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Affaire des vaccins

Des médicaments périmés en circulation


Larbi Bouhamida
Vendredi 19 Décembre 2008

Affaire des vaccins
La ministre de la Santé, Yasmina Baddou, a finalement ordonné une enquête sur l’affaire des bébés victimes d’une grave infection suite à leur vaccination dans un dispensaire casablancais. Il s’agit de l’affaire des médicaments périmés utilisés dans certains établissements hospitaliers du Royaume et, particulièrement, au Centre hospitalier Ibnou Rochd à Casablanca. 
La ministre de la Santé, Yasmina Baddou, a finalement ordonné une enquête sur l’affaire des bébés victimes d’une grave infection suite à leur vaccination dans un dispensaire casablancais.
Des doutes raisonnés sur la date de péremption desdits vaccins avaient commencé à défrayer la chronique, boostés notamment par des déclarations des parents des victimes dont le nombre s’élèverait à une vingtaine. Une affaire qui n’est pas sans rappeler une autre qui a été mise sous le boisseau malgré les multiples dénonciations dont elle a été l’objet et malgré le fait qu’elle ait été soulevée par les juges de la Cour des comptes. Il s’agit de l’affaire des médicaments périmés utilisés dans certains établissements hospitaliers du Royaume et, particulièrement, au Centre hospitalier Ibnou Rochd à Casablanca.
Dans son rapport annuel 2007, la Cour avait relevé, à ce propos, que « des médicaments périmés sont administrés aux patients ... au niveau du service de psychiatrie » de cet hôpital. Entre autres, le «Haloperidol, périmé depuis le 1er septembre 2006, mais qui continuait à être administré aux malades le 11 octobre 2006». Elle a également mis en relief l’absence de traçabilité pour la consommation des médicaments. «L’utilisation des médicaments au niveau des services hospitaliers n’est pas totalement maîtrisée. Aucun registre permettant d’identifier les malades bénéficiaires n’est tenu. Ce qui rend difficile de justifier les sorties de médicaments. C’est le cas par exemple de la pharmacie du service de chirurgie viscérale (pavillon I) où des sorties non justifiées de médicaments ont été observées », précise la Cour des comptes. Ce à quoi les responsables de l’hôpital ont répondu de manière que d’aucuns ont estimée déplacée.
Dans sa lettre aux juges, le directeur de ce CHU, qui est lui-même un praticien chevronné, a cherché à disculper ses services en suggérant l’innocuité de pareilles substances chimiques. «Le professeur de pharmacologie de l’hôpital a assuré qu’on peut utiliser ces médicaments trois mois après leur péremption sans risque pour les patients », a-t-il affirmé, pince-sans-rire. Ce que ni les spécialistes, ni monsieur-tout-le-monde ne peuvent admettre. Les médicaments périmés sont, en effet, de véritables dangers pour les consommateurs et constituent une menace dangereuse pour la santé des populations. Cet état de fait est dramatique et remet donc en cause les efforts longtemps entrepris pour une bonne prise en charge de certaines pathologies. Un médicament périmé signifie qu’il n’a plus la capacité d’agir sur l’organisme pour venir à bout de la maladie. Cette capacité perdue, le médicament devient un poison pour l’organisme. Ce que confirme le Centre régional d’information sur le médicament du CHU de Rennes (France), qui rappelle que le fait de «dépasser la date de péremption d’un médicament fait courir deux types de risques : l’inefficacité (la concentration en principe actif diminue avec le temps) et la toxicité (le médicament s’est dégradé en composés à l’origine d’effets indésirables ou toxiques)». De plus, «la date de péremption est calculée dans des conditions normales de conservation : un endroit frais, sec et à l’abri de la lumière». Un médicament s’altère donc plus vite s’il est conservé autrement, étant entendu que «la date de péremption n’est valable que pour un produit non entamé». Les experts, conclut le Centre, sont unanimes : «Tous les produits périmés, ou douteux, doivent être détruits ».
Prétendre que ces substances ne sont pas nocives est donc non seulement illogique, mais aussi irresponsable. Dans le cas d’espèce, le ministère de tutelle porte une responsabilité dont il ne peut se départager. Il devrait donc l’assumer en ordonnant l’ouverture d’une enquête impartiale et indépendante pour connaître les causes véritables et délimiter la chaîne de responsabilités qui a été à l’origine de cette utilisation de médicaments périmés par les établissements hospitaliers publics et le nombre de victimes qu’elle aurait causé. 



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