dernière, de sévères incendies se sont produits en été détruisant des centaines d’hectares qui font partie des richesses naturelles du Maroc. En effet et en quelques mois, le feu a touché les oasis de Mazgata, Afala O’ndra, Douar Malal et Taranata où 6.000 hectares ont été consumés par l’incendie. Mais, surprise, aucune enquête administrative ou judiciaire n’a été diligentée pour élucider les causes de ces incendies. Il n’y a même pas eu de débat concernant ce sujet ou de programme de sensibilisation ou de communication. Ce qui en dit long sur l’intérêt et la place accordés au patrimoine naturel national », nous a-t-elle confié. Une aberration, selon le président de l’AAEZ, puisque Greenpeace a déjà alerté des années auparavant sur le risque de disparition de ces oasis à cause du réchauffement climatique, de la hausse des températures et de leur impact sur les ressources en eau et, en conséquence, sur les activités agricoles spécifiques à ces zones.

Un avenir incertain
Selon l’ONG, les périodes de sécheresse sont de plus en plus longues, avec des fréquences passant «d’une fois tous les cinq ans à une fois tous les deux ans». «Notre dépendance aux énergies fossiles comme source principale d’électricité a réchauffé la Terre, ce qui fait que ces oasis ont vécu des changements fondamentaux dans leur écosystème», indique l’antenne MENA de l’ONG. «Ce dont les oasis marocaines sont témoins est un exemple des effets du changement climatique dans le monde, de la disparition de civilisations et de peuples ainsi que de la déperdition de zones naturelles importantes pour l’équilibre environnemental», ajoute la même source. Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural, de l’Eau et des Forêts a révélé que les deux tiers environ des habitats de l’oasis marocaine ont disparu au cours du siècle dernier, et ce processus s’est accéléré lors des dernières décennies, avec des températures en augmentation sensible. «Le pire dans cette affaire, c’est qu’au-delà de la destruction d’un héritage et d’un patrimoine humain et civilisationnel, il y a le sort incertain de centaines de paysans qui vont certainement payer le prix fort de ces feux. En effet, ces derniers auraient pour conséquence directe une hausse des taux de la pauvreté et de la misère chez les paysans, ce qui les forcerait inévitablement à l'exode vers les villes pour vendre leur force de travail et survivre dans des conditions précaires », a conclu Jamal Akchbabe. 

Hassan Bentaleb
Lundi 19 Juillet 2021

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