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Vizcarra, le populaire président anticorruption renversé pour corruption


Le chef de l'Etat péruvien a conforté sa popularité par son intransigeance face au Parlement



Le président péruvien Martin Vizcarra, destitué lundi, avait fait de la lutte contre la corruption son principal cheval de bataille, à contre-courant de la classe politique locale, avant de chuter luimême pour des accusations de potsde-vin qu'il a "catégoriquement" niées. M. Vizcarra, 57 ans, un ingénieur austère, avait succédé en mars 2018 à Pedro Pablo Kuczynski, démissionnaire à la suite d'un scandale de corruption autour du géant brésilien du BTP Odebrecht, alors qu'il se trouvait, lui-même, sous la menace d'une procédure de destitution. M. Vizcarra a pour sa part été destitué à la suite d'accusations sur de présumés pots-de-vin perçus en 2014 en échange de contrats pour des travaux publics alors qu'il était gouverneur de la région de Moquegua, située au sud de Lima. Une précédente procédure de destitution motivée par d'autres accusations de corruption, il y a un mois et demi, avait échoué. Perçu comme un pragmatique, M. Vizcarra, un homme grand et sec, avait fait figure d'exception à son arrivée à la tête du Pérou, n'entretenant aucun lien avec les milieux d'affaires, ni les partis politiques traditionnels. Au fil de ses trente-deux mois à la tête du pays andin de 33 millions d'habitants, le chef de l'Etat a conforté sa popularité par son intransigeance à l'égard du Parlement, à l'inverse de ses prédécesseurs, et par sa croisade anti-corruption. "Nous serons très fermes dans la lutte contre la corruption et contre toutes ces actions qui sont contraires à la loi", avait-il déclaré lors de sa prise de fonctions le 23 mars 2018. Moins d'un an plus tard, les Péruviens ont approuvé massivement par référendum trois réformes constitutionnelles anti-corruption proposées par le président, dont l'interdiction de réélire les membres actuels du Parlement en 2021. Plus de trois Péruviens sur quatre souhaitaient son maintien au pouvoir, selon divers enquêtes d'opinion. Mais le bras de fer n'a jamais cessé avec les parlementaires. Le 30 septembre 2019, le président avait dissout le Parlement et annoncé des élections législatives anticipées, après que les députés avaient rejeté un vote de confiance sur le mode de nomination de juges au Tribunal constitutionnel, une querelle qui empoisonne la vie politique péruvienne depuis des années. Le Parlement avait riposté en votant la suspension pour un an du président. Mais les chefs militaires, la police et des gouverneurs régionaux ont soutenu le chef de l'Etat qui est resté en poste. Le double profil de Martin Vizcarra, d'homme politique et de technicien, était jusque-là sa grande force dans un Pérou où la classe politique souffre d'une crise de crédibilité, notamment après plusieurs vastes scandales de corruption. Ainsi quatre de ses prédécesseurs à la tête de l'Etat --Alejandro Toledo (2001-2006), Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011), qui s'est suicidé, Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018)-- sont mis en cause dans des affaires de pots-de-vin. L'ex-cheffe de l'opposition, Keiko Fujimori, a elle-même été emprisonnée plusieurs mois dans le cadre du scandale Odebrecht. M. Vizcarra, un ancien ambassadeur du Pérou au Canada, qui a occupé le poste de ministre des Transports entre juillet 2016 et mai 2017, s'était fait aussi connaître par sa simplicité. Ce passionné de sport, devenu à 38 ans champion du Pérou de pelote basque dans la catégorie senior, a aussi bénéficié d'une image d'indépendant en n'étant membre d'aucune des formations politiques Né en 1963 à Lima, Martin Vizcarra est parti vivre, enfant, avec sa famille à Moquegua, région minière du sud du Pérou: c'est là qu'a démarré son engagement politique, après avoir mené un mouvement de protestation de dix jours contre l'entreprise minière Southern. Cet ingénieur civil a alors lancé un mouvement politique régional, qui l'a mené jusqu'au poste de gouverneur, qu'il occupera de 2011 à 2014, mettant l'accent sur les dépenses en éducation. Courtisé par plusieurs partis, il avait finalement accepté de se présenter à la vice-présidence du pays au côté de M. Kuczynski en 2016, auquel il a finalement succédé. Ce père de quatre enfants marié à une enseignante devait achever son mandat en juillet 2021, ne pouvant se représenter aux élections générales d'avril prochain

Libé
Mardi 10 Novembre 2020

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