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Les céréales s’en tirent à bon compte

La canicule sévit, mais tout dépend



La soif des arbres fruitiers se fait inquiètante

Les conditions météorologiques, sources de bonheur et de malheurs, ont de tout temps été l'un des baromètres économiques du Maroc. Un pays dont le secteur agricole, en sa qualité de premier pourvoyeur d’emplois (40%), pèse 14% du PIB, avec ses 74 milliards de part d’amont. Sans oublier un taux d’autosuffisance alimentaire de 65% pour les céréales, 47% pour le sucre, 100% pour les fruits et légumes, les viandes rouges et blanches et les œufs, et de 99% pour le lait et dérivés. Si depuis les années 60, le PIB agricole national a plus que doublé, les épisodes de fortes chaleurs ont également suivi une courbe ascendante, principalement à cause des effets du réchauffement climatique. Une donnée cruciale à la lumière de la prédominance des zones d’agriculture pluviales sur le territoire national, communément appelées zones “bour”. Elles s'étendent sur 83% de la surface agricole utile du Royaume. Dernier épisode en date, cette fin de semaine : un épisode de grande chaleur, révélateur de l’impuissance des agriculteurs face aux aléas climatiques. "Pour tout vous dire, on aurait préféré de la pluie en ce mois de mai dans la région. Surtout concernant les arbres fruitiers”, regrette Houmadis Abdellatif, agriculteur dans la région de Safi. Et de préciser : ”Le raisin et l’olivier risquent de mourir s'ils ne sont pas arrosés. Les arbres d’olivier ont par exemple besoin d'être irrigués tous les 15 jours. Surtout lors de la floraison. Ce qui n’est pas dans les cordes de tout le monde dans une zone où le manque en eau est une réalité et les surfaces non irriguées nombreuses. Et même s’ils tombent un peu de pluie maintenant, il est trop tard. Sauf dans le cas de certains agriculteurs qui ont installé le goutte-à-goutte”. Mais pour les autres, c’est le bétail qui en profitera. Sur les hauteurs de Béni Mellal, c’est une toute autre histoire. A une vingtaine de kilomètres de la cité aux oliviers, il fait en moyenne dans les 40 degrés depuis jeudi. Mais pour l’un des agriculteurs nichés dans les montagnes, il n’y a rien d’inquiétant. Bien au contraire. “C’est une bonne chaleur pour l’orge notamment. D’ailleurs, d’ici à la fin de semaine, bon nombre d'agriculteurs vont certainement le récolter”, nous explique l’un d’entre eux, tout en se félicitant que cette année “le blé est de qualité et surtout en abondance. L’année agricole dépasse largement nos attentes. D’autant qu’avec les dernières pluies, les oliviers sont dans de bonnes dispositions”. A la différence des arbres fruitiers plantés à près de 2000m d’altitude. “L’orage de la semaine dernière a été fatal à tous les arbres fruitiers et aux pommiers en particulier. En cause, la grêle qui a totalement détruit les cultures dans certains villages au pied du djebel Mourik”, se désole notre interlocuteur. Dans la région de Marrakech, la canicule est considérée comme un épouvantail du point de vue des agriculteurs. Et pour cause, l'eau manque terriblement. “Nous avons les terres, mais en l’absence d’une autorisation pour le pompage de l’eau souterraine, elles se meurent à petit feu”, s’agace un des agriculteurs ayant requis l’anonymat. Selon ses dires, il faut compter près de 120.000 dhs pour creuser un puits. Un prix exorbitant aux yeux de certains agriculteurs, quand bien même font-ils partie d’une coopérative regroupant plus de 40 personnes. Dès lors, l’unique solution qui leur reste pour irriguer les parcelles de terre “bour” et sauver leur culture est de négocier avec un agriculteur possédant un puits. Mais même cette solution présente son lot de divergences, en cas de panne de la pompe à eau par exemple. Autant dire que la canicule actuelle n’est vraiment pas la bienvenue. “Concernant les cultures estivales, comme celles des pommes de terre, il aurait fallu un minimum de pluie. Car au lieu d’irriguer les terres cultivées deux fois par semaine, à cause de la canicule, nous devons le faire une fois tous les deux jours”, nous indique un agriculteur. Connaissant la pénurie d’eau dans le coin, ce n’est pas une mince affaire, surtout que le projet de goutte-à-goutte qui a été lancé est mort-né en l’absence de subventions. Les arbres fruitiers ne dérogent pas à ce constat désespérant qui s'apparente doucement mais sûrement à une règle. “Nous avons arrêté les cultures de pastèque et de melon, car elles consomment beaucoup trop d’eau, et notamment une irrigation qui peut s’étaler sur 12 heures par jour, mais aussi car les frais de production comme les ouvriers agricoles et l’énergie pour faire tourner les moteurs sont beaucoup trop dispendieux. Par conséquent les gains sont réellement marginaux voire inexistants", nous rappelle l’agriculteur en question. Bref, la canicule actuelle ne fait pas que des heureux. Mais pas que des malheureux non plus. 

Chady Chaabi
Mardi 25 Mai 2021

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