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Départs individuels ou maturité institutionnelle ?

Ce que révèle réellement la dynamique de l’USFP


Mohamed Assouali
Mardi 24 Février 2026

Départs individuels ou maturité institutionnelle ?
Derrière le bruit, une bataille de récits

A chaque départ d’un militant politique, l’emballement médiatique s’installe. Les mots “fragilité”, “recomposition”, voire “déclin” circulent avec une rapidité qui précède toute analyse. Comme si l’existence d’un parti se réduisait au déplacement d’un nom.
Mais un parti politique est-il une somme d’itinéraires individuels ou une construction institutionnelle inscrite dans l’histoire et dans le temps long ? Pourquoi l’adhésion passe-t-elle sous silence, alors que le départ devient immédiatement un indicateur supposé de crise ?
L’Union socialiste des forces populaires ne repose pas sur des individualités
interchangeables. Elle repose sur une architecture institutionnelle consolidée par des congrès réguliers, des instances élues, une implantation territoriale
réelle et une culture militante façonnée par des décennies de lutte démocratique
Cette asymétrie n’est pas neutre. Elle participe d’une bataille de récits où l’émotion remplace l’analyse et où l’instantané supplante la lecture structurelle. C’est précisément cette confusion qu’il convient de dissiper.

La liberté politique n’est pas un symptôme institutionnel

Dans toute démocratie digne de ce nom, la liberté d’adhérer ou de quitter une formation politique constitue un droit fondamental. Elle relève d’un choix personnel qui ne peut être ni diabolisé ni instrumentalisé.

Un militant peut considérer que son parcours doit évoluer. Ce choix lui appartient. Il ne saurait être transformé en diagnostic collectif ni en signal systémique.
L’Union socialiste des forces populaires ne repose pas sur des individualités interchangeables. Elle repose sur une architecture institutionnelle consolidée par des congrès réguliers, des instances élues, une implantation territoriale réelle et une culture militante façonnée par des décennies de lutte démocratique.

La solidité d’un parti ne se mesure pas aux fluctuations individuelles, mais à la permanence de son cap, à la cohérence de son projet et à sa capacité à intégrer le pluralisme interne sans se fragmenter. Or, cette capacité à durer renvoie à une variable essentielle : la maîtrise du temps politique.

Le temps de la construction face à la tentation de l’accélération

Toute organisation structurée fonctionne selon une temporalité exigeante. La progression y est cumulative, encadrée, fondée sur l’expérience et la responsabilité.
A l’approche des échéances électorales, les ambitions se tendent. Les calculs se multiplient. Certains peuvent être tentés par l’accélération stratégique, par la recherche de visibilité immédiate ou par des repositionnements rapides.

Ce phénomène n’est ni exceptionnel ni dramatique. Il est inhérent à la compétition politique. Ce qui serait préoccupant, en revanche, serait la perte de cohérence structurelle.
Or l’histoire de l’Union socialiste montre exactement l’inverse. Les phases de tension ont souvent été des moments de clarification idéologique et de consolidation organisationnelle. La résilience ne se proclame pas : elle s’éprouve dans la continuité.
Un parti mature ne se définit pas par l’absence de mouvements internes, mais par sa capacité à les absorber sans altérer sa trajectoire. Mais limiter l’analyse à ceux qui partent serait encore incomplet.
L’Union socialiste n’est ni une plateforme opportuniste ni une organisation conjoncturelle. Elle est une institution politique structurée, capable d’assumer le débat interne sans céder à la fragmentation
Ce que l’on omet: la dynamique d’adhésion et de renouvellement

Le regard médiatique privilégie le spectaculaire. Il néglige le travail silencieux. Or les structures locales et sectorielles se renforcent. De jeunes cadres, des femmes engagées, des profils issus de différents horizons professionnels rejoignent les instances territoriales. Les débats internes se structurent. Les réunions se multiplient. La formation politique s’approfondit.

Le douzième Congrès national de l’USFP a marqué une étape de consolidation : renouvellement maîtrisé des instances, articulation entre expérience militante et génération montante, clarification des priorités politiques. Un parti qui organise sa relève, structure sa transmission et prépare l’avenir ne peut être réduit à une lecture conjoncturelle.
Cette dynamique organisationnelle ne prend toutefois tout son sens que si elle s’inscrit dans une perspective stratégique claire.

La véritable ligne de fracture : le projet politique

La question fondamentale n’est pas organisationnelle. Elle est stratégique.
Quelle lecture des déséquilibres économiques et sociaux? Quelle réponse aux inégalités territoriales ? Quelle conception du rôle de l’Etat face à la montée des logiques de concentration du pouvoir ?
Le séminaire consacré au développement équitable a illustré la profondeur du débat interne : réforme fiscale, justice sociale, protection sociale, école publique, investissement productif, régulation économique. La dynamique actuelle vise la structuration d’une alternative crédible, articulant justice sociale, responsabilité budgétaire et renforcement institutionnel.
C’est sur ce terrain que se mesure la maturité d’un parti d’opposition. Non dans la trajectoire individuelle de ses membres.

Défendre la cohésion, défendre le pluralisme

L’Union socialiste n’est ni une plateforme opportuniste ni une organisation conjoncturelle. Elle est une institution politique structurée, capable d’assumer le débat interne sans céder à la fragmentation. Le bruit médiatique produit des impressions. La continuité produit de la crédibilité.

Réduire un parti d’opposition organisé à quelques mouvements individuels revient à affaiblir le pluralisme démocratique. Or dans un contexte marqué par la concentration du pouvoir et la tentation de marginaliser les contre-pouvoirs, fragiliser l’opposition organisée revient à appauvrir le débat public.

La question décisive n’est donc pas : qui part ? La question est : qui assume la responsabilité de construire, dans la durée, une alternative politique structurée et cohérente pour le pays ? C’est à cette exigence que répond la dynamique actuelle.

Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial à Tétouan

Mohamed Assouali
Mardi 24 Février 2026

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