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​Des enfants en conflit avec la loi à Essaouira

Nombre d’actes criminels commis par des mineurs demeurent impunis




​Des enfants en conflit avec la loi à Essaouira
«Nous avons livré deux mineurs impliqués dans une affaire de vol qualifié à la Cour d‘appel de Safi pour comparaître devant le procureur général du Roi. Ce dernier les  a aussitôt relâchés et confiés à leurs parents. A notre grande surprise à la sortie du tribunal,  ils nous ont demandé avec effronterie, de les embarquer à Essaouira ! », nous avait confié un officier de police à Essaouira quelques années auparavant.
La semaine écoulée, des mineurs impliqués dans une série de vols qualifiés de plusieurs villas et riads à Essaouira ont été à leur tour relâchés par le procureur du Roi et confiés à leurs parents. Abstraction faite du volet juridique de cette décision, elle bafoue les efforts déployés par les services de la police judiciaire pendant plusieurs semaines en vue  de mettre fin aux actes criminels de cette bande, certes composée de mineurs, mais organisée et très dangereuse. N’ayant pas encore acquis leurs cartes d’identité nationale, il n’est pas toujours évident d’identifier les mineurs, auteurs d’actes de vol et d’agression.
L’affaire de cambriolage de plusieurs villas récemment résolue par la PJ d’Essaouira démontre clairement l’aspect critique de la criminalité des mineurs à Essaouira et ailleurs. Surtout quand un membre de cette bande a déjà atteint l’âge de 17 ans et qu’il récidive pour la troisième fois !
 «L’aspect le plus dangereux dans ce dossier, c’est que les mineurs impliqués dans des actes de vol organisé perfectionnent leurs opérations au fur et à mesure. A chaque fois qu’ils sont appréhendés et relâchés, ils s’ingénient à trouver d’autres astuces pour ne pas tomber dans les filets de la police», s’inquiète un citoyen.
Pour l’appareil judiciaire, il ne s’agit plus de mineurs délinquants, mais de «mineurs en conflit avec la loi». Une position qui rime avec le concept de «justice amie de l’enfant» fortement plaidé par les défenseurs des droits des enfants confrontés à la justice, qu’ils soient témoins, victimes, plaignants ou transgresseurs de la loi. 
D’après l’article 40 du traité des droits des enfants, la gestion des cas des mineurs qui ont violé la loi, doit respecter la dignité et  la vulnérabilité des enfants afin de favoriser leur réintégration dans la société. Un ensemble de mesures est à prévoir  en vue de les protéger et leur assurer une justice respectueuse de leurs spécificités et leurs droits.
D’après Noureddine Cherckaoui, membre du barreau des avocats de Safi, le procureur du Roi est tenu de déférer les enfants en infraction avec la loi devant le juge des mineurs. Ce dernier décide de la suite selon la gravité des actes et les spécificités des cas. 
La situation des mineurs incarcérés ou en garde à vue dans les centres de protection de l’enfance n’a cessé d’inquiéter les défenseurs des droits des enfants. Une étude réalisée par le Conseil national des droits de l’Homme avait dévoilé les dangers qui guettent les enfants dans ces centres. D’après ledit rapport, les enfants en situation difficile ou en conflit avec la loi sont enfermés dans ces centres sans distinction (âge et motif d’enfermement). L’étude juge la situation dans ces centres de critique et non conforme aux critères du traité de protection des droits des enfants en matière d’infrastructures de base, encadrement, conditions de vie, sécurité, rééducation. 
Un constat qui exige de repenser les mesures répressives et les approches à adopter avec ces mineurs  en vue de les rééduquer et les réintégrer tout en protégeant la société de leurs dérives.
« Il faut faire la différence entre un enfant qui commet un forfait pour la première fois et un autre âgé de 17 ans qui devient récidiviste. D’autre part, on ne peut pas se contenter de relâcher les enfants sans aucun programme de suivi et d’accompagnement. Autrement, ils risquent de perfectionner leur intelligence criminelle dans l’impunité totale», a conclu un acteur associatif. 

Abdelali Khallad
Vendredi 24 Avril 2015

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