Cette usine, annoncée en août 2025, doit à terme produire quelque trois millions de tonnes d'engrais chaque année. Cela en fera, selon les autorités éthiopiennes, l'un des cinq plus grands complexes au monde de production d'urée, composant des engrais azotés.
Le pays d'Afrique de l'Est, le 2e le plus peuplé du continent après le Nigeria, dépend actuellement des importations - notamment des pays du Golfe ou de la Russie - pour ses approvisionnements en engrais, dont les cours se sont dernièrement envolés avec le blocage du détroit d'Ormuz. Un tiers des engrais mondiaux y transite habituellement.
En février, avant le conflit au Moyen-Orient et jusqu'à récemment, l'Ethiopie, géant d'environ 130 millions d'habitants, achetait la tonne d'engrais "moins de 400 dollars" mais "le mois dernier, c'était 850", a souligné Aliko Dangote, estimant cette situation "intenable".
Désormais, "nous (Africains) ne voulons dépendre de personne" et cette usine va "transformer le secteur agricole en Ethiopie", a-t-il poursuivi.
Située à Gode, dans l'Etat régional Somali, à environ 700 km de la capitale Addis Abeba, l'usine sera terminée d'ici 30 mois, a assuré, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, présent aux côtés d'Aliko Dangote, en affirmant défendre la "sécurité alimentaire" de son pays.
Car, selon la Banque mondiale, "les prix des engrais devraient augmenter de 31 % en 2026, tirés par une envolée de 60 % des prix de l'urée. Les engrais n'auront jamais été aussi peu abordables depuis 2022, érodant les revenus des agriculteurs et menaçant les rendements agricoles à venir".
Selon le Programme alimentaire mondial, ces difficultés d'approvisionnement pourraient plonger jusqu'à 45 millions de personnes supplémentaires dans une situation d'insécurité alimentaire aiguë cette année.
Cette future usine représente un investissement de 2,5 milliards de dollars, avec un pacte d'actionnaire qui attribue 40% des parts à l'Ethiopie et 60% au groupe Dangote.
En Ethiopie, géant enclavé de la Corne de l'Afrique, plus de 70% de la population vit de l'agriculture, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018, a affiché la volonté de moderniser l'économie éthiopienne, encore très largement étatisée, et d'ouvrir le pays aux capitaux étrangers.
Aliko Dangote, classé en 2026 par le magazine Forbes "homme le plus riche d'Afrique" pour la 15e année consécutive, est à la tête d'un conglomérat actif dans le ciment, le sucre ou les engrais.
Son groupe a ouvert en 2024 la plus grande raffinerie d'Afrique au Nigeria, premier producteur africain de pétrole, qui importait jusque-là l'essentiel de ses besoins en carburant.








