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Les hotspots: Des foyers de maladies diverses et de drames insoutenables

Prônés par l’Union européenne et rejetés par le Maroc



Pour MSF, il s’agit d’une approche qui porte atteinte à la dignité des personnes, à leur santé et à leur bien-être

Le Maroc a-t-il vu juste en rejetant le concept de centres d'accueil hors-UE envisagé par l'Union européenne? Oui, à en croire le dernier rapport de Médecins sans frontières (MSF) qui met en cause le système des «hotspots» européens, également appelés centres d'accueil et d'identification, établi il y a cinq ans dans les îles grecques (Lesbos, Samos, Chios, Leros et Kos). En effet, l'«approche hotspot» a été envisagée comme un modèle de soutien opérationnel par les agences de l'UE aux Etats membres tels que l'Italie et la Grèce pour faciliter l'identification, l'enregistrement et la prise d'empreintes digitales rapides des migrants arrivant en Europe. Toutefois, ces hotspots se sont rapidement transformés en sites de confinement de masse où des milliers de migrants restent confinés dans des conditions dégradantes et inhumaines en attendant d'être refoulés vers la Turquie. A rappeler que le Maroc, comme la Tunisie ou l'Albanie, a toujours fait partie des pays cités comme possible localisation des centres d'accueil de migrants ou des "plateformes de débarquement hors de l'Europe".

Des sites insalubres et dangereux
Pour MSF, les hotspots sont des lieux qui ne sont ni sûrs ni sains pour les personnes cherchant protection internationale en Europe. Ledit rapport décrit ces camps comme des sites où des migrants sont détenus dans des conteneurs entourés de hautes clôtures en fil de fer barbelé, avec une entrée et une sortie contrôlées. Ces personnes font également l’objet d’une surveillance accrue et d’une ségrégation par rapport au reste de la société, limitant, ainsi, leur accès aux services et à une vie normale. Pire, ces camps ont connu une diminution du nombre des ONG présentes sur le site afin de rendre la souffrance des gens plus invisible et d’isoler davantage les plus vulnérables.

Santé mentale en danger
La majorité des personnes traitées par MSF sur ces lieux souffrent de traumatismes aggravés par leur confinement et la violence structurelle au quotidien dans ces hotspots. Beaucoup d‘entre eux nécessitent un traitement à long terme pour stress post-traumatique, dépression, psychose réactive et anxiété. Pis, des centaines de survivants de violence, de mauvais traitements et de torture n'ont pas été identifiés par les autorités et n'ont reçu aucun soutien. Au lieu de cela, ils ont été placés dans des conditions dangereuses et traumatisantes. Les enfants sont également victimes de ces lieux jugés par MSF comme des environnements malsains et dangereux. Selon ledit rapport, ces chérubins souffrent de blessures et de brûlures dues à des accidents et des violences. Ils présentent également et, c’est souvent le cas, des symptômes induits par les traumatismes et la peur déclenchés par leur environnement dans les hotspots. Le même document a indiqué que les taux d'automutilation et de suicide chez ces enfants sont alarmants. Mais, les problèmes les plus courants restent ceux liés aux mauvaises conditions d'hygiène et à l'exposition au froid. Une situation des plus dramatiques puisqu’il existe des lacunes importantes dans l'accès à des soins de santé adéquats et rapides pour les personnes détenues sur les îles grecques. Et la pandémie de Covid-19 n’a fait qu’amplifier davantage la souffrance de ces migrants soumis à un dur enfermement dans des conditions de vie déplorables, avec peu ou pas d'accès à l'eau, à l'hygiène, à la nourriture et aux services essentiels.

Hotspots, une atteinte à la dignité humaine
Pour MSF, « l'approche hotspots » porte atteinte à la dignité des personnes, à leur santé et à leur bien-être. « L'analyse détaillée de ce rapport démontre comment un confinement indéfini dans des conditions d'accueil épouvantables avec la menace de détention, des contrôles frontaliers violents et des refoulements constitue un système qui inflige la misère et met des vies en danger », souligne le document du MSF. Et d’ajouter : « Pour les dirigeants européens, créer l'illusion que la migration peut et doit être stoppée est plus important que la sécurité des personnes et leur contribution potentielle à la société grâce à des programmes d'accueil et d'intégration cohérents ».

Responsabilité de l’UE
MSF pointe du doigt la responsabilité de l’UE dans ce drame. Selon cette ONG, c’est l’approche dangereuse adoptée par l'Europe en matière de migration qui est la cause de la crise humanitaire en Grèce. Pour l’UE, les hotspots sont conçus comme une mesure dissuasive pour ceux qui osent chercher la sécurité en Europe alors que « démoniser et abaisser les personnes cherchant la sécurité en Europe n'est pas une solution, mais plutôt le problème lui-même », a indiqué le document. Ce dernier a précisé, cependant, que cette responsabilité demeure confuse à cause de l’accord UE-Turquie et du modèle des hotspots mis en place il y a cinq ans. Ces deux éléments ont brouillé les cadres juridiques et les responsabilités entre les gouvernements nationaux et les institutions européennes. Mais cela n’empêche pas, selon MSF, que la Commission européenne, les Etats membres de l'UE et les autorités grecques doivent assumer leurs responsabilités. Pourtant, MSF estime que cette crise humanitaire et politique était entièrement évitable et prévisible pour les 10.000 personnes qui sont actuellement détenues dans les « hotspots » grecs. « Plutôt que de poursuivre un système brutal, inhumain et un chaos mortel, l'Europe doit au contraire adopter des politiques qui protègent les vies humaines et qui ne mettent pas en danger la santé et le bien-être des personnes », a conclu le rapport. 

​Qu’est-ce qu ’ un Hotspot ?

 Dans l’Agenda européen en matière de migration présenté en mai, la Commission européenne a notamment proposé une nouvelle approche de Hotspots afin d’apporter une assistance immédiate aux Etats membres exposés, en première ligne, à des pressions migratoires disproportionnées aux frontières extérieures de l’UE. Le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), l’agence de européenne pour les frontières (Frontex) l’Agence européenne de coopération de police (Europol) et l’Agence européenne de coopération judiciaire (Eurojust) travailleront, sur le terrain, conjointement avec les autorités de l’Etat membre, placé en première ligne, afin de l’aider à remplir ses obligations en vertu de la législation européenne, et d’identifier rapidement, enregistrer et prendre les empreintes digitales des migrants arrivants. Le travail de chacune de ces agences se complétera mutuellement. Cette approche de Hotspots contribuera aussi à la mise en oeuvre des mécanismes temporaires de relocalisation proposés par la Commission européenne le 27 mai et la 9 septembre: les personnes ayant clairement besoin d’une protection internationale seront identifiées dans les Etats membres qui se trouvent en première ligne afin d’être relocalisées dans d’autres Etats membres où leurs demandes d’asile seront traitées. L’Italie et la Grèce sont les deux premiers Etats membres où cette approche de Hotspots est actuellement mise en oeuvre. D’autres Etats membres pourront également en bénéficier s’ils en font la demande.
Soure: Commission européenne

Hassan Bentaleb
Mercredi 16 Juin 2021

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