Libération

Le Japon lève les barrières à l'exportation d'armes, un revirement historique


Libé
Mercredi 22 Avril 2026

Le Japon a levé mardi les dernières barrières à l'exportation d'armes en vigueur depuis des décennies, changement historique ouvrant la voie à la vente d'armes létales par ce pays à la constitution pacifiste depuis la Deuxième guerre mondiale.

Cet abandon de la politique d'autolimitation des exportations d'armes que Tokyo s'était imposée fera entrer pleinement l'archipel sur le marché international de l'industrie de défense, mais inquiète une opinion publique attachée au pacifisme.

"Grâce à cette révision partielle (des règles), il est possible, en principe, d'autoriser le transfert d'équipements de défense, y compris tous les produits finis", a déclaré le porte-parole du gouvernement nippon, Minoru Kihara.
Le changement a été entériné par le gouvernement et le Conseil de sécurité nationale, selon l'agence de presse Kyodo.

La Première ministre Sanae Takaichi en poste depuis octobre, aux positions ultra-nationalistes, en avait fait un marqueur: selon elle, cela permettra à l'archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l'industrie d'armement pour en faire un moteur économique.
Ces nouvelles règles s'inscrivent dans l'assouplissement progressif de l'interdiction générale d'exportation instaurée en 1976.

Par le passé, le Japon exportait munitions et matériel militaire, notamment durant la guerre de Corée dans les années 1950, mais il avait ensuite adopté une interdiction conditionnelle des exportations d'armes en 1967, puis une interdiction totale une décennie plus tard.

Ces dernières décennies, Tokyo a consenti des exceptions, avant d'ouvrir la voie en 2014 aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux (sauvetage, transport, alerte, surveillance, déminage).
Selon ses partisans, cette révision permettra d'intégrer davantage le pays à la chaîne d'approvisionnement internationale dont il dépend.
Et ainsi renforcer les liens défensifs, diplomatiques et économiques avec les nations partenaires, dans un contexte d'instabilité régionale croissante face au renforcement militaire de la Chine et aux menaces de la Corée du Nord.
"Aucun pays ne peut préserver sa paix et sa sécurité par ses seules forces: en matière d'équipements de défense, il faut des nations partenaires capables de s'appuyer mutuellement", a fait valoir Mme Takaichi mardi sur X.
La Chine a d'ailleurs vivement réagi mardi, se disant "très inquiète" et assurant qu'elle résistera "fermement" à une "militarisation inconsidérée" du Japon.
Heigo Sato, expert en questions de défense à l'université Takushoku, a indiqué à l'AFP que le Japon devait mettre en place "un système assurant la fluidité des échanges d'armes et de munitions" entre alliés --pour accroître ses chances de recevoir de l'aide en cas de conflit.

Lorsque l'Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes face à la Russie, le Japon s'était abstenu d'envoyer des armements, fournissant seulement gilets pare-balles et véhicules.
L'activiste pacifiste Koji Sugihara déplore "un tournant historique", jugeant que la réputation pacifiste du Japon avait, par le passé, favorisé ses relations diplomatiques et commerciales.
"Les gens ne veulent pas que des produits fabriqués au Japon soient utilisés pour tuer des personnes dans des pays étrangers", déclare-t-il à l'AFP.
Selon un sondage réalisé en mars par la télévision NHK, 53% des Japonais s'opposaient au changement sur les exportations d'armes, seulement 32% l'approuvant.

"Natif d'Hiroshima, j'ai grandi imprégné de l'importance de la paix (...) j'espère que le Japon, seul pays frappé par l'arme nucléaire, continuera de maintenir le renoncement aux armes et l'opposition à la guerre", a déclaré mardi Junichi Kikuta, travailleur indépendant de 56 ans, croisé à Tokyo.

Ses critiques accusent Sanae Takaichi de porter atteinte au pacifisme résolu de la nation: la constitution adoptée après-guerre par l'archipel limite ses capacités militaires à des mesures défensives.
"Notre attachement à la voie et aux principes fondamentaux que nous suivons depuis plus de 80 ans en tant que nation pacifiste demeure absolument inchangé", a tenté de rassurer Mme Takaichi mardi, promettant "des examens au cas par cas rigoureux".

Cinq groupes japonais (Mitsubishi Heavy Industries, Kawasaki Heavy Industries, Fujitsu, Mitsubishi Electric, NEC) figurent déjà dans les 100 premières entreprises mondiales d'armement et de défense en termes de revenus, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
Les flux mondiaux d'armes ont augmenté de près de 10% au cours des cinq dernières années, l'Europe ayant plus que triplé ses importations --avec l'achat d'armes pour l'Ukraine et en réaction à la menace perçue de la Russie, selon un récent rapport du Sipri.

Des responsables talibans attendus à Bruxelles avant l'été pour parler du renvoi d'Afghans 
Des  responsables talibans sont attendus à Bruxelles avant l'été pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l'Afghanistan, a appris l'AFP de sources concordantes.

Cette visite, coordonnée par la Commission européenne et plusieurs Etats membres, fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan, portant sur le même sujet.
"Il y a cette idée de les inviter avant l'été" a indiqué une source diplomatique à l'AFP, précisant qu'il s'agirait d'une délégation au niveau "technique". Aucune lettre d'invitation n'a toutefois été encore officiellement transmise par la Commission aux autorités talibanes.

Portés par une volonté commune de durcir leurs politiques migratoires, une vingtaine de pays de l'UE explorent comment renvoyer des migrants, et particulièrement ceux condamnés par la justice, vers l'Afghanistan.

Cette visite était initialement prévue fin mars et devrait désormais se dérouler au cours des prochaines semaines, a appris l'AFP, confirmant une information de Euractiv. Elle pose toutefois une avalanche de questions pratiques et éthiques.

D'abord parce qu'elle implique de dialoguer avec les responsables talibans, au pouvoir depuis 2021, mais que l'Union européenne ne reconnaît pas officiellement.
Pour entrer en Belgique, pays hôte des institutions européennes, ces responsables talibans devraient donc se voir accorder des exemptions -- ce que les autorités belges seraient en théorie prêtes à faire, même si cette demande ne leur a pas encore été adressée.

Ensuite, parce que l'Afghanistan est déjà confronté à une grave crise humanitaire. Depuis 2023, plus de cinq millions d'Afghans sont rentrés d'Iran et du Pakistan, le plus souvent de manière forcée. Selon les organisations internationales, la majorité d'entre eux vit dans une grande précarité, sans logement durable ni emploi.
L'entourage de la ministre de l'Intérieur belge, Anneleen Van Bossuyt, très actif sur ce dossier selon certaines sources, n'a pas réagi aux sollicitations répétées de l'AFP.
En 2025, les Afghans étaient encore - de loin - la nationalité la plus représentée parmi les demandes d'asile dans l'UE.

Mais après avoir accompagné des centaines de milliers d'entre eux durant la guerre qui a déchiré leur pays pendant des décennies, le Vieux continent met désormais un frein à l'accueil. Et commence à parler de comment les renvoyer en Afghanistan - au grand dam des ONG.
Pionnière en la matière, l'Allemagne a déjà brisé ce tabou en procédant, depuis 2024, à l'expulsion groupée d'une centaine d'Afghans, qui avaient tous été condamnés par la justice, via des vols charters facilités par le Qatar.

L'Autriche lui a depuis emboîté le pas.
Et nombre d'autres Etats membres de l'UE, dont la Belgique ou la Suède, cherchent désormais à suivre ces exemples, vivement plébiscités par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.
Des responsables européens se sont déjà rendus en Afghanistan par deux fois, en février 2025 puis en janvier dernier, pour des "missions exploratoires".

Les Européens "se renseignent sur les vols, sur la capacité d'accueil de l'aéroport de Kaboul, ils discutent avec les talibans de ce qu'il adviendrait des gens renvoyés", selon une source directement impliquée dans ces discussions.


Lu 196 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dossiers du weekend | Actualité | Spécial élections | Les cancres de la campagne | Libé + Eté | Spécial Eté | Rétrospective 2010 | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | USFP | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Chronique | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif | RETROSPECTIVE 2020 | RETROSPECTIVE ECO 2020 | RETROSPECTIVE USFP 2020 | RETROSPECTIVE SPORT 2020 | RETROSPECTIVE CULTURE 2020 | RETROSPECTIVE SOCIETE 2020 | RETROSPECTIVE MONDE 2020 | Videos USFP | Economie_Zoom | TVLibe



Flux RSS